WOLFGANG AMADEUS MOZART DON GIOVANNI Don Giovanni ossia Il dissoluto punito Livret de Lorenzo da Ponte Dramma giocoso en deux actes K. 527 1787 OPERA de LYON LIVRET 5 11 19 24 162 Fiche technique L’argument Les personnages DON GIOVANNI Atto primo / Premier acte Atto secondo / Second acte CAHIER de LECTURES 283 285 287 289 290 293 304 305 307 Molière Un cœur à aimer toute la terre Ivan Nagel L’incarnation du bonheur André Tubeuf La chasse & la fuite Alfred de Musset Sérénade de Don Juan Lorenzo Da Ponte Don Juan n’eut aucun succès E.T.A. Hoffmann Don Juan Jean Genet Parmi les morts Alexandre Blok Les pas du Commandeur Charles Baudelaire Don Juan aux enfers CARNET de NOTES 310 320 322 Wolfgang Amadeus Mozart Repères biographiques & Notice bibliographique Don Giovanni Orientations discographiques Illustration. L’une des gravures de Jean-Honoré FRAGONARD pour les Contes & Nouvelles en versde Jean de La Fontaine “À Paris, de l’Imprimerie de P. Didot l’aîné”, an III – 1795 LIVRET Selon ses Mémoires, Lorenzo da Ponte (lire page 294) rédige pendant une période de deux mois le livret de Don Giovanni de front avec ceux de deux autres ouvrages. On sait que c’est Da Ponte qui a proposé le sujet de l’opéra à Mozart. Il s’inspire pour son travail du Dom Juan de Molière, ainsi que du livret écrit par Giovanni Bertati pour l’opéra de Giuseppe Gazzaniga, Don Giovanni Tenorio, créé quelques mois auparavant à Venise. PARTITION Pasquale Bondini, directeur du Théâtre de Prague commande un nouvel opéra à Mozart à la suite de l’immense succès des Noces de Figaro (1786). Mozart compose Don Giovanni entre mai et septembre 1787. Arrivé le 4 octobre à Prague pour la création, il y complète sa partition (numéros avec chœur, scènes de Masetto et du Commandeur, ouverture). Il porte l’œuvre dans son catalogue privé le 28 octobre, sous la dénomination d’opera buffa. 5 PERSONNAGES 6 DON GIOVANNI, giovane cavaliere estremamente licenzioso DON GIOVANNI, jeune chevalier extrêmement libertin Baryton IL COMMENDATORE / LE COMMANDEUR Basse DONNA ANNA, sua figlia, dama promessa sposa di Don Ottavio DONNA ANNA, sa fille, dame fiancée à Don Ottavio Soprano DON OTTAVIO Ténor DONNA ELVIRA, dama di Burgos, abbandonata da Don Giovanni DONNA ELVIRA, dame de Burgos, abandonnée par Don Giovanni Soprano LEPORELLO, servo di Don Giovanni / valet de Don Giovanni Basse MASETTO, amante di Zerlina / amoureux de Zerline Basse ZERLINA, contadina / une paysanne Soprano CORO Contadine e contadini ; servi ; coro di sotterra. Suonatori. CHŒUR Paysannes & paysans ; serviteurs ; chœur souterrain. Musiciens. La scena si finge in una città della Spagna. L’action se déroule dans une ville d’Espagne. ORCHESTRE 2 flûtes 2 hautbois 2 clarinettes 2 bassons 2 cors 2 trompettes 3 trombones Timbales Mandoline Cordes Continuo : clavecin, violoncelle Musique de scène Acte I – No 13. Finale Orchestre I : 2 hautbois, 2 cors, Cordes sans les violoncelles, basson (ad libitum) Orchestre II : violons, contrebasse Orchestre III : violons, contrebasse Acte II – No 24. Finale 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 1 violoncelle DURÉE MOYENNE 2 heures 50 CRÉATION 29 octobre 1787 Au Nationaltheater (actuel Théâtre Tyl) de Prague. Direction. Wolfgang Amadeus Mozart Mise en scène.Johann Josef Strohbach 7 Luigi Bassi (Don Giovanni), Giuseppe Lolli (Le Commandeur), Teresa Saporiti (Donna Anna), Antonio Baglioni (Don Ottavio), Caterina Micelli (Donna Elvira), Felice Ponziani (Leporello), Giuseppe Lolli (Masetto), Caterina Bondini (Zerlina) CRÉATION en FRANCE 1805 Académie Impériale de Musique (salle Montansier). Création le 17 septembre 1805, dans une version dont le livret et la partition avaient été adaptés. 1811 Théâtre des Italiens. Création le 12 octobre de la version en italien, sous la direction du compositeur Gasparo Spontini. 8 L’ŒUVRE à LYON 1822 Création le 10 décembre dans une version en français. 1973 Direction musicale. Theodor Guschlbauer Mise en scène.Louis Erlo Décors & costumes.Jacques Rapp Roger Soyer (Don Giovanni), Pierre Thau (Le Commandeur), Sylvia Geszty (Donna Anna), Éric Tappy (Don Ottavio), Bernadette Antoine (Donna Elvira), Gabriel Bacquier (Leporello), Georg Pappas (Masetto), Danièle Perriers (Zerlina) 1980 Direction musicale. Emil Tchakarov Mise en scène.Louis Erlo Décors.Jacques Rapp Costumes. Jacques Rapp & Daniel Ogier Roger Soyer (Don Giovanni), Sergios Kalabakos (Le Commandeur), Margarita Castro-Alberti (Donna Anna), Éric Tappy (Don Ottavio), Rosario Andrade (Donna Elvira), Pierre-Yves Le Maigat (Leporello), Helge Weidinger (Masetto), Colette Alliot-Lugaz (Zerlina) 1983 Direction musicale.Armin Jordan Mise en scène.Louis Erlo Décors.Jacques Rapp Costumes.Daniel Ogier Claes Ahnsjö (Don Giovanni), Sergios Kalabakos (Le Commandeur), Margarita Castro-Alberti (Donna Anna), Éric Tappy (Don Ottavio), Rosario Andrade (Donna Elvira), Pierre-Yves Le Maigat (Leporello), Helge Weidinger (Masetto), Colette Alliot-Lugaz (Zerlina) 1992 Direction musicale. Peter Eötvös Mise en scène.Tamás Ascher Décors.Zsolt Khell Costumes.Györgyl Szakács Éclairages. Tamás Banyai Rodney Gilfry (Don Giovanni), Romuald Tesarowicz (Le Commandeur), Michié Nakamaru/Joyce Guyer (Donna Anna), John Mark Ainsley/Bruno Lazaretti (Don Ottavio), Isabelle Vernet (Donna Elvira), Giovanni Furlanetto (Leporello), Antonio Pirozzi (Masetto), Janet Williams (Zerlina) Au Théâtre du 8 e de Lyon 9 1993 Reprise à l’Opéra de la production précédente Direction musicale. Peter Eötvös William Shimell (Don Giovanni), Frode Olsen (Le Commandeur), Michié Nakamaru (Donna Anna), John Mark Ainsley (Don Ottavio), Isabelle Vernet (Donna Elvira), Giovanni Furlanetto (Leporello), Christophe Lacassagne (Masetto), Virginie Pochon (Zerlina) 10 1998 Direction musicale. Daniel Harding Orchestre de chambre Gustav-Mahler Chœur de l’Académie européenne de musique Mise en scène.Peter Brook Eléments scéniques.Tom Pye Costumes. Chloé Obolensky Éclairages. Jean Kalman Roberto Scaltriti/Peter Mattei (Don Giovanni), Alessandro Guerzoni/Gudjon Oskarsson (Le Commandeur), Monica Colonna/Carmela Remigio (Donna Anna), Kenneth Tarver/John Mark Ainsley (Don Ottavio), Véronique Gens/Melanie Diener (Donna Elvira), Nicola Ulivieri/Gilles Cachemaille (Leporello), Nathan Berg/Till Fechner (Masetto), Catryn Wyn-Davies/Lisa Larsson (Zerlina) PREMIER ACTE SCÈNE 1 Un jardin, la nuit. Devant la maison de Donna Anna, LEPO RELLO fait les cents pas ; il récrimine contre sa condition ingrate et fatigante de valet de grand seigneur. Du bruit, on vient, il se cache. Son maître, DON GIOVANNI, cherchant à cacher son visage, fuit la maison, poursuivi par DONNA ANNA : « N’espère pas, si tu ne me tues, que je te laisse jamais fuir. » LE COMMANDEUR, père de Donna Anna, survient à son tour. Entendant la voix de son père, DONNA ANNA rentre dans la maison. LE COMMANDEUR invite DON GIOVANNI au duel, il refuse. Le vieillard insiste, GIOVANNI sort son épée ; bref combat ; DON GIOVANNI tue LE COMMANDEUR. SCÈNE II DON GIOVANNI retrouve LEPORELLO, qui lui reproche ironiquement ses deux faits d’armes : « Violer la fille et tuer le père ! » DON GIOVANNI le menace, LEPORELLO se calme. Maître et serviteur s’éclipsent. SCÈNE III DONNA ANNA, accompagnée de son fiancé DON OTTAVIO, revient. Elle ne peut que constater la mort de son père. Désespérée, elle n’entend pas les paroles de consolation d’OTTAVIO ; elle lui fait jurer de venger cette mort. 11 12 SCÈNES IV, V & VI Une rue. C’est toujours la nuit. DON GIOVANNI accorde un moment de liberté de parole à son LEPORELLO. Mais quand son valet lui reproche sa vie dissolue, il lui intime violemment l’ordre de se taire. Puis il lui fait part d’un nouveau projet amoureux, quand il perçoit «une odeur de femme ». Celle qui arrive, en tenue de voyage, est DONNA ELVIRA, à la recherche de l’homme qui l’a abandonnée ; elle se promet de lui infliger mille tourments. DON GIOVANNI se sent évidemment attiré, et prêt à consoler cette belle délaissée, qu’il ne reconnaît pas d’emblée. L’homme qui l’a trompée, c’est lui. DONNA ELVIRA éclate en violent reproches. Courageux, mais pas téméraire, DON GIOVANNI charge LEPORELLO de prendre en charge ELVIRA avant de s’esquiver discrètement. LEPORELLO tente de consoler ELVIRA : « Vous n’êtes ni la première ni la dernière. » Il lui montre et commente un catalogue qu’il tient lui-même : celui des innombrables conquêtes de son maître aux quatre coins de l’Europe. DONNA ELVIRA, pleine de rage et de dépit – amoureuse encore pourtant – jure de se venger du traître. SCÈNES VII & VIII En compagnie de leurs amis – PAYSANS et PAYSANNES – ZERLINA et MASETTO chantent joyeusement leur amour et leur mariage tout proche. DON GIOVANNI s’invite à la fête, il y a tant de jolies femmes. Mais c’est la jeune mariée qui aiguise son désir. Il charge LEPORELLO d’emmener dans son palais toute la noce, sauf ZERLINA. M ASETTO proteste mais doit s’incliner devant les menaces de DON GIOVANNI. SCÈNES IX & X Enfin seul avec ZERLINA, DON GIOVANNI la séduit avec des mots, des caresses, des promesses. ZERLINA hésite puis cède. Tous deux chantent la joie toute proche d’un « inno- cent amour ». DONNA ELVIRA surgit alors. Elle a tout entendu et tire la jeune femme des griffes du séducteur, l’emmenant avec elle. SCÈNES XI & XII DON GIOVANNI se retrouve seul, pestant contre sa malchance, quand arrivent ses amis, DON OTTAVIO et DONNA ANNA, qui lui demandent son soutien dans le malheur qui les frappe. DON GIOVANNI se met généreusement à leur disposition quand, une fois encore, ELVIRA survient. Elle met en garde DONNA ANNA : ne te fie pas à ce scélérat, il m’a trahie, il te trahira. DON GIOVANNI tente de la faire passer pour folle, mais la douleur et la noblesse d’ELVIRA sèment le trouble dans l’esprit d’ANNA et d’OTTAVIO qui ne savent plus que croire. DONNA ELVIRA s’en va, promettant de rendre publics les mauvais coups de DON GIOVANNI. Celui-ci, feignant la pitié, la suit pour qu’il ne lui arrive pas malheur, dit-il. En partant, il salue ses amis. SCÈNES XIII & XIV Aux accents des dernières paroles de D ON GIOVANNI , ANNA reconnaît en lui avec horreur son agresseur nocturne. Pour la première fois, elle fait alors à OTTAVIO le récit de cette nuit où D ON GIOVANNI a failli la violer. Maintenant que le coupable et ses actes sont démasqués, elle exige de DON OTTAVIO vengeance de l’outrage et de la mort de son père. OTTAVIO a du mal à croire qu’un noble chevalier puisse être capable d’un tel crime. Il se promet, pour l’amour d’ANNA et pour sa sérénité, de la détromper ou de la venger. SCÈNE XV LEPORELLO rend compte à son maître de sa mission : les paysans sont tous au palais, à moitié ivres, tout est prêt pour les entreprises amoureuses de DON GIOVANNI qui 13 demande à LEPORELLO de préparer une grande fête, de rameuter encore quelques filles sur la place et de faire danser tout le monde. Son catalogue, ce soir, doit s’enrichir de quelques unités. SCÈNE XVI Dans les jardins du palais, ZERLINA retrouve un MASETTO furieux. Elle lui propose de payer le prix de son incartade : qu’il la batte et qu’ensuite on fasse la paix. MASETTO est reconquis. On entend DON GIOVANNI qui approche. ZERLINA prend peur, elle ne veut pas le revoir. MASETTO se méprend sur le sens de son inquiétude : « Tu crains que je comprenne comment la chose s’est passée entre vous. » Il décide de se cacher pour observer la rencontre. ZERLINA essaye en vain de l’en dissuader : c’est surtout pour lui qu’elle a peur. 14 SCÈNE XVII DON GIOVANNI rentre en scène avec ses serviteurs, réveillant ses invités, les invitant à boire, à danser, à s’amuser. SCÈNE XVIII ZERLINA tente de se cacher parmi les arbres, mais DON GIOVANNI la repère et l’entraîne vers la niche où, justement, MASETTO s’est caché. Après un mouvement de stupeur, il invite le couple à venir danser avec lui. SCÈNE XIX Arrivent DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO et DONNA ANNA, masqués, décidés à saisir l’occasion de la fête pour dévoiler les méfaits de DON GIOVANNI. Par la fenêtre, LEPORELLO les aperçoit ; à la demande de DON GIOVANNI, il les invite à rejoindre le bal. Les masques invoquent l’aide du ciel avant d’entrer dans le palais. SCÈNE XX Le bal a commencé brillamment : orchestres, invités, serviteurs. DON GIOVANNI continue à courtiser ZERLINA ; MASETTO, furieux, ouvre l’œil... Le trio des masques fait son entrée. DON GIOVANNI les accueille à bras ouvert : « C’est ouvert à tous, vive la liberté ! » Le bal reprend. DON OTTAVIO exécute un menuet avec DONNA ANNA. LEPORELLO, pour distraire l’attention de MASETTO, le force à danser avec lui. DON GIOVANNI invite ZERLINA, puis l’entraîne dans une autre pièce, suivie par MASETTO et LEPORELLO. Soudain, un cri, le bruit d’une poursuite. Les trois masques volent au secours de ZERLINA qui a réussi à s’échapper. DON GIOVANNI rentre, traînant LEPORELLO qu’il accuse d’avoir outragée ZERLINA. Mais la ruse ne prend pas. ELVIRA, ANNA et OTTAVIO Se démasquent et promettent à DON GIOVANNI le châtiment imminent de ses forfaits. Celui-ci affirme qu’il ne le craint pas. 19 SECOND ACTE SCÈNE I Lassé de la conduite de son maître, excédé qu’il l’ait faussement accusé, LEPORELLO veut le quitter. DON GIOVANNI parvient à le faire changer d’avis en lui remettant quatre doublons. Le valet conseille quand même au maître de laisser tomber les femmes. Impossible pour DON GIO VANNI : elles lui aussi indispensables que l’air qu’il respire et que le pain qu’il mange. Puis il l’informe de ses nouveaux projets féminins : il a jeté son dévolu sur la camériste de DONNA ELVIRA. Et pour mieux la séduire – c’est une servante – il demande à LEPORELLO d’échanger ses vêtements avec lui. Sitôt dit, sitôt fait. SCÈNES II & III Dans le soir qui tombe, on entend la voix d’ELVIRA à sa fenêtre, qui chante son déchirement : son cœur aime encore le criminel. DON GIOVANNI saisit l’occasion : d’en bas, il lui redit son amour, il lui demande pardon, il l’implore de la rejoindre. La crédule ELVIRA cède à ses supplications. LEPORELLO, avec le costume de son maître, va se charger d’elle pour laisser le champ libre à D ON GIOVANNI. Celui-ci se cache pour observer un peu le jeu de son valet avec ELVIRA. LEPORELLO prend goût à la farce, s’échauffe même un peu. DON GIOVANNI, caché, simule un duel nocturne qui fait fuir ELVIRA et LEPORELLO. Il peut alors, sous les fenêtres, chanter une sérénade à celle qu’il convoite. 16 SCÈNES IV, V & VI Il est dérangé par MASETTO, accompagné d’un groupe de paysans armés comme lui. Expédition punitive : il s’agit de trouver DON GIOVANNI. Le faux LEPORELLO propose de se joindre à eux, organise les recherches et s’arrange pour que MASETTO reste seul avec lui. Alors il le roue de coups et le laisse brisé dans la rue. C’est là que ZERLINA le trouve, tout gémissant. À condition qu’il calme sa jalousie, elle lui promet de le soigner avec un remède qui n’est qu’à elle et qui bat là, dans sa poitrine. SCÈNES VII & VIII LEPORELLO et ELVIRA ont trouvé refuge, cachés dans un vestibule mal éclairé de la maison de DONNA ANNA. Celleci paraît avec son fiancé. LEPORELLO et ELVIRA cherchent une porte pour fuir et tombent sur MASETTO et ZERLINA. On veut se venger de DON GIOVANNI, DONNA ELVIRA demande grâce pour lui. Quand LEPORELLO se découvre, la stupéfaction est générale. SCÈNE IX LEPORELLO s’explique sur son déguisement, implore l’indulgence de ceux qu’il a trompés, avant de réussir à prendre la fuite. SCÈNE X DON OTTAVIO ne doute plus que DON GIOVANNI soit l’assassin du Commandeur. Il exprime son intention d’aller demander justice et vengeance à qui de droit. En attendant, il demande à ELVIRA, ZERLINA et MASETTO d’aller sécher les pleurs de DONNA ANNA. Restée seule, elle exprime son angoisse : DON GIOVANNI l’a certes trahie, mais elle ne peut s’empêcher d’avoir peur et d’avoir pitié en voyant ouvert devant lui « l’abîme de la mort ». SCÈNE XI Au clair de lune, DON GIOVANNI profite d’un moment de répit dans un cimetière, celui où repose le Commandeur dont on voit la statue. Il est rejoint par LEPORELLO à qui il raconte ses derniers exploits en riant. On entend alors une voix : « Avant le lever du jour, tu cesseras de rire. » DON GIOVANNI croit à une plaisanterie, LEPORELLO n’est pas rassuré. C’est alors qu’il repère la statue du C OMMANDEUR. Il demande à L EPORELLO de l’inviter à dîner le soir suivant. Tremblant, LEPORELLO s’exécute. La statue accepte l’invitation. SCÈNE XII DON OTTAVIO a fait le nécessaire pour que justice se fasse. À présent, il exhorte DONNA ANNA à accepter la mort de son père, à s’incliner devant la volonté du ciel. Il lui rappelle qu’ils sont fiancés, mais ANNA hésite encore, elle n’est pas prête, elle souffre encore. OTTAVIO est déterminé à la soutenir dans son épreuve. 17 SCÈNES XIII & XIV Chez lui, DON GIOVANNI s’apprête à dîner, servi par LEPO RELLO, accompagné par la musique d’un petit orchestre interprétant quelques airs plus ou moins connus. ELVIRA surgit. Pour la dernière fois, elle tente de sauver DON GIOVANNI, sans résultat. Après qu’elle est sortie, on entend son cri terrifié. DON GIOVANNI envoie son valet voir ce qu’il se passe. Même cri. LEPORELLO revient, terrifié : c’est l’homme de pierre qui arrive à pas lourds. On entend frapper à la porte. LEPORELLO ayant trop peur pour aller ouvrir, c’est DON GIOVANNI qui s’en charge. SCÈNE XV LE COMMANDEUR a répondu à l’invitation, il entre. DON GIOVANNI fait bonne figure, demande un autre couvert à son valet. LE COMMANDEUR veut rendre son invitation à DON GIOVANNI qui accepte et, comme gage, lui tend une main qu’il ne peut plus dégager de la poigne de pierre. LE COMMANDEUR lui demande de se repentir. DON GIOVANNI refuse obstinément. LE COMMANDEUR se retire. On entend des voix sombres. Entouré de flammes, DON GIOVANNI est englouti par la terre sous le regard terrifié de LEPORELLO. DERNIÈRE SCÈNE DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO et MASETTO surviennent avec des officiers de justice pour que le coupable soit châtié. L EPORELLO leur dit que ce n’est plus la peine, qu’il est parti loin. Et il leur raconte, la statue... l’engloutissement final. D ONNA ELVIRA va se retirer au couvent, LEPORELLO se chercher un nouveau maître. DONNA ANNA demande encore un délai d’un an à OTTAVIO avant le mariage. MASETTO et ZERLINA s’apprêtent à aller dîner tous les deux. Et tous reprennent en chœur une ancienne moralité : « Ainsi finissent les méchants et la mort des trompeurs à leur vie ressemble toujours ! » Le mythe de Don Juan fait partie de ceux qui fondent l’imaginaire européen. Le personnage de DON GIOVANNI et cet opéra de Mozart, font partie de ceux sur lesquels on a le plus écrit, pensé, imaginé, fantasmé. Don Giovanni est un opéra du mouvement, de la poursuite, de la fuite en avant, des contradictions secrètes. La richesse du personnage central tient peutêtre à son côté insaisissable. DON GIOVANNI, « jeune chevalier extrêmement libertin » est un aristocrate, « grand seigneur méchant homme » pour reprendre la définition de Sganarelle dans la pièce de Molière. Il peut être généreux, quand il ouvre ses fêtes à tous, au nom de la liberté. Il peut être mesquin : LEPORELLO se plaint de son ingratitude dès la première scène, le valet ne mange peut-être pas à sa faim puisqu’il prélève quelques morceaux lors du dernier dîner de son maître. Il peut être courageux – même par obstination – lorsqu’il affronte ses accusateurs au finale du premier acte et la statue du COMMANDEUR à la fin du deuxième. Il peut être lâche, quand il accuse LEPORELLO de la tentative de viol dont il est lui-même coupable ; ou quand il isole MASETTO pour mieux le rouer de coups. Des femmes – comme il l’explique à 19 LEPORELLO, il a un besoin vital, organique, comme de « l’air qu’il respire » ; un besoin plus qu’un désir, qui le pousse à la poursuite incessante de toutes les femmes, de chaque femme. C’est cette poursuite qui stimule le personnage, qui le fait agir et tenir. DON GIOVANNI n’a que deux brefs airs solistes dans la partition : un air brillant, où il presse LEPORELLO d’organiser la fête et la danse ; une courte et caressante sérénade à la mandoline, dédiée à une qu’il aime... Sa vie débridée l’amène jusqu’au meurtre, celui du C OMMANDEUR : c’est à partir de cet événement que l’abîme s’ouvre devant lui, et que sa perte se joue. 20 Autour de ce personnage central, les autres personnages tournent, comme en orbite, déterminés par ses agissements. Son valet d’abord, LEPORELLO, toujours à la limite de la démission, mais que des liens assez forts unissent à son maître : on perçoit chez lui une grande admiration pour DON GIOVANNI – c’est lui qui met à jour le catalogue de ses conquêtes – mêlée à une grande répulsion devant sa vie dissolue, son cynisme ou sa méchanceté. LEPORELLO, comme double, malgré lui, de son maître : l’inversion des rôles de l’acte II en est comme un signe. Les autres planètes qui tournent autour de DON GIOVANNI sont les femmes. DONNA ELVIRA, celle qu’il a presque épousée à Burgos, puis qu’il a abandonnée. C’est elle qui va se dresser à plusieurs reprises devant DON GIOVANNI, pour déjouer ses plans. DONNA ELVIRA l’abandonnée qui n’abandonne jamais : sa colère et son dépit n’ont d’égaux que l’amour et la compassion qu’elle persiste à éprouver pour DON GIOVANNI, jusqu’au dernier moment, jusqu’à la dernière visite, quasi humiliante, où elle tente de le ramener dans le droit chemin. DONNA ELVIRA finira sa vie retirée dans un couvent, pour y finir ses jours, dans le remords peut-être, dans les regrets sans doute. DONNA ANNA fait partie du même monde que DON GIOVANNI qui est un de ses amis. D’où sa stupeur quand elle découvre presque par hasard – par une intonation de DON GIOVANNI – que c’est lui qui a tenté de la violer avant de tuer son père en duel. La scène dont elle fait le récit à son fiancé DON OTTAVIO, elle en est profondément marquée, elle n’en finit pas de la revivre. ANNA a du mal à faire le deuil, elle va demander à son fiancé de remettre encore le mariage d’une année : peut-être sa rencontre avec DON GIOVANNI l’aura-telle tourmentée jusqu’en des domaines les plus secrets, inavouables pour elle... Son fiancé, DON OTTAVIO, peut paraître un personnage assez pâle, surtout face à la vitalité débridée de DON GIOVANNI. C’est un honnête homme en fait, un homme courtois, pacifique mais prêt à assumer toutes les vengeances et tous les sacrifices pour le bonheur de celle qu’il aime. ZERLINA est une jeune paysanne. Elle est évidemment sensible aux séductions de DON GIOVANNI et manque de céder à ses propositions. C’est l’intervention de DONNA ELVIRA qui l’en préserve, et peut-être aussi une forme de bon sens, et l’amour, tout simplement, qui l’unit à son MASETTO. MASETTO est un personnage simple. Il aime celle qui est sur le point de devenir sa femme. Il en est jaloux, si jaloux qu’il en oublie que DON GIOVANNI est le maître, et que le paysan n’a jamais raison contre le seigneur. Il l’apprend à ses dépens puisqu’il se fait finalement proprement corriger par DON GIOVANNI qui l’a attiré dans une sorte de guet-apens. LE COMMANDEUR enfin, est le père de DONNA ANNA. Il intervient peu mais fortement. Au début, en défendant sa fille, imposant – pour son malheur – le duel à D ON GIOVANNI : il entre, se bat et meurt. On le retrouve en statue, mi-mort, mivivant, comme messager et instrument de la chute finale du héros. Représentant de forces célestes – il faut noter que Dieu 25 n’est pas cité dans l’opéra – il tente de provoquer le repentir de DON GIOVANNI, sans y parvenir. Son rôle s’arrête là. Limité par le temps, ayant échoué dans sa mission, il s’en repart, laissant la place aux forces souterraines qui engloutissent le libertin. W. A. MOZART DON GIOVANNI Don Giovanni ossia Il dissoluto punito Ouvertura ATTO PRIMO Giardino. Notte. SCENA 1 24 No 1. Introduzione LEPORELLO (con ferraiuolo, passeggia davanti la casa di Donna Anna) Notte e giorno faticar, per chi nulla sa gradir, Piova e vento sopportar, mangiar male e mal dormir... Voglio far il gentiluomo, e non voglio più servir, E non voglio piu servir; no no no no no non voglio più servir. Oh che caro galantuomo! Voi star dentro colla bella, Ed io far la sentinella, la sentinella, la sentinella! Voglio far il gentiluomo, e non voglio più servir, E non voglio piu servir; no no no no no non voglio più servir. Ma mi par... che venga gente... ma mi par... che venga gente; Non mi voglio far sentir, ah non mi voglio far sentir, Non mi voglio far sentir, no, no, no, no, no, Non mi voglio far sentir. (S’asconde.) Ouverture PREMIER ACTE Jardin. Nuit. SCÈNE 1 No 1. Introduction 25 LEPORELLO (revêtu d’une cape, va et vient devant la maison de Donna Anna) Nuit et jour se fatiguer, pour qui ne sait pas dire merci, La pluie, le vent, les supporter, dormir mal et mal manger... Je veux faire le gentilhomme et ne plus faire le valet, Et ne plus faire le valet ; non, non, non, ne plus faire le valet. Oh quel cher et galant homme ! Vous dedans avec la belle, Et moi je fais la sentinelle, la sentinelle, la sentinelle ! Je veux faire le gentilhomme, je ne veux plus faire le valet, Je ne veux plus faire le valet, non, non, non, je ne veux plus faire le valet. Mais je crois... qu’il vient du monde... mais je crois... qu’il vient du monde ; Je ne veux pas me trahir, ah je ne veux pas me trahir, Je ne veux pas me trahir, non, non, non, non, non Je ne veux pas me trahir. (Il se cache.) MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA (tenendo forte pel braccio Don Giovanni, ed egli cercando sempre di celarsi) Non sperar, se non m’uccidi, ch’io ti lasci fuggir mai. DON GIOVANNI Donna folle! indarno gridi! chi son io tu non saprai! LEPORELLO Che tumulto! oh ciel, che gridi! Il padron in nuovi guai. DONNA ANNA Non sperar, se non m’uccidi, ch’io ti lasci fuggir mai, Non sperar ch’io ti lasci fuggir mai. 26 DON GIOVANNI Donna folle! indarno gridi! chi son io tu non saprai, no, Tu non saprai. DONNA ANNA Gente! servi! al traditore! DON GIOVANNI Taci, e trema al mio furore; DONNA ANNA Scellerato! DON GIOVANNI Sconsigliata! DONNA ANNA Scellerato! DON GIOVANNI Sconsigliata! PREMIER ACTE SCÈNE I DONNA ANNA (agrippant fortement Don Giovanni qui cherche à se dissimuler) N’espère pas, si tu ne me tues, que je te laisse jamais fuir. DON GIOVANNI Folle femme ! Tu cries en vain ! Tu ne sauras pas qui je suis ! LEPORELLO Quel tumulte ! Oh ciel, quels cris ! Le patron a encore des ennuis. DONNA ANNA N’espère pas, si tu ne me tues, que je te laisse jamais fuir. N’espère pas que je te laisse jamais fuir. DON GIOVANNI Folle femme ! tu cries en vain ! tu ne sauras pas qui je suis, Non, tu ne sauras pas. DONNA ANNA Mes gens ! Mes serviteurs ! sus au traître ! DON GIOVANNI Tais-toi, et tremble devant ma colère ; DONNA ANNA Scélérat ! DON GIOVANNI Insensée ! DONNA ANNA Scélérat ! DON GIOVANNI Insensée ! 27 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Sta a veder che il Libertino... DONNA ANNA Gente! servi! DON GIOVANNI Taci, e trema! LEPORELLO ... Mi farà precipitar! DONNA ANNA Come furia Disperata ti saprò perseguitar. Come furia disperata, disperata... 28 DON GIOVANNI Questa furia disperata Mi vuol far precipitar. Questa furia disperata... LEPORELLO Che tumulto! oh ciel, che gridi. Sta’a veder che il Libertino mi farà precipitar. Sta’a veder che il libertino mi farà precipitar. DONNA ANNA ... ti saprò perseguitar. DON GIOVANNI ... Mi vuol far precipitar. PREMIER ACTE SCÈNE I LEPORELLO Vous allez voir que ce Libertin... DONNA ANNA Mes gens ! serviteurs ! DON GIOVANNI Tais-toi, et tremble ! LEPORELLO ... Me perdra ! DONNA ANNA Comme une furie Au désespoir je saurai te harceler. Comme une furie au désespoir... 29 DON GIOVANNI Cette furie au désespoir Veut précipiter ma perte. Cette furie au désespoir... LEPORELLO Quel tumulte ! oh ciel, quels cris. Vous allez voir que ce Libertin me perdra. Vous allez voir que ce libertin me perdra ; DONNA ANNA ... je saurai te harceler. DON GIOVANNI ... Veut causer ma perte. MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA Scellerato! DON GIOVANNI Sconsigliata! DONNA ANNA Scellerato! DON GIOVANNI Sconsigliata! LEPORELLO Sta a veder che il Libertino mi farà precipitar! Che tumulto! Oh ciel che gridi! 30 DONNA ANNA Gente! servi! Come furia disperata Ti sapron perseguitar, Come furia... DON GIOVANNI Taci, e trema! Questa furia disperata Mi vuol far precipitar. DONNA ANNA ... Disperata, disperata... DON GIOVANNI Questa furia disperata... PREMIER ACTE SCÈNE I DONNA ANNA Scélérat ! DON GIOVANNI Insensée ! DONNA ANNA Scélérat ! DON GIOVANNI Insensée ! LEPORELLO Vous allez voir que le Libertin me perdra ! Quel tumulte ! Oh ciel quels cris ! 31 DONNA ANNA Mes gens ! serviteurs ! Comme une furie au désespoir, Je saurai te harceler. Comme une furie... DON GIOVANNI Tais-toi et tremble ! Cette furie au désespoir Veut précipiter ma perte. DONNA ANNA ... Au désespoir, au désespoir... DON GIOVANNI Cette furie au désespoir... MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Sta a veder che il libertino Mi farà precipitar. Sta a veder che il libertino mi farà precipitar. Sta a veder che il libertino mi farà precipitar. Sta a veder che il libertino mi farà precipitar. DONNA ANNA ... Ti sapro perseguitar, Ti sapro perseguitar. (Sentendo il Commendatore lascia Don Giovanni ed entra in casa.) DON GIOVANNI ... Mi vuol far precipitar, Mi vuol far precipitar. 32 IL COMMENDATORE Lasciala, indegno, battiti meco! DON GIOVANNI Va’, non mi degno di pugnar teco. IL COMMENDATORE Così pretendi da me fuggir? LEPORELLO Potessi Almeno di qua partir! DON GIOVANNI Va non mi degno, no. IL COMMENDATORE Così pretendi da me fuggir? PREMIER ACTE SCÈNE I LEPORELLO Vous allez voir que le libertin Me perdra. Vous allez voir que le libertin me perdra. Vous allez voir que le libertin me perdra. Vous allez voir que le libertin me perdra. DONNA ANNA ... Je saurai te harceler Je saurai te harceler. (Entendant le Commandeur, elle laisse Don Giovanni et rentre dans la maison.) DON GIOVANNI ... Veut précipiter ma perte, Veut précipiter ma perte. LE COMMANDEUR Laisse-la, misérable, bats-toi ! DON GIOVANNI Va, je ne daigne pas me battre avec toi. LE COMMANDEUR Ainsi tu prétends m’échapper ? LEPORELLO Si je pouvais au moins Fuir cet endroit ! DON GIOVANNI Va, je ne daigne pas, non. LE COMMANDEUR Ainsi tu prétends m’échapper ? 33 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Potessi Almeno... DON GIOVANNI Misero! IL COMMENDATORE Battiti! LEPORELLO ... Di qua partir! DON GIOVANNI Misero! Misero, attendi, se vuoi morir! Combattono. 34 IL COMMENDATORE Ah... soccorso!... Son tradito!... l’assassino... m’ha ferito... E dal seno palpitante... LEPORELLO (a parte) Qual misfatto! Qual eccesso! Entro il sen, dallo spavento palpitar il cor mi sento. DON GIOVANNI (a parte) Ah, già cade il sciagurato, affannoso E agonizzante già dal seno palpitante Veggo l’anima partir, Veggo l’anima partir, Già dal seno palpitante, Veggo l’anima partir. PREMIER ACTE SCÈNE I LEPORELLO Si je pouvais Au moins... DON GIOVANNI Malheureux ! LE COMMANDEUR Bats-toi ! LEPORELLO ... Fuir cet endroit ! DON GIOVANNI Malheureux ! Patience, si tu veux mourir ! Ils se battent. 35 LE COMMANDEUR Ah... au secours !... Je suis trahi !... l’assassin... m’a touché... Et de mon sein qui palpite... LEPORELLO (à part) Quel méfait ! C’est trop ! Dans mon sein je sens mon cœur trembler d’épouvante. DON GIOVANNI (à part) Ah, le pauvre est déjà à terre, haletant Et agonisant, de son sein palpitant déjà Je vois son âme s’en aller, Je vois son âme s’en aller, De son sein palpitant, déjà Je vois son âme s’en aller. MOZART DON GIOVANNI IL COMMANDATORE ... Sento l’anima partir, Sento l’anima partir. (Muore.) LEPORELLO Io non sò che far, che dir. Io non sò che far, che dir. Entro il sen, dallo spavento, palpitar il cor mi sento. Io non sò che far, che dir. Io non sò che far, che dir. SCENA II Recitativo 36 DON GIOVANNI Leporello, ove sei? LEPORELLO Son qui per mia disgrazia; e voi? DON GIOVANNI Son qui. LEPORELLO Chi è morto, voi, o il vecchio? DON GIOVANNI Che domanda da bestia! il vecchio. LEPORELLO Bravo: due imprese leggiadre! Sforzar la figlia, ed ammazzar il padre! PREMIER ACTE SCÈNE II LE COMMANDEUR ... Je sens mon âme s’en aller, Je sens mon âme s’en aller. (Il meurt.) LEPORELLO Je ne sais que faire ni que dire. Je ne sais que faire ni que dire. Dans mon sein je sens mon cœur trembler d’épouvante. Je ne sais que faire ni que dire. Je ne sais que faire ni que dire. SCÈNE II Récitatif DON GIOVANNI Leporello, où es-tu ? LEPORELLO Je suis là, pour mon malheur ; et vous ? DON GIOVANNI Je suis là. LEPORELLO Qui est mort, vous ou le vieux ? DON GIOVANNI Quelle question stupide ! le vieux. LEPORELLO Bravo : deux beaux faits d’armes ! Violer la fille et tuer le père ! 37 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI L’ha voluto, suo danno. LEPORELLO Ma Donn’Anna, cosa ha voluto? DON GIOVANNI Taci, non mi seccar, vien meco, (in atto di batterlo) se non vuoi qualche cosa ancor tu! LEPORELLO Non vuo’ nulla, signor, non parlo più. Partono. SCENA III 38 DONNA ANNA (con rizolutezza) Ah, del padre in periglio in soccorso voliam. DON OTTAVIO (con ferro ignudo in mano) Tutto il mio sangue verserò se bisogna: ma dov’è il scellerato? DONNA ANNA In questo loco... No 2. Recitativo accompagnato e Duetto DONNA ANNA (vede il cadavere.) Ma qual mai s’offre, oh Dei, spettacolo funesto agli occhi miei! II padre... padre mio... mio caro padre... DON OTTAVIO Signore... PREMIER ACTE SCÈNE III DON GIOVANNI Il l’a voulu, tant pis pour lui. LEPORELLO Mais Donna Anna, qu’a-t-elle voulu ? DON GIOVANNI Tais-toi, ne m’embête pas, viens avec moi (menaçant de le battre) si tu ne veux pas prendre aussi ! LEPORELLO Je ne veux rien, seigneur, je ne dis plus rien. Ils sortent. SCÈNE III DONNA ANNA (avec résolution) Ah, volons au secours de mon père. DON OTTAVIO (épée dégainée à la main) Je verserai tout mon sang si besoin : mais où est le scélérat ? DONNA ANNA En ce lieu... N o 2. Récitatif accompagné & Duo DONNA ANNA (voyant le cadavre.) Mais quel spectacle funeste, oh dieux, s’offre à mes yeux ! Le père... mon père... mon père aimé... DON OTTAVIO Seigneur... 39 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA Ah l’assassino mel trucidò. Quel sangue... quella piaga... quel volto... tinto e coperto del color di morte... ei non respira più... fredde ha le membra... Padre mio... caro padre... padre amato... io manco... io moro... DON OTTAVIO Ah, soccorrete, amici, il mio tesoro! Cercatemi... recatemi... qualche odor... qualche spirto... ah non tardate... Donn’Anna... sposa... amica... iI duolo estremo la meschinella uccide... DONNA ANNA Ahi... DON OTTAVIO Già rinviene... datele nuovi aiuti... 40 DONNA ANNA Padre mio... DON OTTAVIO Celate, allontanate agli occhi suoi quell’oggetto d’orrore. Anima mia... consolati... fa’ core... Duetto DONNA ANNA (disperatamente) Fuggi, crudele, fuggi! lascia ch’io mora anchi’io ora ch’è morto, oh Dio, chi a me la vita diè. DON OTTAVIO Senti, cor mio, deh senti, guardami un solo istante, ti parla il caro amante, che vive sol per te. PREMIER ACTE SCÈNE III DONNA ANNA Ah, l’assassin me l’a tué. Ce sang... cette blessure... ce visage... recouvert par la couleur de la mort... il ne respire plus... ses membres sont glacés... Mon père... cher père... père aimé... je défaille... je meurs... DON OTTAVIO Ah, amis, secourez mon amour! Allez me chercher... m’apporter... quelque parfum... des sels... ah ne tardez pas... Donna Anna... épouse... amie... la pauvre, cette extrême douleur va la tuer... DONNA ANNA Ah... DON OTTAVIO Elle revient à elle... aidez-la encore... 41 DONNA ANNA Mon père... DON OTTAVIO Cachez, éloignez de ses yeux cet objet d’horreur. Mon âme... console-toi... prends courage... Duo DONNA ANNA (avec désespoir) Va-t-en, cruel ! laisse-moi mourir aussi à présent qu’il est mort, oh Dieu, celui qui me donna la vie. DON OTTAVIO Mon cœur, de grâce écoute, regarde-moi juste un instant, l’amant chéri te parle, qui ne vit que pour toi. MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA Tu sei... perdon... mio bene... l’affanno mio, le pene... Ah! il padre mio dov’è? DON OTTAVIO Il padre... Lascia, o cara, la rimembranza amara... Hai sposo e padre in me. DONNA ANNA Ah... il padre... il padre mio dov’è? DON OTTAVIO Lascia, o cara, la rimembranza amara... Hai sposo e padre, hai sposo e padre in me. Recitativo 42 DONNA ANNA Ah! vendicar, se il puoi, giura quel sangue ognor. DON OTTAVIO Lo giuro... lo giuro... lo giuro agl’occhi tuoi, lo giuro al nostro amor. DONNA ANNA E DON OTTAVIO Che giuramento, oh Dei! Che barbaro momento! Fra cento affetti e cento Vammi ondeggiando il cor. Fra cento affetti e cento Vammi ondeggiando il cor. DONNA ANNA Vendicar quel sangue giura! PREMIER ACTE SCÈNE III DONNA ANNA C’est toi... pardon... mon amour... ma souffrance, la peine... Ah ! où est mon père ? DON OTTAVIO Le père... Laisse, ô ma chérie, ce souvenir amer... Tu as en moi un époux et un père. DONNA ANNA Ah... le père... où est mon père ? DON OTTAVIO Laisse, ô ma chérie, ce souvenir amer... Tu as un époux et un père, tu as en moi un époux et un père. Récitatif DONNA ANNA Ah ! jure, si tu peux, de venger ce sang. DON OTTAVIO Je le jure... je le jure... je le jure sur tes yeux, sur notre amour. DONNA ANNA & DON OTTAVIO Quel serment, oh dieux ! Quel instant terrible ! Sur cent et cent sentiments Mon cœur va flottant. Sur cent et cent sentiments Mon cœur va flottant. DONNA ANNA Jure de venger ce sang ! 43 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO Lo giuro! agl’occhi tuoi, al nostro amor. DONNA ANNA E DON OTTAVIO Che giuramento, oh Dei! Che barbaro momento! Fra cento affetti e cento Vammi ondeggiando il cor. Fra cento affetti e cento Vammi ondeggiando il cor... DONNA ANNA Vammi ondeggiando Ondeggiando il cor, 44 DON OTTAVIO Vammi ondeggiando il cor Vammi ondeggiando il cor, DONNA ANNA Vammi ondeggiando Ondeggiando il cor, Vammi ondeggiando il cor... DON OTTAVIO Vammi ondeggiando il cor, Vammi ondeggiando il cor... Partono. PREMIER ACTE SCÈNE III DON OTTAVIO Je le jure ! sur tes yeux, sur notre amour. DONNA ANNA & DON OTTAVIO Quel serment, oh dieux ! Quel instant terrible ! Sur cent et cent sentiments Mon cœur va flottant. Sur cent et cent sentiments Mon cœur va flottant... DONNA ANNA Mon cœur va flottant Mon cœur va flottant, DON OTTAVIO Mon cœur va flottant Mon cœur va flottant, DONNA ANNA Mon cœur va Flottant, mon cœur va Mon cœur va flottant... DON OTTAVIO Mon cœur va flottant, Mon cœur va flottant... Ils sortent. 45 MOZART DON GIOVANNI SCENA IV Notte. Strada. Recitativo DON GIOVANNI Orsù, spicciati presto... cosa vuoi? LEPORELLO L’affar di cui si tratta è importante. DON GIOVANNI Lo credo. 46 LEPORELLO È importantissimo. DON GIOVANNI Meglio ancora: finiscila. LEPORELLO Giurate di non andar in collera. DON GIOVANNI Lo giuro sul mio onore, purchè non parli del Commendatore. LEPORELLO Siam soli. DON GIOVANNI Lo vedo. PREMIER ACTE SCÈNE IV SCÈNE IV Nuit. Rue. Récitatif DON GIOVANNI Allons, dépêche-toi vite... que veux-tu ? LEPORELLO L’affaire dont il s’agit est importante. DON GIOVANNI Je le crois. LEPORELLO Elle est très importante. DON GIOVANNI Encore mieux : conclus. LEPORELLO Jurez de ne pas vous mettre en colère. DON GIOVANNI Je le jure sur mon honneur, pourvu que tu ne parles pas du Commandeur. LEPORELLO Nous sommes seuls. DON GIOVANNI Je vois. 47 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Nessun ci sente. DON GIOVANNI Via. LEPORELLO Vi posso dire tutto liberamente? DON GIOVANNI Sì. LEPORELLO Dunque quando è così: caro signor padrone, la vita che menate (all’orecchio, ma forte) è da briccone. 48 DON GIOVANNI Temerario! in tal guisa... LEPORELLO E il giuramento!... DON GIOVANNI Non sò di giuramenti... taci... o ch’io... LEPORELLO Non parlo più, non fiato, o padron mio. DON GIOVANNI Così saremo amici; or odi un poco, sai tu perchè son qui? LEPORELLO Non ne so nulla: ma essendo così tardi... non sarebbe qualche nuova conquista? Io lo devo saper per porla in lista. PREMIER ACTE SCÈNE IV LEPORELLO Personne n’écoute. DON GIOVANNI Allez. LEPORELLO Je peux tout vous dire librement ? DON GIOVANNI Oui. LEPORELLO Alors bon : cher seigneur maître, la vie que vous menez (à l’oreille mais fort) est celle d’une canaille. DON GIOVANNI Téméraire ! si c’est comme ça... LEPORELLO Et le serment !... DON GIOVANNI Je ne connais pas de serments... tais-toi... ou je... LEPORELLO Je ne parle plus, je ne respire plus, ô mon maître. DON GIOVANNI Ainsi nous serons amis ; maintenant écoute un peu, saistu pourquoi je suis ici ? LEPORELLO Je n’en sais rien : mais puisqu’il est si tard... ne serait-ce pas quelque nouvelle conquête ? Il faut que je le sache pour la mettre sur la liste. 49 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Va’ là, che se’ il grand’uom. Sappi ch’io sono innamorato d’una bella dama, e son certo che m’ama. La vidi... le parlai... meco al casino questa notte verrà... Zitto: mi pare sentire odor di femmina... LEPORELLO Cospetto! che odorato perfetto! DON GIOVANNI All’aria, mi par bella: LEPORELLO E che occhio, dico! DON GIOVANNI Ritiriamoci un poco, e scopriamo terren. 50 LEPORELLO Già prese foco. Vanno in disparte. SCENA V No 3. Aria DONNA ELVIRA (in abito da viaggio) Ah chi mi dice mai quel barbaro dov’è, Che per mio scorno amai, che mi mancò di fe, Che mi mancò di fe? Ah se ritrovo l’empio, E a me non torna ancor, Vo’ farne orrendo scempio, gli vo’ cavare il cor, Gli vo’ cavare il cor... PREMIER ACTE SCÈNE V DON GIOVANNI Te voilà sage. Sache que j’aime une belle dame et je suis sûr qu’elle m’aime. Je l’ai vue, lui ai parlé... cette nuit, elle viendra avec moi au pavillon... Chut : je crois que je sens une odeur de femme... LEPORELLO Parbleu ! quel odorat parfait ! DON GIOVANNI À son allure, elle me semble belle : LEPORELLO Et quel œil, je trouve. DON GIOVANNI Écartons-nous un peu, et étudions le terrain. 51 LEPORELLO Il s’est déjà enflammé. Ils s’écartent. SCÈNE V No 3. Air DONNA ELVIRA (en tenue de voyage) Ah qui pourrait me dire où se trouve ce barbare, Que pour ma honte j’ai aimé, qui de foi m’a manqué, Qui de foi m’a manqué ? Ah si je retrouve le cruel, S’il ne me revient pas, Je veux le massacrer, lui arracher le cœur, Je veux lui arracher le cœur... MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Udisti! qualche bella dal vago abbandonata. DONNA ELVIRA ... Vo’ farne orrendo scempio, gli vo’ cavare il cor, DON GIOVANNI Poverina, poverina! DONNA ELVIRA Gli vo’ cavare il cor, sì, gli vo cavare il cor. DON GIOVANNI Cerchiam di consolare il suo tormento. LEPORELLO Così ne consolò mille e ottocento. 52 DONNA ELVIRA Ah chi mi dice mai quel barbaro dov’è, Che per mio scorno amai, che mi mancò di fe, Che mi mancò di fe? Ah se ritrovo l’empio, E a me non torna ancor, Vo’ farne orrendo scempio, gli vo’ cavare il cor, DON GIOVANNI Poverina, poverina! DONNA ELVIRA Gli vo’ cavare il cor, sì, gli vo’ cavare il cor. DON GIOVANNI Cerchiam di consolare il suo tormento. PREMIER ACTE SCÈNE V DON GIOVANNI Tu as entendu ! quelque belle abandonnée. DONNA ELVIRA ... Je veux le massacrer, lui arracher le cœur, DON GIOVANNI Pauvre petite, pauvre petite ! DONNA ELVIRA Je veux lui arracher le cœur, oui, lui arracher le cœur. DON GIOVANNI Tentons de la consoler de son tourment. LEPORELLO Ainsi, il en a consolé mille huit cents. 53 DONNA ELVIRA Ah qui pourrait me dire où se trouve ce barbare, Que pour ma honte j’ai aimé, qui de foi m’a manqué, Qui de foi m’a manqué ? Ah si je retrouve le cruel, S’il ne me revient pas, Je veux le massacrer, lui arracher le cœur, DON GIOVANNI Pauvre petite, pauvre petite ! DONNA ELVIRA Je veux lui arracher le cœur, oui, lui arracher le cœur. DON GIOVANNI Tentons de la consoler de son tourment. MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Così ne consolò mille e ottocento. DONNA ELVIRA Gli vo’ cavare il cor, gli vo’ cavare il cor, Gli vo’ cavare il cor, cavare il cor. DON GIOVANNI Signorina, signorina! DONNA ELVIRA Chi è là? Recitativo DON GIOVANNI Stelle! che vedo! 54 LEPORELLO O bella! Donna Elvira! DONNA ELVIRA Don Giovanni! Sei qui, mostro, fellon, nido d’inganni! LEPORELLO (a parte) Che titoli cruscanti! Manco male che lo conosce bene! DON GIOVANNI Via, cara Donna Elvira, calmate questa collera... sentite... lasciatemi parlar... DONNA ELVIRA Cosa puoi dire, dopo azion sì nera? In casa mia entri furtivamente, a forza d’arte, di giuramenti e di lusinghe arrivi a sedurre il cor mio; m’innamori, o crudele, mi dichiari tua sposa, e poi, mancando della terra e del cielo al santo PREMIER ACTE SCÈNE V LEPORELLO Ainsi, il en a consolé mille huit cents. DONNA ELVIRA Je veux lui arracher le cœur, lui arracher le cœur, Je veux lui arracher le cœur, arracher le cœur. DON GIOVANNI Mademoiselle, mademoiselle ! DONNA ELVIRA Qui est là ? Récitatif DON GIOVANNI Ciel ! que vois-je ? 55 LEPORELLO Excellent ! Donna Elvira ! DONNA ELVIRA Don Giovanni ! Tu es ici, monstre, traître, nid de tromperies ! LEPORELLO (à part) Quels titres brillants ! Par bonheur, elle le connaît bien ! DON GIOVANNI Allons, chère Donna Elvira, calmez cette colère... écoutez... laissez-moi te parler... DONNA ELVIRA Que dire, après une action si noire ? Tu entres chez moi furtivement, par ruses, serments et caresses, tu parviens à séduire mon cœur ; je tombe amoureuse, ô cruel, tu m’appelles ton épouse, puis, bafouant la loi sacrée de la terre et du ciel, MOZART DON GIOVANNI dritto, con enorme delitto dopo tre dì da Burgos t’allontani, m’abbandoni, mi fuggi, e lasci in preda al rimorso ed al pianto, per pena forse che t’amai cotanto! LEPORELLO (a parte) Pare un libro stampato. DON GIOVANNI Oh in quanto a questo ebbi le mie ragioni: è vero? LEPORELLO (ironicamente) È vero. E che ragioni forti! DONNA ELVIRA E quali sono, se non la tua perfidia, la leggerezza tua? Ma il giusto cielo volle ch’io ti trovassi, per far le sue, le mie vendette. 56 DON GIOVANNI Eh via siate più ragionevole... (A parte) Mi pone a cimento costei. (A donn’Elvira) Se non credete a labbro mio, credete a questo galantuomo. LEPORELLO (a parte) Salvo il vero. DON GIOVANNI (forte) Via, dille un poco... LEPORELLO (piano) E cosa devo dirle? DON GIOVANNI (forte) Sì, sì, dille pur tutto. PREMIER ACTE SCÈNE V après trois jours – crime immense – tu quittes Burgos, m’abandonnes, me fuis, me laissant la proie du remords et des pleurs, punition peut-être de t’avoir tant aimé. LEPORELLO (à part) Elle parle comme un livre. DON GIOVANNI Oh quant à cela, j’avais mes raisons : c’est vrai ? LEPORELLO (ironiquement) Vrai. Et des raisons puissantes ! DONNA ELVIRA Et quelles sont-elles, sinon ta perfidie et ta désinvolture ? Mais le ciel de justice a voulu que je te retrouve, pour sa vengeance et la mienne. 57 DON GIOVANNI Allons, soyez plus raisonnable... (À part) Elle me met à rude épreuve. (À Donna Elvira) Si vous ne me croyez pas, croyez ce gentilhomme. LEPORELLO (à part) Vérité mise à part. DON GIOVANNI (fort) Allons, dis-lui un peu... LEPORELLO (à voix basse) Et que dois-je lui dire ? DON GIOVANNI (fort) Oui, oui, dis-lui tout. MOZART DON GIOVANNI DONNA ELVIRA (a Leporello) Ebben, fa presto. In questo fra tempo Don Giovanni fugge. LEPORELLO Madama... veramente... in questo mondo conciossia cosa quando fosse che il quadro non è tondo... DONNA ELVIRA Sciagurato, così del mio dolor gioco ti prendi? (Verso Don Giovanni che non crede partito) Ah voi... stelle! l’iniquo fuggì! misera me! dove, in qual parte... LEPORELLO Eh, lasciate che vada: egli non merta che di lui ci pensiate... 58 DONNA ELVIRA Il scellerato m’ingannò, mi tradì! LEPORELLO Eh consolatevi; non siete voi, non foste, e non sarete né la prima, né l’ultima; guardate questo non picciol libro: è tutto pieno dei nomi di sue belle; ogni villa, ogni borgo, ogni paese è testimon di sue donnesche imprese. No 4. Aria LEPORELLO Madamina, il catalogo è questo Delle belle che amò il padron mio, un catalogo egli è che ho fatti’io, Osservate, leggete con me, osservate, legete con me. In Italia seicento e quaranta, PREMIER ACTE SCÈNE V DONNA ELVIRA (à Leporello) Eh bien, fais vite. Pendant ce temps, Don Giovanni s’échappe. LEPORELLO Madame... en vérité... en ce monde puisque et quand bien même le carré n’est pas rond... DONNA ELVIRA Malheureux, tu te joues ainsi de ma douleur ? (À Don Giovanni qu’elle croit toujours là) Ah vous... ciel ! le misérable a fui ! pauvre de moi ! où, de quel côté... LEPORELLO Eh laissez-le aller : il ne mérite pas que vous pensiez à lui... 59 DONNA ELVIRA Le scélérat m’a trompée, m’a trahie ! LEPORELLO Eh consolez-vous ; vous n’êtes, ne fûtes, ne serez, ni la première, ni la dernière ; regardez ce gros livre ; il est rempli des noms de ses belles ; chaque ville, chaque bourg, chaque pays est le témoin de ses conquêtes. No 4. Air LEPORELLO Petite madame, voici le catalogue Des belles qu’aima mon maître, Un catalogue que j’ai fait moi-même, Regardez, lisez avec moi, regardez, lisez avec moi. En Italie six cent quarante, MOZART DON GIOVANNI 60 In Lamagna duecento e trent’una, Cento in Francia, in Turchia novantuna, Ma in Ispagna son già mille e tre, mille e tre, mille e tre. V’han fra queste contadine, cameriere, cittadine, V’han contesse, baronesse, marchesine, principesse, E v’han donne d’ogni grado, d’ogni forma, d’ogni età, D’ogni forma, d’ogni età. In Italia, seicento e quaranta, In Lamagna duecento e trent’una, Cento in Francia, in Turchia novantuna, ma, ma Ma in Ispagna son già mille e tre, mille e tre, mille e tre. V’han fra queste contadine, cameriere, cittadine, V’han contesse, baronesse, marchesine, principesse, E v’han donne d’ogni grado, d’ogni forma, d’ogni età, D’ogni forma, d’ogni età. Nella bionda egli ha l’usanza di lodar la gentilezza, Nella bruna la costanza, nella bianca la dolcezza. Vuol d’inverno la grassotta, vuol d’estate la magrotta; È la grande maestosa, è la grande maestosa, la piccina, La piccina, la piccina, la piccina, la piccina, La piccina, la piccina, la piccina, la piccina, È ognor vezzosa, è ognor vezzosa, è ognor vezzosa... Delle vecchie fa conquista, pel piacer di porle in lista; Sua passion predominante è la giovin principiante. Non si picca se sia ricca, se sia brutta, se sia bella, Se sia ricca, brutta, se sia bella: Purché porti la gonnella, voi sapete quel che fa, Voi sapete quel che fa, purché porti la gonnella Voi sapete quel che fa, voi sapete, voi sapete quel che fa, Quel che fa, quel che fa, voi sapete quel che fa. (Parte.) PREMIER ACTE SCÈNE V En Allemagne deux cent trente et une, Cent en France, en Turquie quatre-vingt-onze, Mais en Espagne, il y en a déjà mille trois, mille trois. Parmi elles des paysannes, des femmes de chambre, des citadines, Des comtesses, des baronnes, des marquises, des princesses, Et des dames de tout rang, de toute forme, de tout âge De toute forme, de tout âge. En Italie six cent quarante, En Allemagne deux cent trente et une, Cent en France, en Turquie quatre-vingt-onze, mais, mais Mais en Espagne, il y en a déjà mille trois, mille trois. Parmi elles des paysannes, des femmes de chambre, des citadines, Des comtesses, des baronnes, des marquises, des princesses, Et des dames de tout rang, de toute forme, de tout âge De toute forme, de tout âge. Chez la blonde, il aime à louer la gentillesse, Chez la brune, la constance, chez la tête blanche, la douceur. En hiver il veut la grasse, en été il veut la maigre ; La grande est majestueuse, la grande est majestueuse, la petite, La petite, la petite, la petite, la petite, La petite, la petite, la petite, la petite, Est toujours gracieuse, est toujours gracieuse... Des vieilles, il fait la conquête pour le plaisir de les ajouter à la liste ; Sa passion prédominante, c’est la jeune débutante. Peu lui importe qu’elle soit riche, laide, belle, Qu’elle soit riche, belle, laide : Pourvu qu’elle porte jupon, vous savez ce qu’il fait Vous savez ce qu’il fait, pourvu qu’elle porte jupon, Vous savez, vous savez ce qu’il fait, Ce qu’il fait, ce qu’il fait, vous savez ce qu’il fait. (Il sort.) 61 MOZART DON GIOVANNI SCENA VI Recitativo DONNA ELVIRA In questa forma dunque mi tradì il scellerato! È questo il premio che quel barbaro rende all’amor mio? Ah vendicar vogl’io l’ingannato mio cor: pria ch’ei mi fugga... si ricorra... si vada... Io sento in petto sol vendetta parlar, rabbia e dispetto. (Parte.) SCENA VII No 5. Coro 62 ZERLINA Giovinette che fate all’amore, che fate all’amore, Non lasciate che passi l’età, che passi l’età, che passi l’età: Se nel seno vi bulica il core, vi bulica il core, Il rimedio vedetelo qua... Che piacer, che piacer che sarà! CORO DI CONTADINE Aaaa che piacer, che piacer che sarà, La la la ra la, la la la ra la! MASETTO Giovinetti leggeri di testa, leggeri di testa, Non andate girando qua e là, qua e là, e qua e là. Poco dura dé matti la festa, dé matti la festa, Ma per me cominciato non ha, cominciato non ha... Che piacer, che piacer che sarà! PREMIER ACTE SCÈNES VI & VII SCÈNE VI Récitatif DONNA ELVIRA C’est ainsi donc que le scélérat m’a trahie! Voilà la récompense que ce barbare réserve à mon amour ? Ah, je veux venger mon cœur trompé: avant qu’il ne me fuie... j’aurais recours... allons... En mon cœur je n’entends que la voix de la vengeance, de la rage et du dépit. (Elle sort.) SCÈNE VII No 5. Chœur ZERLINA Jeunes filles faites pour l’amour, faites pour l’amour, Ne laissez pas passer le temps, passer le temps : Si dans votre sein, votre cœur bouillonne, votre cœur bouillonne, Le remède, il est là, regardez... Quel plaisir quel plaisir ce sera ! CHŒUR DES PAYSANNES Aaaa quel plaisir, quel plaisir ce sera, La la la ra la, la la la ra la ! MASETTO Jeunes gens étourdis, étourdis, Ne papillonnez pas ici et là, ici et là Elle dure peu la fête des fous, la fête des fous, Mais pour moi elle n’a pas commencé, commencé... Quel plaisir, quel plaisir ce sera ! 63 MOZART DON GIOVANNI CORO DI CONTADINI Aaaa che piacer, che piacer che sarà, La la la ra la, la la la ra la! ZERLINA E MASETTO Vieni, vieni, carino, e godiamo, E cantiamo e balliamo e saltiamo; Vieni, vieni, carino, e godiamo, Che piacer, che piacer che sarà! Aaaa che piacer, che piacer che sarà! CORO DI CONTADINE ET CONTADINI Aaaa che piacer, che piacer che sarà, La la la ra la la ra la la ra la, La la la ra la la ra la la ra la! SCENA VIII 64 Recitativo DON GIOVANNI Manco male, è partita: oh guarda, guarda che bella gioventù! che belle donne! LEPORELLO Fra tante per mia fè vi sarà qualche cosa anche per me. DON GIOVANNI Cari amici, buon giorno: seguitate a stare allegramente, seguitate a suonar, o buona gente. C’è qualche sposalizio? ZERLINA Si signore, e la sposa son io. DON GIOVANNI Me ne consolo. Lo sposo? PREMIER ACTE SCÈNE VIII CHŒUR DES PAYSANS Aaaa quel plaisir, quel plaisir ce sera, La la la ra la, la la la ra la ! ZERLINA & M ASETTO Viens, viens, chéri, et jouissons, Et chantons, dansons, sautons ; Viens, viens, chéri et jouissons, Quel plaisir, quel plaisir ce sera ! Aaaa quel plaisir, quel plaisir ce sera ! CHŒUR DES PAYSANNES & DES PAYSANS Aaaa quel plaisir, quel plaisir ce sera, La la la ra la la ra la la ra la, La la la ra la la ra la la ra la ! SCÈNE VIII 65 Récitatif DON GIOVANNI Heureusement, elle est partie : oh, regarde, regarde quelle belle jeunesse ! quelles belles femmes ! LEPORELLO Ma foi, parmi tant, il y en aura aussi une pour moi. DON GIOVANNI Chers amis, bonjour : continuez dans la joie, continuez à jouer, ô brave gens. C’est une noce ? ZERLINA Oui monsieur, et je suis la mariée. DON GIOVANNI J’en suis heureux. Le marié ? MOZART DON GIOVANNI MASETTO Io, per servirla. DON GIOVANNI Oh bravo! per servirmi: questo è vero parlar da galantuomo! LEPORELLO Basta che sia marito. ZERLINA Oh il mio Masetto è un uom d’ottimo core. DON GIOVANNI Oh anch’io, vedete! voglio che siamo amici: il vostro nome? 66 ZERLINA Zerlina. DON GIOVANNI E il tuo? MASETTO Masetto. DON GIOVANNI O caro il mio Masetto! cara la mia Zerlina! v’esibisco la mia protezione... (A Leporello che fai dei scherzi alle altre contadine:) Leporello... cosa fai lì, birbone? LEPORELLO Anch’io, caro padrone, esibisco la mia protezione. DON GIOVANNI Presto, va’ con costor: nel mio palazzo conducili sul fatto; PREMIER ACTE SCÈNE VIII MASETTO C’est moi, pour vous servir. DON GIOVANNI Oh bravo ! pour me servir : c’est vraiment parler en gentilhomme ! LEPORELLO Il suffit qu’il soit le mari. ZERLINA Oh, mon Masetto est un excellent homme. DON GIOVANNI Oh moi aussi, voyez ! je veux que nous soyons amis : votre nom ? ZERLINA Zerlina. DON GIOVANNI Et le tien ? MASETTO Masetto. DON GIOVANNI Ô mon cher Masetto ! ma chère Zerline ! je vous offre ma protection... (À Leporello qui taquine les autres paysannes :) Leporello... que fais-tu, coquin ? LEPORELLO Moi aussi, cher maître, j’offre ma protection. DON GIOVANNI Vite, pars avec ceux-là : conduis-les tout de suite à mon 67 MOZART DON GIOVANNI ordina ch’abbiano cioccolata, caffè, vini, presciutti; cerca divertir tutti, mostra loro il giardino, la galleria, le camere; in effetto fa’ che resti contento il mio Masetto. Hai capito? LEPORELLO Ho capito: andiam! MASETTO Signore... DON GIOVANNI Cosa c’è? MASETTO La Zerlina senza me non può star. 68 LEPORELLO In vostro loco vi sarà sua Eccellenza: e saprà bene fare le vostre parti. DON GIOVANNI Oh la Zerlina è in man d’un Cavalier: va’ pur, fra poco ella meco verrà. ZERLINA Va’, non temere! nelle mani son io d’un Cavaliere. MASETTO E per questo? ZERLINA E per questo non c’è da dubitar. MASETTO Ed io, cospetto... PREMIER ACTE SCÈNE VIII palais ; fais-leur servir du chocolat, du café, des vins, du jambon ; essaye de tous les divertir, montre-leur le jardin, la galerie, les chambres ; fais vraiment en sorte que mon Masetto soit satisfait. Tu as compris ? LEPORELLO J’ai compris : allons-y ! MASETTO Seigneur... DON GIOVANNI Qu’est-ce qu’il y a ? MASETTO Zerlina ne peut demeurer sans moi. LEPORELLO Son Excellence prendra votre place : et il saura bien tenir votre rôle. DON GIOVANNI Oh, Zerlina est entre les mains d’un chevalier : sous peu, elle viendra avec moi. ZERLINA Va, n’aie pas peur ! je suis entre les mains d’un chevalier. MASETTO Et alors ? ZERLINA Et alors pas de méfiance. MASETTO Et moi, parbleu... 69 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Olà, finiam le dispute: se subito senz’ altro replicar non te ne vai, (mostrandogli la spada) Masetto, guarda ben, ti pentirai. No 6. Aria 70 MASETTO Ho capito, signor sì, signor sì, Chino il capo, e me ne vò: Già che piace a voi così. Altre repliche non fo, no, no, no, no, no, no, non fo. Cavalier voi siete già, Dubitar non posso affè: Me lo dice la bontà Che volete aver per me, aver per me, aver per me. (Da parte a Zerlina) Bricconaccia, malandrina, Fosti ognor la mia ruina, fosti ognor la mia ruina. (A Leporello che lo vuol condur seco) Vengo, vengo! (A Zerlina) Resta, resta! È una cosa molto onesta: Faccia il nostro cavaliere cavaliera ancora te, Cavaliera ancora te. (Da parte a Zerlina) Bricconaccia, malandrina, Fosti ognor la mia ruina, fosti ognor la mia ruina. (A Leporello che lo vuol condur seco) Vengo, vengo! (A Zerlina) Resta, resta! È una cosa molto onesta: Faccia il nostro cavaliere cavaliera ancora te, Cavaliera ancora te, Faccia il nostro cavaliere cavaliera ancora te, Faccia il nostro cavaliere cavaliera ancora te, Cavaliera ancora te, cavaliera ancora te. (Via.) PREMIER ACTE SCÈNE VIII DON GIOVANNI Holà, finissons la dispute : si tu ne pars pas sur-le-champ et sans rien dire (montrant son épée) Masetto, prends garde, tu t’en repentiras. No 6. Air MASETTO J’ai compris, oui seigneur, oui seigneur, Je m’incline et je m’en vais : Puisque tel est votre plaisir Je ne dirai plus rien, non, non, non, non, plus rien. Vous êtes chevalier, Je ne peux en douter : Me le disent les bontés Que pour moi vous avez, pour moi, pour moi. (À part, à Zerline) Canaille, coquine, Tu as toujours été ma ruine, tu as toujours été ma ruine. (À Leporello qui veut l’emmener avec lui) Je viens, je viens ! (À Zerlina) Reste, reste ! C’est une chose bien honnête Que notre chevalier fasse de toi une dame, De toi une dame. (À part, à Zerline) Canaille, coquine, Tu as toujours été ma ruine, tu as toujours été ma ruine. (À Leporello qui veut l’emmener avec lui) Je viens, je viens ! (À Zerlina) Reste, reste ! C’est une chose bien honnête Que notre chevalier fasse de toi une dame, De toi une dame. Que notre chevalier fasse de toi une dame, Que notre chevalier fasse de toi une dame, De toi une dame, de toi une dame. (Il s’en va.) 71 MOZART DON GIOVANNI SCENA IX DON GIOVANNI Alfin siam liberati, Zerlinetta gentil, da quel scioccone: che ne dite, mio ben, so far pulito? ZERLINA Signore, è mio marito... DON GIOVANNI Chi? colui? Vi par che un onest’uomo, un nobil Cavalier, come io mi vanto, possa soffrir che quel visetto d’oro, quel viso inzuccherato, da un bifolcaccio vil sia strapazzato? ZERLINA Ma signor, io gli diedi parola di sposarlo. 72 DON GIOVANNI Tal parola non vale un zero; voi non siete fatta per essere paesana: un’ altra sorte vi procuran quegli occhi bricconcelli, quei labbretti sì belli, quelle ditucce candide e odorose: parmi toccar giuncata, e fiutar rose. ZERLINA Ah non vorrei... DON GIOVANNI Che non vorreste? ZERLINA Alfine ingannata restar; io so che raro colle donne voi altri cavalieri siete onesti e sinceri. PREMIER ACTE SCÈNE IX SCÈNE IX DON GIOVANNI Enfin nous sommes débarrassés, gentille Zerlinetta, de ce grand sot : qu’en dites-vous, ma chère, je sais faire place nette ? ZERLINA Seigneur, c’est mon mari... DON GIOVANNI Qui ? Lui ? Pensez-vous que l’honnête homme, le noble chevalier que je me flatte d’être pourrait souffrir que ce minois doré, ce visage poudré de sucre soit maltraité par un vulgaire paysan. ZERLINA Mais seigneur, je lui ai promis de l’épouser. DON GIOVANNI Une telle promesse ne vaut rien ; vous n’êtes pas faite pour être paysanne : un autre destin vous réservent ces yeux charmeurs, ces lèvres si belles, ces petits doigts blancs et parfumés : il me semble toucher le velours d’un roseau, respirer des roses. ZERLINA Ah je ne voudrais pas... DON GIOVANNI Que ne voudrais-tu pas ? ZERLINA Être finalement trompée ; je sais qu’avec les dames, vous autres chevaliers êtes rarement honnêtes et sincères. 73 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Eh, un’ impostura della gente plebea! La nobilità ha dipinta negl’ occhi l’onestà. Orsù, non perdiam tempo: in questo istante io ti voglio sposar. ZERLINA Voi? DON GIOVANNI Certo, io. Quel casinetto è mio: soli saremo, e là, gioiello mio, ci sposeremo. No 7. Duettino DON GIOVANNI Là ci darem la mano, là mi dirai di sì; Vedi, non è lontano, partiam, ben mio, da qui. 74 ZERLINA Vorrei, e non vorrei, mi trema un poco il cor; Felice, è ver, sarei, ma può burlarmi ancor, Ma può burlarmi ancor. DON GIOVANNI Vieni, mio bel diletto; ZERLINA Mi fa pietà Masetto; DON GIOVANNI Io cangerò tua sorte. ZERLINA Presto non son più forte, Non son più forte, non son più forte. PREMIER ACTE SCÈNE IX DON GIOVANNI Eh, c’est un mensonge des gens du peuple ! La noblesse a l’honnêteté peinte dans le regard. Donc, ne perdons pas de temps : sur-le-champ je veux t’épouser. ZERLINA Vous ? DON GIOVANNI Bien sûr. Ce petit pavillon est à moi : nous serons seuls et là, mon bijou, nous nous marierons. No 7. Duettino DON GIOVANNI Là, nous nous donnerons la main, là tu me diras oui ; Vois, ce n’est pas loin, mon amour, partons d’ici. 75 ZERLINA Je voudrais et ne voudrais pas, mon cœur tremble un peu ; Je serais heureuse, c’est vrai, mais il peut se jouer de moi, Mais il peut encore se jouer de moi. DON GIOVANNI Viens, mon bel amour ; ZERLINA Masetto me fait pitié ; DON GIOVANNI Je changerai ta destinée. ZERLINA Vite, je n’ai plus la force, Je n’ai plus la force, je n’ai plus la force. MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Vieni, vieni! DON GIOVANNI Là ci darem la mano, ZERLINA Vorrei, e non vorrei, DON GIOVANNI Là mi dirai di sì; ZERLINA Mi trema un poco il cor; DON GIOVANNI Partiam, ben mio, da qui. 76 ZERLINA Ma può burlarmi ancor DON GIOVANNI Vieni, mio bel Diletto; ZERLINA Mi fa Pietà Masetto DON GIOVANNI Io cangierò Tua sorte; ZERLINA Presto PREMIER ACTE SCÈNE IX DON GIOVANNI Viens, viens ! DON GIOVANNI Là, nous nous donnerons la main, ZERLINA Je voudrais et ne voudrais pas DON GIOVANNI Là tu me diras oui ; ZERLINA Mon cœur tremble un peu ; DON GIOVANNI Mon amour, quittons ces lieux. 77 ZERLINA Il peut encore se jouer de moi. DON GIOVANNI Viens, mon bel Amour ; ZERLINA J’ai Pitié de Masetto. DON GIOVANNI Je changerai Ton destin ; ZERLINA Vite MOZART DON GIOVANNI Non son più forte, non son più forte, Non son più forte; DON GIOVANNI Andiam, andiam!... ZERLINA Andiam!... DON GIOVANNI E ZERLINA Andiam, andiam, mio bene, A ristorar le pene d’un innocente amor. Andiam, andiam, mio bene, A ristorar le pene d’un innocente amor. DON GIOVANNI Andiam! 78 ZERLINA Andiam! Andiam! DON GIOVANNI Andiam! DON GIOVANNI E ZERLINA Andiam, mio bene, andiam Le pene a ristorar d’un innocente amor. (Vanno verso il casino di Don Giovanni, abbracciati, etc.) SCENA X DONNA ELVIRA Fermati, scellerato: il ciel mi fece udir le tue perfidie; io sono a tempo di salvar questa misera innocente dal tuo barbaro artiglio. PREMIER ACTE SCÈNE X Je n’ai plus la force, je n’ai plus la force, Je n’ai plus la force ; DON GIOVANNI Allons, allons !... ZERLINA Allons !... DON GIOVANNI & Z ERLINA Allons, allons, mon amour, Apaiser les peines d’un innocent amour. Allons, allons, mon amour, Apaiser les peines d’un innocent amour. DON GIOVANNI Allons ! 79 ZERLINA Allons ! Allons ! DON GIOVANNI Allons ! DON GIOVANNI & ZERLINA Allons, mon amour, allons, Apaiser les peines d’un innocent amour. (Ils se dirigent vers le pavillon de Don Giovanni, enlacés, etc.) SCÈNE X DONNA ELVIRA Arrête scélérat : le ciel m’a fait entendre tes perfidies : j’arrive à temps pour sauver cette pauvre innocente de ta griffe barbare. MOZART DON GIOVANNI ZERLINA Meschina, cosa sento! DON GIOVANNI (da parte) Amor, consiglio! (A Donna Elvira piano) Idol mio, non vedete, ch’io voglio divertirmi... DONNA ELVIRA Divertiti? è vero! divertiti! Io so, crudele, come tu ti diverti... ZERLINA Ma signor Cavaliere... è ver quel ch’ella dice? 80 DON GIOVANNI (piano a Zerlina) La povera infelice è di me innamorata, e per pietà deggio fingere amore; ch’io son per mia disgrazia uom di buon core. No 8. Aria DONNA ELVIRA Ah fuggi il traditor, non lo lasciar più dir: Il labbro è mentitor, fallace il ciglio. Da’ miei tormenti impara a creder a quel cor, E nasca il tuo timor dal mio periglio. Ah fuggi, fuggi, ah fuggi il traditor, Non lo lasciar più dir: il labbro è mentitor, Fallace il ciglio, il labbro è mentitor, Fallace il ciglio, fallace il ciglio. (Parte conducendo seco Zerlina.) PREMIER ACTE SCÈNE X ZERLINA Malheureuse, qu’entends-je ! DON GIOVANNI (à part) Amour aide-moi ! (À Donna Elvira, à voix basse) Mon amour, vous ne voyez pas que je veux me divertir... DONNA ELVIRA Te divertir ? vraiment ! te divertir ! Cruel, je sais comment tu te divertis... ZERLINA Mais seigneur Chevalier... c’est vrai ce qu’elle dit ? DON GIOVANNI (à voix basse à Zerlina) La pauvre malheureuse m’aime, et je dois faire semblant de l’aimer, par pitié ; car pour mon malheur, j’ai bon cœur. No 8. Air DONNA ELVIRA Ah, fuis ce traître, ne le laisse plus parler : Ses lèvres sont menteuses, ses yeux sont faux. De mes tourments apprends à croire ce cœur, Et que ta crainte naisse des périls où je suis. Ah fuis, fuis, ah fuis ce traître, Ne le laisse plus parler, ses lèvres sont menteuses, Ses yeux sont faux, ses lèvres sont menteuses, Ses yeux sont faux, ses yeux sont faux. (Elle sort, emmenant Zerlina.) 81 MOZART DON GIOVANNI SCENA XI Recitativo DON GIOVANNI Mi par ch’oggi il demonio si diverta d’opporsi a’ miei piacevoli progressi; vanno mal tutti quanti. DON OTTAVIO Ah ch’ora, idolo mio, son vani i pianti! Di vendetta si parli... Ah Don Giovanni! DON GIOVANNI (a parte) Mancava questo inver! 82 DONNA ANNA Signore, a tempo vi ritroviam: avete core, avete anima generosa? DON GIOVANNI (a parte) Sta’ a vedere che il diavolo gli ha detto qualche cosa. (A Donna Anna) Che domanda! perchè? DONNA ANNA Bisogno abbiamo della vostra amicizia. DON GIOVANNI (a parte) Mi torna il fiato in corpo. (A Donna Anna) Comandate: i congiunti, i parenti, questa man, questo ferro i beni, il sangue spenderò per servivi: ma voi, bella Donn’Anna, perché così piangete? II crudele chi fu, che osò la calma turbar del viver vostro... PREMIER ACTE SCÈNE XI SCÈNE XI Récitatif DON GIOVANNI Il me semble qu’aujourd’hui, le diable se divertit à contrarier mes plaisirs ; tout tourne mal. DON OTTAVIO Ah, à présent, mon amour, les pleurs sont inutiles ! Parlons de vengeance... Ah, Don Giovanni ! DON GIOVANNI (à part) Vraiment, il ne manquait que cela ! DONNA ANNA Seigneur, nous vous retrouvons au bon moment : avez-vous du courage, une âme généreuse ? DON GIOVANNI (à part) Vous allez voir que le diable lui a dit quelque chose. (À Donna Anna) Quelle question ! pourquoi ? DONNA ANNA Nous avons besoin de votre amitié. DON GIOVANNI (à part) Je respire. (À Donna Anna) Ordonnez : amis, parents, ma main, mon épée, mes biens, mon sang, je les mets à votre service : mais, belle Donna Anna, pourquoi pleurez-vous ainsi ? Qui est le cruel qui a osé troubler votre sérénité... 83 MOZART DON GIOVANNI SCENA XII DONNA ELVIRA Ah ti ritrovo ancor, perfido mostro! N o 9. Quartetto DONNA ELVIRA Non ti fidar, o misera, di quel ribaldo cor! Me già tradì quel barbaro: te vuol tradire ancor. DONNA ANNA E DON OTTAVIO Cieli! che aspetto nobile! che dolce maestà! II suo pallor, le lagrime m’empiono di pietà, M’empiono di pietà. 84 DON GIOVANNI (a parte, Donna Elvira ascolta) La povera ragazza è pazza, amici miei, è pazza amici miei; Lasciatemi con lei, forse si calmerà, forse si calmerà. DONNA ELVIRA Ah non credete al perfido! DON GIOVANNI È pazza, non badate, DONNA ELVIRA Restate ancor, restate! DONNA ANNA E DON OTTAVIO A chi si crederà! DON GIOVANNI È pazza. PREMIER ACTE SCÈNE XII SCÈNE XII DONNA ELVIRA Ah, je te retrouve encore, monstre perfide ! No 9. Quatuor DONNA ELVIRA Ne te fie pas, ô malheureuse, à ce cœur scélérat ! Ce barbare m’a déjà trahie : il te trahira aussi. DONNA ANNA & DON OTTAVIO Ciel ! quel noble aspect ! quelle douce grandeur ! Sa pâleur, ses larmes m’emplissent de pitié, M’emplissent de pitié. DON GIOVANNI (à part, Donna Elvira écoutant) La pauvre fille est folle, mes amis, folle, mes amis ; Laissez-moi avec elle, elle se calmera peut-être. DONNA ELVIRA Ah ne croyez pas ce perfide ! DON GIOVANNI Ne faites pas attention, elle est folle, DONNA ELVIRA Restez encore, restez ! DONNA ANNA & DON OTTAVIO Qui croire ? DON GIOVANNI Elle est folle. 85 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA E DON OTTAVIO, A chi se crederà! DONNA ELVIRA Restate! DONNA ANNA E DON OTTAVIO, A chi se crederà, si Crederà! DONNA ELVIRA Ah non Credete al perfido, restate! DONNA ANNA, DON OTTAVIO E DON GIOVANNI Certo moto d’ignoto tormento, 86 DONNA ELVIRA Sdegno, rabbia, dispetto, tormento, DONNA ANNA, DON OTTAVIO E DON GIOVANNI Dentro l’alma girare mi sento, DONNA ELVIRA Dentro l’alma girare mi sento, DONNA ANNA Che mi dice, Per quell’infelice, cento cose Che intender, che intender non sa, no, no, DONNA ELVIRA Che mi dice, di quel traditore, Cento cose che intender non sa, no, che mi dice... PREMIER ACTE SCÈNE XII DONNA ANNA & DON OTTAVIO, Qui croire ? DONNA ELVIRA Restez ! DONNA ANNA & DON OTTAVIO, Qui croire, qui Croire ? DONNA ELVIRA Ah ne Croyez pas le perfide, restez ! DONNA ANNA, DON OTTAVIO & DON GIOVANNI L’émotion d’un tourment ignoré, DONNA ELVIRA Indignation, rage, dépit, tourment, DONNA ANNA, DON OTTAVIO & DON GIOVANNI Je la sens tournoyer en mon âme DONNA ELVIRA Je les sens tournoyer en mon âme, DONNA ANNA Qui me dit, Mille choses de cette malheureuse Que je ne peux comprendre, non, non, DONNA ELVIRA Qui me dit, de ce traître, Mille choses que je ne peux comprendre, qui me dit... 87 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO E DON GIOVANNI Che mi dice per quell’infelice Cento cose che intender non sa, no, no, DONNA ELVIRA ... Di quel traditore, Di quel traditore cento cose che intender non sa, DON GIOVANNI Cento cose che intender non sa DONNA ANNA E DON OTTAVIO Che intender non sa, 88 DONNA ELVIRA Che mi dice, mi dice di Quel traditore Cento cose che intender non sa. DON GIOVANNI Cento cose che intender non sa. DONNA ANNA E DON OTTAVIO Che intender non sa. DON OTTAVIO (a parte) Io di qua non vado via, se non scopro questo affar. DONNA ANNA (a parte) Non ha l’aria di pazzia iI suo volto il suo parlar. DON GIOVANNI Se men vado, si potria qualche cosa sospettar. DONNA ELVIRA Da quel ceffo si dovria la ner’alma giudicar. PREMIER ACTE SCÈNE XII DON OTTAVIO & DON GIOVANNI Qui me dit, de cette malheureuse, Mille choses que je ne peux comprendre, non, non, DONNA ELVIRA ... De ce traître, De ce traître, mille choses que je ne peux comprendre, DON GIOVANNI Mille choses que je ne peux comprendre DONNA ANNA & DON OTTAVIO Que je ne peux comprendre, DONNA ELVIRA Qui me disent, me disent de Ce traître, Mille choses que je ne peux comprendre. DON GIOVANNI Mille choses que je ne peux comprendre. DONNA ANNA & DON OTTAVIO Que je ne peux comprendre. DON OTTAVIO (à part) Je ne partirai pas d’ici sans avoir éclairci cette affaire. DONNA ANNA (à part) Son visage, ses paroles, ne sont pas ceux d’une folle. DON GIOVANNI Si je pars, on pourrait avoir quelque soupçon. DONNA ELVIRA À sa mine, on devrait voir la noirceur de son âme. 89 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO (a Don Giovanni) Dunque quella?... DON GIOVANNI È pazarella: DONNA ANNA (a Donna Elvira) Dunque quegli? DONNA ELVIRA È un traditore: DON GIOVANNI Infelice! DONNA ELVIRA Mentitore! Mentitore! Mentitore! 90 DONNA ANNA E DON OTTAVIO Incomincio a dubitar. DON GIOVANNI (piano a Donna Elvira) Zitto, zitto, che la gente si raduna a noi d’intorno, siate un poco più prudente, vi farete criticar. DONNA ELVIRA (forte, a Don Giovanni) Non sperarlo, o scellerato, ho perduta la prudenza; Le tue colpe ed il mio stato voglio a tutti palesar, Voglio a tutti palesar. DON GIOVANNI Zitto, zitto che la gente si raduna a noi d’intorno, Siate un poco più prudente, vi farete criticar, Siate un poco più prudente! Zitto, zitto che la gente si raduna a noi la gente, Zitto, zitto, zitto, PREMIER ACTE SCÈNE XII DON OTTAVIO (à Don Giovanni) Cette femme, donc ?... DON GIOVANNI Est un peu folle : DONNA ANNA (à Donna Elvira) Donc, cet homme ? DONNA ELVIRA C’est un traître : DON GIOVANNI Malheureuse ! DONNA ELVIRA Menteur ! Menteur ! Menteur ! 91 DONNA ANNA & DON OTTAVIO Je commence à douter. DON GIOVANNI (bas à Donna Elvira) Chut, chut, car les gens s’attroupent autour de nous, soyez un peu plus discrète, on va jaser de vous. DONNA ELVIRA (fort, à Don Giovanni) Ne l’espère pas, scélérat, j’ai perdu toute prudence ; À tous je vais révéler tes mauvais coups et mon état, Je vais les révéler à tous. DON GIOVANNI Chut, chut, car les gens s’attroupent autour de nous, Soyez un peu plus discrète, on va jaser de vous, Soyez un peu plus discrète ! Chut, car les gens s’attroupent autour de nous Chut, chut, chut, MOZART DON GIOVANNI Siate un poco più prudente, Vi farete criticar, vi farete criticar. DONNA ANNA E DON OTTAVIO (a parte, guardando Don Giovanni) Quegli accenti sì sommessi, Quel cangiarsi di colore, Son indizi troppo espressi, Che mi fan determinar, Che mi fan determinar, che mi fan determinar. DONNA ELVIRA Non sperarlo, o scellerato, ho perduta la prudenza; Le tue colpe ed il mio stato voglio a tutti palesar, Ho perduta la prudenza; non sperarlo, Ho perduta la prudenza; non sperarlo, o scellerato! Le tue colpe ed il mio stato voglio a tutti palesar. (Parte.) 92 Recitativo DON GIOVANNI Povera sventurata! i passi suoi voglio seguir: non voglio che faccia un precipizio. Perdonate, bellissima Donn’ Anna; se servirvi poss’io, in mia casa v’aspetto: Amici, addio! (Parte.) SCENA XIII No 10. Recitativo accompagnato ed Aria DONNA ANNA Don Ottavio, son morta! DON OTTAVIO Cosa è stato? PREMIER ACTE SCÈNE XIII Soyez un peu plus discrète, On va jaser de vous, on va jaser de vous. DONNA ANNA & DON OTTAVIO (à part, regardant Don Giovanni) Ces paroles si étouffées Ce changement de teint, Sont des indices évidents, Qui emportent mon jugement, Qui emportent mon jugement, mon jugement. DONNA ELVIRA Ne l’espère pas, scélérat, j’ai perdu toute prudence ; À tous je vais révéler tes mauvais coups et mon état, J’ai perdu toute prudence, ne l’espère pas, J’ai perdu toute prudence ; ne l’espère pas, scélérat ! À tous je vais révéler tes mauvais coups et mon état. (Elle sort.) 93 Récitatif DON GIOVANNI Pauvre malheureuse ! je vais suivre ses pas : je veux pas qu’il lui arrive malheur. Pardonnez, très belle Donna Anna ; si je puis vous servir, je vous attendrai chez moi : adieu mes amis ! (Il sort.) SCÈNE XIII No 10. Récitatif accompagné & Air DONNA ANNA Don Ottavio, je suis morte ! DON OTTAVIO Que se passe-t-il ? MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA Per pietà, soccorretemi! DON OTTAVIO Mio bene... fate coraggio! DONNA ANNA Oh Dei! Oh Dei! Quegli è il carnefice del padre mio. DON OTTAVIO Che dite... DONNA ANNA Non dubitate più: gli ultimi accenti che l’empio proferì tutta la voce richiamar nel cor mio di quell’indegno che nel mio appartamento... 94 DON OTTAVIO O ciel! possibile che sotto il sacro manto d’amicizia... Ma come fu, narratemi lo strano avvenimento. DONNA ANNA Era già alquanto avanzata la notte, quando nelle mie stanze, ove soletta mi trovai per sventura, entrar io vidi, in un mantello avvolto un uom che al primo istante avea preso per voi: ma riconobbi poi che un inganno era il mio: DON OTTAVIO (con affanno) Stelle! seguite... DONNA ANNA Tacito a me s’appressa, e mi vuole abbracciar: sciogliermi cerco, ei più mi stringe; io grido: non viene alcun. Con una mano cerca d’impedire la voce, e coll’altra m’afferra stretta così, che già mi credo vinta. PREMIER ACTE SCÈNE XIII DONNA ANNA Par pitié, secourez-moi ! DON OTTAVIO Mon amour... du courage ! DONNA ANNA Oh dieux ! Oh dieux ! C’est lui le bourreau de mon père. DON OTTAVIO Que dites-vous... DONNA ANNA Ne doutez plus : les dernières paroles de l’impie ont rappelé à mon cœur la voix de ce misérable qui, dans mes appartements... DON OTTAVIO Ô ciel ! est-il possible, sous le voile sacré de l’amitié ? Que s’est-il passé, racontez-moi l’étrange affaire. DONNA ANNA La nuit était déjà avancée, quand dans ma chambre, où par malheur je me trouvai seule, je vis entrer, enveloppé dans une cape, un homme qu’au premier abord j’ai pris pour vous : mais j’ai reconnu ensuite que je me trompais : DON OTTAVIO (avec angoisse) Ciel ! poursuivez... DONNA ANNA Silencieux il s’approche de moi et veut m’embrasser : je cherche à m’échapper, il me serre davantage ; je crie : personne ne vient. D’une main, il cherche à étouffer ma voix et de l’autre, il me tient si serrée que déjà je me crois perdue. 95 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO Perfido! e alfin? DONNA ANNA Alfine il duol, l’orrore dell’infame attentato accrebbe sì la lena mia, che a forza di svincolarmi, torcermi e piegarmi, da lui mi sciolsi. DON OTTAVIO Ohimè, respiro! 96 DONNA ANNA Allora rinforzo i stridi miei, chiamo soccorso, fugge il fellon, arditamente il seguo fin nella strada per fermarlo, e sono assalitrice d’assalita. Il padre v’accorre, vuol conoscerlo, e l’iniquo, che del povero vecchio era più forte, compie il misfatto suo, compie il misfatto suo col dargli morte. Aria Or sai chi l’onore rapire a me volse, Chi fu il traditore che il padre, Che il padre mi tolse; Vendetta ti chiedo, La chiede il tuo cor, la chiede il tuo cor. Rammenta la piaga del misero seno, Rimira di sangue Coperto, coperto il terreno, Se l’ira in te langue d’un giusto furor, D’un giusto furor. Or sai chi l’onore rapire a me volse, Chi fu il traditore che il padre, Che il padre mi tolse; Vendetta ti chiedo, La chiede il tuo cor, la chiede il tuo cor. Rammenta la piaga, rimira di sangue... Vendetta ti chiedo, PREMIER ACTE SCÈNE XIII DON OTTAVIO Perfide ! et après? DONNA ANNA Après, la douleur, l’horreur de l’ignoble attentat accroît si bien mon ardeur qu’à force de me débattre, de me tordre et de me courber, je lui échappe. DON OTTAVIO Ah, je respire ! DONNA ANNA Alors, je crie plus fort, j’appelle au secours, le traître fuit, pour l’arrêter, je le poursuis hardiment dans la rue, je donne l’assaut à l’assaillant. Le père accourt, veut le démasquer et le cruel, plus fort que le pauvre vieillard, accomplit son forfait en lui donnant la mort. Air Tu sais maintenant qui a voulu prendre mon honneur, Qui fut le traître qui Qui m’a enlevé mon père ; Je te demande vengeance, Ton cœur l’exige, ton cœur l’exige. Souviens-toi de la blessure de cette pauvre poitrine, Revois, le sang Recouvrant, recouvrant le sol, Si faiblit en toi la colère d’une juste fureur, D’une juste fureur. Tu sais maintenant qui a voulu prendre mon honneur, Qui fut le traître qui Qui m’a enlevé mon père ; Je te demande vengeance, Ton cœur l’exige, ton cœur l’exige. Souviens-toi de la blessure, revois le sang... Je te demande vengeance, 97 MOZART DON GIOVANNI La chiede il tuo cor, la chiede il tuo cor, Vendetta ti chiedo, la chiede il tuo cor, Vendetta ti chiedo, la chiede il tuo cor, La chiede il tuo cor, la chiede il tuo cor, La chiede il tuo cor, la chiede il tuo cor, Vendetta ti chiedo, la chiede il tuo cor, Vendetta ti chiedo, la chiede il tuo cor. (Parte.) SCENA XIV Recitativo 98 DON OTTAVIO Come mai creder deggio di sì nero delitto capace un cavaliero! Ah di scoprire il vero ogni mezzo si cerchi; io sento in petto e di sposo e d’amico il dover che mi parla: disingannarla voglio, o vendicarla. No 10a. Aria DON OTTAVIO Dalla sua pace la mia dipende, Quel che a lei piace vita mi rende, Quel che le incresce morte mi dà, Morte, morte mi dà. S’ella sospira, sospiro anch’io; È mia quell’ira, quel pianto è mio; E non ho bene, s’ella non l’ha, E non ho bene, s’ella non l’ha, E non ho bene, s’ella non l’ha. Dalla sua pace la mia dipende, Quel che a lei piace vita mi rende, Quel che le incresce morte mi dà, Morte, morte mi dà. PREMIER ACTE SCÈNE XIV Ton cœur l’exige, ton cœur l’exige. Je te demande vengeance, ton cœur l’exige. Je te demande vengeance, ton cœur l’exige. Ton cœur l’exige, ton cœur l’exige. Ton cœur l’exige, ton cœur l’exige. Je te demande vengeance, ton cœur l’exige. Je te demande vengeance, ton cœur l’exige. (Elle sort.) SCÈNE XIV Récitatif DON OTTAVIO Pourrais-je jamais croire un chevalier capable d’un crime si noir ! Cherchons tous les moyens de dévoiler la vérité ; j’entends parler en moi le devoir de l’époux, de l’ami; je veux la détromper ou la venger. No 10a. Air DON OTTAVIO De sa sérénité dépend la mienne, Ce qu’elle aime me rend la vie, Ce qui lui fait mal me fait mourir, Mourir, me fait mourir. Quand elle soupire, je soupire aussi Sa colère est la mienne, ses pleurs les miens ; Et je ne suis pas heureux, si elle ne l’est pas, Et je ne suis pas heureux, si elle ne l’est pas, Et je ne suis pas heureux, si elle ne l’est pas. De sa sérénité dépend la mienne, Ce qu’elle aime me rend la vie, Ce qui lui fait mal me fait mourir, Mourir, me fait mourir. 99 MOZART DON GIOVANNI Dalla sua pace la mia dipende, Quel che a lei piace vita mi rende, Quel che le incresce morte mi dà, Morte, morte mi dà, morte mi dà Quel che le incresce morte mi dà. (Parte.) SCENA XV LEPORELLO Io deggio ad ogni patto per sempre abbandonar questo bel matto! Eccolo qui: guardate con qual indifferenza se ne viene! DON GIOVANNI Oh Leporello mio, va tutto bene! 100 LEPORELLO Don Giovannino mio, va tutto male! DON GIOVANNI Come va tutto male? LEPORELLO Vado a casa, come voi l’ordinaste, con tutta quella gente... DON GIOVANNI Bravo! LEPORELLO A forza di chiacchiere, di vezzi e di bugie, ch’ho imparato sì bene a star con voi, cerco d’intrattenerli... DON GIOVANNI Bravo! PREMIER ACTE SCÈNE XV De sa sérénité dépend la mienne, Ce qu’elle aime me rend la vie, Ce qui lui fait mal me fait mourir, Mourir, me fait mourir, me fait mourir, Ce qui lui fait mal me fait mourir. (Il sort.) SCÈNE XV LEPORELLO À tout prix, il me faut abandonner ce fou ! Le voici : voyez avec quelle désinvolture il arrive ! DON GIOVANNI Oh mon Leporello, tout va bien ! LEPORELLO Mon Don Giovannino, tout va mal ! DON GIOVANNI Comment tout va mal ? LEPORELLO Je suis allé à la maison, comme vous l’avez ordonné, avec tous ces gens... DON GIOVANNI Bravo ! LEPORELLO À force de bavardage, de flatteries et de mensonges, appris auprès de vous, je cherche à les retenir... DON GIOVANNI Bravo ! 101 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Dico mille cose a Masetto per placarlo, per trargli dal pensier la gelosia... DON GIOVANNI Bravo, bravo in coscienza mia! LEPORELLO Faccio che bevano e gli uomini e le donne: son già mezzo ubbriachi, altri canta, altri scherza, altri seguita a ber; in sul più bello chi credete che capiti? DON GIOVANNI Zerlina! LEPORELLO Bravo! e con lei chi viene? 102 DON GIOVANNI Donna Elvira! LEPORELLO Bravo! e disse di voi... DON GIOVANNI Tutto quel mal che in bocca le venia. LEPORELLO Bravo, bravo in coscienza mia! DON GIOVANNI E tu cosa facesti? LEPORELLO Tacqui. PREMIER ACTE SCÈNE XV LEPORELLO Je dis mille choses à Masetto, pour lui plaire, pour lui faire sortir la jalousie de la tête... DON GIOVANNI Bravo, bravo, sincèrement ! LEPORELLO J’incite les hommes et les femmes à boire : ils sont déjà à moitié saouls, il y en a qui chantent, d’autres rigolent, d’autres continuent à boire ; au meilleur moment, qui croyez-vous qui arrive ? DON GIOVANNI Zerlina ! LEPORELLO Bravo ! et avec qui ? DON GIOVANNI Donna Elvira ! LEPORELLO Bravo ! elle a dit de vous... DON GIOVANNI Tout le mal qu’elle a pu dire. LEPORELLO Bravo, bravo, sincèrement ! DON GIOVANNI Et toi, qu’as-tu fait ? LEPORELLO Je n’ai rien dit. 103 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Ed ella? LEPORELLO Seguì a gridar. DON GIOVANNI E tu? LEPORELLO Quando mi parve che già fosse sfogata, dolcemente fuor dell’orto la trassi, e con bell’arte chiusa la porta a chiave io mi cavai, e sulla via soletta la lasciai. 104 DON GIOVANNI Bravo, bravo, arcibravo! L’affar non può andar meglio: incominciasti, io saprò terminar. Troppo mi premono queste contadinotte: le voglio divertir fin che vien notte. No 11. Aria DON GIOVANNI Fin ch’han dal vino calda la testa, Una gran festa fa’ preparar. Se trovi in piazza qualche ragazza, Teco ancor quella cerca menar, Teco ancor quella cerca menar, Cerca menar, cerca menar. Senza alcun ordine la danza sia, Chi’l minuetto, chi la follia, chi l’alemanna farai ballar, Chi’l minuetto farai ballar, Chi la follia farai ballar, Chi l’alemanna farai ballar. Ed io frattanto dall’altro canto Con questa e quella vo’ amoreggiar. PREMIER ACTE SCÈNE XV DON GIOVANNI Et elle ? LEPORELLO Elle a continué à crier. DON GIOVANNI Et toi ? LEPORELLO Quand il m’a semblé qu’elle était calmée, je l’ai menée doucement hors du jardin, et habilement j’ai fermé la porte à clé, j’ai filé et l’ai laissée seule dans la rue. DON GIOVANNI Bravo, bravo, archibravo ! L’affaire ne peut aller mieux: tu as commencé, je saurai terminer. Ces petites paysannes me plaisent trop : je veux les amuser jusqu’à la nuit. No 11. Air DON GIOVANNI Tant que le vin échauffe les têtes Fais préparer une grande fête. Si sur la place, tu trouves quelque fille, Avec toi, essaye de la prendre aussi, Avec toi, essaye de la prendre aussi, Essaye de la prendre, essaye de la prendre. Que l’on danse librement, Tu feras danser qui le menuet, qui la follia, qui l’allemande, Tu feras danser qui le menuet, Tu feras danser qui la follia, Tu feras danser qui l’allemande. Et moi, d’autre part et entre-temps Avec telle ou telle, je parlerai d’amour. 105 MOZART DON GIOVANNI Vo’ amoreggiar, vo’ amoreggiar. Ah! la mia lista doman mattina D’una decina devi aumentar. Ah! la mia lista d’una decina devi aumentar. Se trovi in piazza qualche ragazza, Teco ancor quella cerca menar. Ah! la mia lista doman mattina D’una decina devi aumentar. Senza alcun ordine la danza sia, Chi’l minuetto, chi la follia, chi l’alemanna farai ballar. Ah! la mia lista doman mattina D’una decina devi aumentar, D’una decina devi aumentar, D’una decina devi aumentar, devi aumentar, devi aumentar, Devi, devi aumentar. 106 Partono. SCENA XVI Giardino con due porte chiuse a chiave per di fuori. Due nicchie. Recitativo ZERLINA Masetto: senti un po’! Masetto, dico! MASETTO Non mi toccar! ZERLINA Perché? PREMIER ACTE SCÈNE XVI Je parlerai d’amour, je parlerai d’amour. Ah ! que demain matin ma liste Augmente d’une dizaine. Ah ! que ma liste augmente d’une dizaine. Si sur la place, tu trouves quelque fille, Avec toi, essaye de la prendre aussi. Ah ! que demain matin ma liste Augmente d’une dizaine. Que l’on danse librement, Tu feras danser qui le menuet, qui la follia, qui l’allemande. Ah ! que demain matin ma liste Augmente d’une dizaine, Augmente d’une dizaine, Augmente d’une dizaine, Augmente, augmente, Qu’elle augmente, qu’elle augmente. 107 Ils sortent. SCÈNE XVI Jardin avec deux portes fermées à clé de l’extérieur . Deux niches. Récitatif ZERLINA Masetto, écoute un peu ! Masetto, je te parle ! MASETTO Ne me touche pas ! ZERLINA Pourquoi ? MOZART DON GIOVANNI MASETTO Perché mi chiedi? Perfida! il tatto sopportar dovrei d’una man infedele? ZERLINA Ah no: taci, crudele! io non merto da te tal trattamento. MASETTO Come! ed hai l’ardimento di scusarti? Star sola con un uom: abbandonarmi il dì delle mie nozze! porre in fronte a un villano d’onore questa marca d’infamia! Ah, se non fosse, se non fosse lo scandalo! vorrei... 108 ZERLINA Ma se colpa io non ho! ma se da lui ingannata rimasi... E poi che temi? Tranquillati, mia vita: non mi toccò la punta della dita. Non me lo credi? Ingrato! vien qui, sfogati; ammazzami, fa tutto di me quel che ti piace; ma poi, Masetto mio, ma poi fa’ pace. No 12. Aria ZERLINA Batti, batti, o bel Masetto, la tua povera Zerlina: Starò qui come agnellina le tue botte ad aspettar. Batti, batti la tua Zerlina: starò qui, Starò qui le tue botte ad aspettar. Lascerò straziarmi il crine, Lascerò cavarmi gli occhi, E le care tue manine lieta poi saprò baciar, Saprò baciar, baciar, saprò, saprò baciar. Batti, batti, o bel Masetto, la tua povera Zerlina: Starò qui come agnellina le tue botte ad aspettar. O bel Masetto, batti, batti, starò qui, Starò qui le tue botte ad aspettar. Ah lo vedo, non hai core, PREMIER ACTE SCÈNE XVI MASETTO Tu me demandes pourquoi ? Perfide ! je devrais supporter qu’une main infidèle me touche ? ZERLINA Ah non: tais-toi, cruel ! je ne mérite pas un tel traitement. MASETTO Comment ! tu as l’audace de te disculper ? Rester seule avec un homme : me laisser le jour de mes noces ! porter au front d’un honorable paysan cette marque d’infamie ! Ah, si n’était, si n’était le scandale ! tu verrais... ZERLINA Mais si je n’ai pas fauté ! si c’est lui qui m’avait trompée... Et puis de quoi as-tu peur ? Calme-toi mon amour : il ne m’a touché le bout du doigt. Tu ne me crois pas ? Ingrat ! viens ici, lâche-toi, tue-moi, fais de moi ce que tu veux ; mais après, mon Masetto, mais après fais la paix. No 12. Air ZERLINA Bats-la, bats-la, ô beau Masetto, ta pauvre Zerlina : Je resterai là, comme un agneau, attendant tes coups. Bats-la, bats-la ta Zerlina : je resterai là Je resterai là, attendant tes coups. Je me laisserai déchirer les cheveux, Je me laisserai arracher les yeux, Et tes chères mains, heureuse, je saurai les baiser, Je saurai les baiser, je saurai les baiser. Bats-la, bats-la, ô beau Masetto, ta pauvre Zerlina : Je resterai là, comme un agneau, attendant tes coups. Ô beau Masetto, bats-la, bats-la, je resterai là Je resterai là, attendant tes coups. Ah, je le vois, tu n’en as pas le cœur, 109 MOZART DON GIOVANNI Ah non hai core, ah lo vedo, non hai core: Pace, pace, o vita mia, pace, pace, o vita mia; In contenti ed allegria notte e dì vogliam passar, Notte e dì vogliam passar, notte e dì vogliam passar, Notte e dì vogliam passar. Pace, pace, o vita mia, pace, pace, o vita mia; In contenti, in allegria notte e dì vogliam passar, Sì, sì, sì, sì, sì, sì, notte e dì vogliam passar, Sì, sì, sì, sì, sì, sì, notte e dì vogliam passar, Vogliam passar, vogliam passar. (Parte) Recitativo MASETTO Guarda un po’ come seppe questa strega sedurmi! siamo pure i deboli di testa! 110 DON GIOVANNI (di dentro) Sia preparato tutto a una gran festa! ZERLINA (rientrando) Ah Masetto, Masetto! odi la voce del monsù cavaliero! MASETTO Ebben che c’è? ZERLINA Verrà! MASETTO Lascia che venga. ZERLINA Ah se vi fosse un buco da fuggir! PREMIER ACTE SCÈNE XVI Ah tu n’as pas le cœur, je le vois : Paix, paix, ô mon amour paix, ô mon amour ; Dans le bonheur et la joie, passons nos nuits et nos jours, Passons nos nuits et nos jours, nos nuits et nos jours, Passons nos nuits et nos jours. Paix, paix, ô mon amour, paix, ô mon amour ; Dans le bonheur et la joie, passons nos nuits et nos jours, Oui, oui, oui, oui, passons nos nuits et nos jours, Oui, oui, oui, oui, passons nos nuits et nos jours, Passons, passons. (Elle sort.) Récitatif MASETTO Voyez un peu comme cette sorcière a su me séduire ! nous sommes vraiment pauvres d’esprit ! 111 DON GIOVANNI (de l’intérieur) Que tout soit préparé pour une grande fête ! ZERLINA (rentrant) Ah Masetto ! écoute, la voix de monsieur le chevalier ! MASETTO Eh bien, et alors ? ZERLINA Il va venir ! MASETTO Laisse-le venir. ZERLINA Ah, s’il y avait un petit trou pour fuir ! MOZART DON GIOVANNI MASETTO Di cosa temi? Perché diventi pallida? Ah, capisco, capisco, bricconcella! Hai timor ch’io comprenda com’è tra voi, passata la faccenda. No 13. Finale MASETTO Presto presto pria ch’ei venga, Por mi vo’ da qualche lato: C’è una nicchia... qui celato cheto cheto mi vo’ star. ZERLINA Senti senti... dove vai! Ah, non t’asconder, o Masetto, Se ti trova, poveretto, tu non sai quel che può far, poveretto! Tu non sai quel che può far. 112 MASETTO Faccia, dica quel che vuole! ZERLINA Ah non giovan le parole! MASETTO Parla forte, e qui t’arresta! ZERLINA Che capriccio ha nella testa! Che capriccio ha nella testa! MASETTO Parla forte, e qui t’arresta! MASETTO Capirò... PREMIER ACTE SCÈNE XVI MASETTO De quoi as-tu peur ? Pourquoi pâlis-tu? Ah, je comprends, je comprends, coquine ! Tu crains que je comprenne comment la chose s’est passée entre vous. No 13. Finale MASETTO Vite, vite, avant qu’il vienne, Je vais me mettre dans un coin : Voici une niche... caché là, je vais rester silencieux. ZERLINA Écoute, écoute, où vas-tu ! Ah ne te cache pas, Masetto, S’il te trouve, mon pauvre, tu ne sais pas de quoi il est capable, Tu ne sais pas de quoi il est capable. 113 MASETTO Qu’il fasse et dise ce qu’il veut ! ZERLINA Ah les mots sont inutiles ! MASETTO Parle haut et reste là ! ZERLINA Quel caprice a-t-il en tête ? Quel caprice a-t-il en tête ? MASETTO Parle haut et reste là ! MASETTO Je saurai... MOZART DON GIOVANNI ZERLINA Quell’ingrato, MASETTO Se m’è fedele, ZERLINA Quel crudele... MASETTO E in qual modo... ZERLINA Oggi vuol... MASETTO Andò l’affar. 114 ZERLINA Precipitar. MASETTO Capirò Se m’è fedele, ZERLINA Quell’ingrato, Quel crudele oggi vuol Precipitar. MASETTO Se m’è fedele, e in qual Modo andò l’affar, ZERLINA Quell’ingrato, quel crudele... PREMIER ACTE SCÈNE XVI ZERLINA Quel ingrat, MASETTO Si elle m’est fidèle, ZERLINA Quel cruel... MASETTO Et comment... ZERLINA Il veut aujourd’hui... MASETTO S’est passée la chose. 115 ZERLINA Se perdre. MASETTO Je saurai Si elle m’est fidèle, ZERLINA Quel ingrat, Quel cruel, il veut aujourd’hui Se perdre. MASETTO Si elle m’est fidèle, et comment S’est passée la chose, ZERLINA Quel ingrat, quel cruel... MOZART DON GIOVANNI MASETTO In qual Modo andò l’affar. (Entra nella nicchia.) ZERLINA Oggi vuol precipitar. SCENA XVII 116 DON GIOVANNI Sù svegliatevi, da bravi, Sù coraggio, o buona gente! Vogliam stare allegramente, Vogliam rider e scherzar. (Ai servi) Alla stanza della danza Conducete tutti quanti, Ed a tutti in abbondanza Gran rinfreschi fate dar, Gran rinfreschi fate dar. CORO DI SERVI Sù svegliatevi, da bravi, Sù coraggio, o buona gente! Vogliam stare allegramente, Vogliam rider e scherzar, Vogliam stare allegramente, Vogliam rider e scherzar, (Partendo) Vogliam rider e scherzar, Vogliam rider e scherzar, (Entrano.) Vogliam rider e scherzar. PREMIER ACTE SCÈNE XVII MASETTO Comment S’est passée la chose. (Il entre dans la niche.) ZERLINA Il veut se perdre aujourd’hui. SCÈNE XVII DON GIOVANNI Allons réveillez-vous, les braves, Allons du cœur, bonnes gens ! Nous voulons être joyeux, Nous voulons rire, nous amuser. (Aux serviteurs) À la salle du bal Conduisez-les tous, Et à tous, à profusion, Faites offrir les boissons, Faites offrir les boissons. CHŒUR DES SERVITEURS Allons réveillez-vous, les braves, Allons du cœur, bonnes gens ! Nous voulons être joyeux, Nous voulons rire, nous amuser, Nous voulons être joyeux, Nous voulons rire, nous amuser, (En sortant) Nous voulons rire, nous amuser, Nous voulons rire, nous amuser, (Ils passent à l’intérieur.) Nous voulons rire, nous amuser. 117 MOZART DON GIOVANNI SCENA XVIII ZERLINA (vuol nascondersi) Tra quest’arbori celata si può dar che non mi veda. DON GIOVANNI Zerlinetta mia garbata, (La prende.) T’ho già visto, t’ho già visto, non scappar! ZERLINA Ah lasciatemi andar via... DON GIOVANNI No no, resta, gioia mia! 118 ZERLINA Se pietade avete in core... DON GIOVANNI Sì, ben mio, son tutto amore. Vieni un poco in questo loco, fortunata io ti vo’ far. ZERLINA Ah... S’ei vede il sposo mio, So ben io quel che può far, DON GIOVANNI Vieni un poco in questo loco, Fortunata io ti vo’ far, ZERLINA So ben io, so ben Io, so quel che può far, PREMIER ACTE SCÈNE XVIII SCÈNE XVIII ZERLINA (voulant se cacher) Il ne me verra peut-être pas, cachée parmi ces arbres. DON GIOVANNI Zerlinetta, ma charmante, (Il la saisit.) Je t’ai vue, je t’ai vue, ne t’échappe pas ! ZERLINA Ah, laissez-moi m’en aller... DON GIOVANNI Non non, reste, ma joie ! ZERLINA Si votre cœur a pitié... DON GIOVANNI Oui, ma chérie, je suis tout amour. Viens un peu dans ce coin, je veux faire ton bonheur. ZERLINA Ah... Si mon époux le voit, Je sais bien de quoi il est capable, DON GIOVANNI Viens un peu dans ce coin, Je veux faire ton bonheur. ZERLINA Je sais bien, je sais bien De quoi il est capable, 119 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Fortunata io ti vo’ far, ZERLINA So ben io, so ben Io, so quel che può far! DON GIOVANNI Fortunata io ti vo’ far! DON GIOVANNI (nell’aprire la nicchia e vedendo Masetto, fa un moto di stupore) Masetto! MASETTO Sì Masetto. 120 DON GIOVANNI (un poco confuso) È chiuso là, perchè? La bella tua Zerlina non può, la poverina, (Riprende ardir.) Più star senza di te, non può più star senza di te. MASETTO (un poco ironico) Capisco, sì, signore. DON GIOVANNI (a Zerlina) Adesso fate core, fate core: (Si sente il preludio della danza.) I suonatori udite; venite omai con me. ZERLINA Sì, sì, facciamo core, ZERLINA E MASETTO Sì, sì, facciamo core, PREMIER ACTE SCÈNE XVIII DON GIOVANNI Je veux faire ton bonheur, ZERLINA Je sais bien, je sais bien, Je sais de quoi il est capable ! DON GIOVANNI Je veux faire ton bonheur ! DON GIOVANNI (ouvrant la niche et voyant Masetto, a un mouvement de stupeur) Masetto ! MASETTO Oui, Masetto. DON GIOVANNI (un peu troublé) Enfermé là, pourquoi ? Ta belle Zerline ne peut plus, la pauvre (Il reprend de l’assurance.) Demeurer sans toi, elle ne peut demeurer sans toi. MASETTO (un peu ironique) Je comprends, oui, seigneur. DON GIOVANNI (à Zerlina) Maintenant haut les cœurs, haut les cœurs : (On entend le prélude de la danse.) Écoutez les musiciens ; venez donc avec moi. ZERLINA Oui, oui, haut les cœurs, ZERLINA & M ASETTO Oui, oui, haut les cœurs, 121 MOZART DON GIOVANNI Ed a ballar cogli altri Andiamo tutti tre, Andiamo, andiamo tutti tre, Andiamo, andiamo tutti tre, Andiamo tutti tre, Andiamo tutti tre. DON GIOVANNI Venite omai, Venite omai con me, Venite, venite omai con me, Venite, venite omai con me, Venite omai con me, Venite omai con me. Partono. 122 SCENA XIX DONNA ELVIRA Bisogna aver coraggio, o cari amici miei, E i suoi misfatti rei scoprir, Scoprir potremo allor. DON OTTAVIO L’amica dice bene: coraggio aver conviene; Discaccia, o vita mia, l’affanno ed il timor. DONNA ANNA Il passo è periglioso, Può nascer qualche imbroglio: Temo pel caro sposo, pel caro sposo, E per noi temo ancor, Temo pel caro sposo, pel caro sposo, E per noi temo ancor. PREMIER ACTE SCÈNE XIX Et pour danser avec les autres, Allons-y tous les trois, Allons-y, allons-y tous les trois, Allons-y, allons-y tous les trois, Allons-y tous les trois, Allons-y tous les trois. DON GIOVANNI Venez donc, Venez donc avec moi, Venez, venez donc avec moi, Venez, venez donc avec moi, Venez donc avec moi, Venez donc avec moi. Ils sortent. SCÈNE XIX DONNA ELVIRA Il nous faut avoir du courage, ô mes chers amis, Et ses coupables méfaits, Nous pourrons alors les dévoiler. DON OTTAVIO Notre amie a raison : il faut avoir du courage ; Dissipe, ô mon amour, ton angoisse et ta peur. DONNA ANNA La démarche est dangereuse, Il en peut naître quelque complication : J’ai peur pour mon cher époux, cher époux, Et j’ai peur aussi pour nous, J’ai peur pour mon cher époux, cher époux, Et j’ai peur aussi pour nous. 123 MOZART DON GIOVANNI Menuetto LEPORELLO (apre la finestra) Signor, guardate un poco che maschere galanti! DON GIOVANNI (alla finestra) Falle passar avanti, di’ che ci fanno onor. DONNA ANNA, DON OTTAVIO E DONNA ELVIRA (a parte) Al volto ed alla voce si scopre il traditore. LEPORELLO Zì, zì! signore maschere! zì, zì... DONNA ANNA E DONNA ELVIRA (a Don Ottavio piano) Via, rispondete! 124 LEPORELLO Zì, zì, signore maschere! DON OTTAVIO Cosa chiedete? LEPORELLO Al ballo, se vi piace, v’invita il mio signor. DON OTTAVIO Grazie di tanto onore; andiam, compagne belle. LEPORELLO L’amico anche su quelle prove farà d’amor. (Entra e chiude.) DONNA ANNA E DON OTTAVIO Protegga il giusto cielo PREMIER ACTE SCÈNE XIX Menuet LEPORELLO (ouvre la fenêtre) Seigneur, voyez un peu ces masques élégants ! DON GIOVANNI (à la fenêtre) Fais-les entrer, dis-leur qu’ils nous honoreraient. DONNA ANNA, DON OTTAVIO & DONNA ELVIRA (à part) Par son visage et sa voix le traître se découvre. LEPORELLO Pst, pst ! messieurs les masques ! pst, pst... DONNA ANNA & DONNA ELVIRA (bas, à Don Ottavio) Allons, répondez ! LEPORELLO Pst, pst, messieurs les masques ! DON OTTAVIO Que désirez-vous ? LEPORELLO Au bal, s’il vous plaît, mon maître vous invite. DON OTTAVIO Merci de tant d’honneur ; allons, belles compagnes. LEPORELLO À elles aussi, l’ami donnera des preuves d’amour. (Il rentre et ferme la fenêtre.) DONNA ANNA & DON OTTAVIO Que le ciel de justice protège 125 MOZART DON GIOVANNI Il zelo del mio cor. Protegga il giusto cielo il zelo del mio cor, Il zelo, il zelo del mio cor. DONNA ELVIRA Vendichi il giusto cielo Il mio tradito amor. Vendichi il giusto cielo Il mio tradito amor, il mio tradito amor. DONNA ANNA Protegga Il giusto cielo il zelo del mio cor. DON OTTAVIO Protegga il giusto cielo Il zelo del mio cor, il zelo, Il zelo del mio cor. 126 DONNA ELVIRA Vendichi il giusto cielo Il mio tradito amor, Il mio, il mio tradito amor. Vendichi, vendichi il giusto Cielo... DONNA ANNA E DON OTTAVIO Protegga Il giusto cielo... DONNA ELVIRA ... Il mio tradito, tradito Amor, tradito amor. DONNA ANNA E DON OTTAVIO ... Il zelo del mio cor. Partono. PREMIER ACTE SCÈNE XIX L’ardeur de mon cœur. Que le ciel de justice protège l’ardeur de mon cœur, L’ardeur, l’ardeur de mon cœur. DONNA ELVIRA Que le ciel de justice venge Mon amour trahi. Que le ciel de justice venge Mon amour trahi, mon amour trahi. DONNA ANNA Que protège Le ciel de justice l’ardeur de mon cœur. DON OTTAVIO Que protège le ciel de justice L’ardeur de mon cœur, l’ardeur, L’ardeur de mon cœur. 127 DONNA ELVIRA Que le ciel de justice venge Mon amour trahi, Mon, mon amour trahi. Que venge, que venge le ciel De justice... DONNA ANNA & DON OTTAVIO Que protège Le ciel de justice... DONNA ELVIRA ... Mon amour trahi, trahi, Mon amour trahi. DONNA ANNA & DON OTTAVIO ... L’ardeur de mon cœur. Ils sortent. MOZART DON GIOVANNI SCENA XX Sala illuminata e preparata per una gran festa da ballo. Don Giovanni fa seder le ragazze, e Leporello i ragazzi che saranno in atto d’aver finito un ballo. DON GIOVANNI Riposate, vezzose ragazze, LEPORELLO Rinfrescatevi, bei giovinotti, DON GIOVANNI E LEPORELLO Tornerete a far presto le pazze, Tornerete a scherzar e ballar, a scherzar e ballar. 128 DON GIOVANNI Ehi caffè! LEPORELLO Cioccolata! MASETTO (piano a Zerlina) Ah Zerlina, giudizio! DON GIOVANNI Sorbetti! LEPORELLO Confetti! MASETTO Ah Zerlina, giudizio! PREMIER ACTE SCÈNE XX SCÈNE XX Salle illuminée et aménagée pour un grand bal. Don Giovanni fait asseoir les jeunes filles et Leporello les jeunes gens qui viennent d’arrêter de danser . DON GIOVANNI Reposez-vous, belles jeunes filles, LEPORELLO Rafraîchissez-vous, beaux jeunes gens, DON GIOVANNI & LEPORELLO Puis vous irez vite refaire les fous, Vous irez plaisanter et danser, plaisanter et danser. DON GIOVANNI Eh café ! LEPORELLO Chocolat ! MASETTO (bas à Zerlina) Ah Zerlina, prudence ! DON GIOVANNI Sorbets ! LEPORELLO Dragées ! MASETTO Ah Zerlina, prudence ! 129 MOZART DON GIOVANNI ZERLINA E MASETTO (a parte) Troppo dolce comincia la scena, in amaro potria terminar, sì, In amaro potria terminar. DON GIOVANNI (fa carezze a Zerlina) Sei pur vaga, brillante Zerlina! ZERLINA Sua bontà! MASETTO (fremendo) La briccona fa festa. LEPORELLO (imita il padrone colle altre ragazze) Sei pur cara, Giannotta, Sandrina! 130 MASETTO Tocca pur, che ti cada la testa. ZERLINA (a parte) Quel Masetto mi par stralunato, brutto, brutto si Fa quest’affar. DON GIOVANNI E LEPORELLO Quel Masetto Mi par Stralunato, ZERLINA Quel Masetto Mi par stralunato, MASETTO Ah briccona Fa festa. PREMIER ACTE SCÈNE XX ZERLINA & M ASETTO (à part) Trop doucement débute la scène, elle pourrait finir amèrement, oui, Elle pourrait finir amèrement. DON GIOVANNI (caressant Zerlina) Tu es gracieuse, éclatante Zerlina ! ZERLINA C’est trop de bonté ! MASETTO (frémissant) La crapule est à la fête. LEPORELLO (imitant son maître avec les autres filles) Tu es tendre, Jeannette, Sandrine ! MASETTO Touche donc, et ta tête tombe. ZERLINA (à part) Ce Masetto me semble mal luné, bien mal S’annonce cette affaire. DON GIOVANNI & L EPORELLO Ce Masetto Me semble Mal luné, ZERLINA Ce Masetto Me semble mal luné, MASETTO Ah la crapule Est à la fête. 131 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI E LEPORELLO Qui bisogna Cervello Adoprar. ZERLINA Brutto Brutto, si fa quest’affar. MASETTO Tocca pur, che ti cada la testa! ZERLINA Quel Masetto mi par stralunato, Brutto, brutto si fa quest’affar, Si fa quest’affar. 132 DON GIOVANNI E LEPORELLO Quel Masetto mi par stralunato, Qui bisogna cervello adoprar, Cervello adoprar. MASETTO Tocca Tocca! Ah briccona! Ah briccona, Mi vuoi disperar, Ah briccona, mi vuoi disperar. ZERLINA Quel Masetto mi par stralunato, Brutto, brutto si fa quest’affar, Si fa quest’affar, Brutto, brutto si fa quest’affar. PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI & LEPORELLO À présent il faut Faire marcher Son cerveau. ZERLINA Bien mal Bien mal, s’annonce cette affaire. MASETTO Touche donc, et ta tête tombe ! ZERLINA Ce Masetto me semble mal luné, Bien mal s’annonce cette affaire, S’annonce cette affaire. DON GIOVANNI & L EPORELLO Ce Masetto me semble mal luné, À présent il faut faire marcher son cerveau, Faire marcher son cerveau. MASETTO Touche Touche ! Ah crapule ! Ah crapule, Elle veut faire mon désespoir, Ah crapule, elle veut faire mon désespoir. ZERLINA Ce Masetto me semble mal luné, Bien mal s’annonce cette affaire, S’annonce cette affaire, Bien mal, bien mal s’annonce cette affaire. 133 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI E LEPORELLO Quel Masetto mi par stralunato, Qui bisogna cervello adoprar, Cervello adoprar, Qui bisogna cervello adoprar. LEPORELLO Venite pur avanti, vezzose mascherette! DON GIOVANNI È aperto a tutti quanti, viva la libertà! DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Siam grati a tanti segni di generosità, di generosità. DON GIOVANNI È aperto a tutti, 134 DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Siam Grati DON GIOVANNI A tutti Quanti, DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO A tanti segni di generosità, di generosità. Don Giovanni Viva, viva la libertà, LEPORELLO Viva la Liberta PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI & L EPORELLO Ce Masetto me semble mal luné, À présent il faut faire marcher son cerveau, Faire marcher son cerveau, Maintenant, il faut faire marcher son cerveau, LEPORELLO Entrez donc, beaux masques ! DON GIOVANNI C’est ouvert à tous, vive la liberté ! DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO Merci pour tant de témoignages de générosité. DON GIOVANNI C’est ouvert à tous, 135 DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO Nous vous Remercions DON GIOVANNI À Tous, DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO De tant de témoignages de générosité. DON GIOVANNI Vive, vive la liberté, LEPORELLO Vive la Liberté MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E DON GIOVANNI Viva la libertà TUTTI La libertà, LEPORELLO Viva la Libertà DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E DON GIOVANNI Viva la libertà TUTTI La libertà, viva, viva la libertà, Viva, viva la libertà, la libertà, la libertà! 136 DON GIOVANNI Ricominciate il suono! (A Leporello) Tu accoppia i ballerini. Menuetto Don Ottavio balla Menuetto con Donna Anna. LEPORELLO Da bravi, via, ballate! Ballano. DONNA ELVIRA (a Donna Anna) Quella è la contadina. DONNA ANNA Io moro! PREMIER ACTE SCÈNE XX DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & DON GIOVANNI Vive la liberté TOUS La liberté, LEPORELLO Vive la Liberté DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & DON GIOVANNI Vive la liberté TOUS La liberté, vive, vive la liberté, Vive, vive la liberté, la liberté, la liberté ! DON GIOVANNI Recommencez à jouer ! (À Leporello) Toi, accouple les danseurs. Menuet Don Ottavio danse le menuet avec Donna Anna. LEPORELLO Allons vite, à la danse ! Ils dansent. DONNA ELVIRA (à Donna Anna) Voici la paysanne. DONNA ANNA Je meurs ! 137 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO (a Donna Anna) Simulate! DON GIOVANNI E LEPORELLO Va bene in verità! MASETTO (ironicamente) Va bene, va bene, va bene in verità! DON GIOVANNI (a Leporello) A bada tien Masetto. LEPORELLO (a Masetto) Non balli, poveretto! Poveretto! 138 DON GIOVANNI (a Zerlina) Il tuo compagno io Sono, Zerlina, Zerlina, vien pur qua. (Si mette a ballar con Zerlina una contradanza.) LEPORELLO Vien quà, Masetto caro, caro, Facciam quel ch’altri fa. MASETTO No no, ballar non voglio. LEPORELLO Eh balla, amico mio! MASETTO No! LEPORELLO Sì! caro Masetto, PREMIER ACTE SCÈNE XX DON OTTAVIO (à Donna Anna) Faites semblant ! DON GIOVANNI & LEPORELLO Tout va bien vraiment ! MASETTO (ironiquement) Tout va bien, tout va bien vraiment ! DON GIOVANNI (à Leporello) Aie Masetto à l’œil. LEPORELLO (à Masetto) Tu ne danses pas, mon pauvre ! Mon pauvre ! DON GIOVANNI (à Zerlina) Je suis ton cavalier, Zerlina, Zerlina, viens par ici. (Il commence une contredanse avec Zerlina.) LEPORELLO Viens là, cher Masetto, mon cher, Faisons comme les autres. MASETTO Non non, je ne veux pas danser. LEPORELLO Eh danse mon ami ! MASETTO Non ! LEPORELLO Si ! cher Masetto, 139 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA (a Donna Elvira) Resister non poss’io! LEPORELLO Balla! MASETTO No no, non voglio! DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO (a Donna Anna) Fingete... LEPORELLO Balla! DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO ... per pietà! 140 MASETTO No non, non voglio! LEPORELLO (fa ballar per forza Masetto) Eh balla, amico mio, facciam quel qu’altri fa. (Balla la Teitsch con Masetto.) DON GIOVANNI Vieni con Me, vita mia; MASETTO Lasciami... ah no... DON GIOVANNI (conducendola via quasi per forza) Vieni vieni... PREMIER ACTE SCÈNE XX DONNA ANNA (à Donna Elvira) Je ne puis résister... LEPORELLO Danse ! MASETTO Non non, je ne veux pas! DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO (à Donna Anna) Faites semblant... LEPORELLO Danse ! DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO ... de grâce ! 141 MASETTO Non je ne veux pas ! LEPORELLO (force Masetto à danser) Eh danse, mon ami, faisons comme les autres. (Il danse une allemande avec Masetto.) DON GIOVANNI Viens avec Moi, mon amour ; MASETTO Laisse-moi... ah non... DON GIOVANNI (l’emmenant presque de force) Viens viens... MOZART DON GIOVANNI MASETTO (si cava delle mani di Leporello e seguita la Zerlina) Zerlina! ZERLINA Oh Numi! son tradita! LEPORELLO Qui nasce una ruina. (Sorte in fretta.) DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO L’iniquo da se stesso nel laccio se ne và. ZERLINA (di dentro ad altra voce; strepito di piedi a destra) Gente aiuto, aiuto gente! 142 DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Soccorriamo l’innocente! Soccorriamo l’innocente! I suonatori e gli altri partono confusi. MASETTO (di dentro) Ah Zerlina! ah Zerlina! ZERLINA Scellerato! Si sente il grido e lo strepito dalla parte opposta. DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Ora grida da quel lato, da quel lato! ZERLINA Scellerato! PREMIER ACTE SCÈNE XX MASETTO (s’arrache des mains de Leporello et suit Zerlina) Zerlina ! ZERLINA Oh Dieux ! je suis trahie ! LEPORELLO Voilà la catastrophe. (Il sort en hâte.) DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO Le méchant se prend à son prend piège. ZERLINA (de l’intérieur, d’une voix altérée ; piétinements à droite) Quelqu’un, à l’aide, quelqu’un, à l’aide ! DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO Secourons cette innocente ! Secourons cette innocente ! Les musiciens et les autres sortent dans la confusion. MASETTO (de l’intérieur) Ah Zerlina ! ah Zerlina ! ZERLINA Scélérat ! On entend les cris et les piétinements de l’autre côté. DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO On crie maintenant de ce côté, de ce côté ! ZERLINA Scélérat ! 143 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Ah gittiamo giù la porta, giù la porta! (Gittano giù la porta.) ZERLINA Soccorretemi, (Esce da un’altra parte.) Ah soccorretemi, o son morta! DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E MASETTO Siam qui noi per tua difesa. Siam qui noi per tua difesa, per tu difesa, per tua difesa. Don Giovanni esce con spada in mano. Conduce seco per un braccio Leporello, e finge di voler ferirlo; ma la spada non esce dal fodero. 144 DON GIOVANNO Ecco il birbo che t’ha offesa: ma da me la pena avrà, la pena avrà! Mori, iniquo! LEPORELLO Ah cosa fate! DON GIOVANNI Mori iniquo! LEPORELLO Ah cosa fate! DON GIOVANNI Mori, dico! LEPORELLO Ah cosa fate! PREMIER ACTE SCÈNE XX DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO Ah enfonçons la porte ! (Ils enfoncent la porte.) ZERLINA Aidez-moi, (Elle entre par un autre côté.) Ah aidez-moi ou je suis morte ! DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Nous sommes là pour te défendre. Nous sommes là pour te défendre, te défendre. Don Giovanni entre, l’épée à la main. Il mène Leporello par le bras, et feint de vouloir le frapper; mais il ne sort pas l’épée du fourreau. DON GIOVANNI Voici le gredin qui t’a outragée : mais je vais le châtier, le châtier ! Meurs, infâme ! LEPORELLO Ah que faites-vous ! DON GIOVANNI Meurs infâme ! LEPORELLO Ah que faites-vous ! DON GIOVANNI Meurs, te dis-je ! LEPORELLO Ah que faites-vous ! 145 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO (pistola in mano) Nol sperate! nol sperate! (Si cava la maschera.) L’empio crede con tal Frode, con tal.... DONNA ELVIRA (si cava la maschera) L’empio crede con tal... DON OTTAVIO ... Frode, DONNA ELVIRA ... Frode, 146 DONNA ANNA (si cava la maschera) L’empio Crede Con tal frode Di nasconder l’empietà, L’empietà. DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Con tal frode Di nasconder l’empietà, L’empietà. DON GIOVANNI Donna Elvira! DONNA ELVIRA Sì malvagio! DON GIOVANNI Don Ottavio! PREMIER ACTE SCÈNE XX DON OTTAVIO (un pistolet à la main) N’y comptez pas ! n’y comptez pas ! (Il enlève son masque.) L’impie croit, par cette Ruse, par cette... DONNA ELVIRA (enlève son masque) L’impie croit, par cette... DON OTTAVIO ... Ruse, DONNA ELVIRA ... Ruse, DONNA ANNA (enlève son masque) L’impie Croit Par cette ruse Cacher son crime, Son crime. DONNA ELVIRA & D ON OTTAVIO Par cette ruse Cacher son crime, Son crime. DON GIOVANNI Donna Elvira ! DONNA ELVIRA Oui, malfaisant ! DON GIOVANNI Don Ottavio ! 147 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO Sì signore! DON GIOVANNI (a Donna Anna) Ah credete!... DONNA ANNA Traditore, Traditore, traditore! DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO Traditore, traditore! 148 ZERLINA Tutto tutto già Si sa, tutto tutto già si sa .... Tutto, tutto, tutto! MASETTO, DONNA ANNA, DONNA ELVIRA E DON OTTAVIO Tutto tutto già si sa, Tutto tutto già si sa .... Tutto, tutto, tutto! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema, trema, o scellerato! E DON GIOVANNI È confusa la mia... LEPORELLO È confusa la sua... PREMIER ACTE SCÈNE XX DON OTTAVIO Oui seigneur ! DON GIOVANNI (à Donna Anna) Ah croyez !... DONNA ANNA Traître, Traître, traître ! DONNA ELVIRA, ZERLINA, D ON OTTAVIO & MASETTO Traître, traître ! ZERLINA Tout tout on sait Déjà tout on sait déjà tout, tout, .... Tout, tout, tout ! MASETTO, DONNA ANNA, DONNA ELVIRA & DON OTTAVIO Tout tout, on sait déjà tout Tout tout, on sait déjà tout .... Tout, tout, tout ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble, tremble, ô scélérat ! DON GIOVANNI Quel désordre dans ma... LEPORELLO Quel désordre dans sa... 149 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI E LEPORELLO ... Testa DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema Trema, o scellerato! E DON GIOVANNI Non so più quel ch’io... LEPORELLO Non sa più quel ch’ei... 150 DON GIOVANNI ... Mi faccia, E un’ orribile tempesta Minacciando, oh Dio, mi va. LEPORELLO ... Si faccia, E un’ orribile tempesta Minacciando, oh Dio, lo va. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E MASETTO Saprà tosto il mondo intero Il misfatto orrendo e nero la tua Fiera crudeltà, la tua fiera crudeltà! DON GIOVANNI È confusa... LEPORELLO È confusa... PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI & LEPORELLO ... Tête DONNA ANNA, ZERLINA , DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble Tremble, ô scélérat ! DON GIOVANNI Je ne sais plus ce qu’il faut... LEPORELLO Il ne sait plus ce qu’il faut... DON GIOVANNI ... Faire C’est une horrible tempête Qui me menace oh Dieu. LEPORELLO ... Faire, C’est une horrible tempête Qui le menace oh Dieu. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Bientôt le monde entier saura L’horrible et sombre crime, ta Sauvage cruauté, ta sauvage cruauté ! DON GIOVANNI Quel désordre... LEPORELLO Quel désordre... 151 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI ... La mia testa, LEPORELLO ... La sua Testa, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema! E DON GIOVANNI Non so più Quel ch’io mi faccia... LEPORELLO Non sa più quel ch’ei si... 152 DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema! E DON GIOVANNI E un orribile tempesta minacciando, oh Dio, mi va. LEPORELLO Faccia, e un orribile tempesta minacciando, oh Dio, lo va. DONNA ANNA, Z ERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E MASETTO Trema, Trema, trema, trema o scellerato! PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI ... Dans ma tête, LEPORELLO ... Dans sa Tête, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble ! DON GIOVANNI Je ne sais plus Ce qu’il faut faire... LEPORELLO Il ne sait plus ce qu’il faut... 153 DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble ! DON GIOVANNI C’est une horrible tempête qui me menace oh Dieu. LEPORELLO Faire, c’est une horrible tempête, oh Dieu. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble, Tremble, tremble, tremble ô scélérat ! MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI È confusa la mia testa, non so più quel ch’io mi Faccia, LEPORELLO È confusa la sua testa, non sa più quel ch’ei si Faccia, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Odi Il tuon della vendetta, E DON GIOVANNI E un orribile tempesta minacciando, oh Dio, mi Va. 154 LEPORELLO E un orribile tempesta minacciando, oh Dio, lo Va. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Odi Il tuon della vendetta, Che ti fischia intorno intorno; Sul tuo capo in questo giorno Il suo fulmine cadrà, il suo fulmine cadrà. E DON GIOVANNI È confusa... LEPORELLO È confusa... PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI Quel désordre dans ma tête je ne sais plus ce qu’il faut Faire LEPORELLO Quel désordre dans sa tête il ne sait plus ce qu’il faut Faire DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Entends La voix de la vengeance, DON GIOVANNI C’est une horrible tempête qui me menace, oh mon Dieu. LEPORELLO C’est une horrible tempête qui le menace, oh mon Dieu. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Entends La voix de la vengeance Qui siffle autour de toi ; Sur ta tête aujourd’hui même, Sa foudre frappera, sa foudre frappera. DON GIOVANNI Quel désordre... LEPORELLO Quel désordre... 155 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI ... La mia testa, LEPORELLO ... La sua Testa, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema! E DON GIOVANNI Non so più Quel ch’io mi faccia... LEPORELLO Non sa più quel ch’ei si... 156 DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema! E DON GIOVANNI E un orribile tempesta minacciando, oh Dio, mi va. LEPORELLO ... Faccia, e un orribile tempesta minacciando, oh Dio, lo va. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Trema, Trema, trema, trema o scellerato! E PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI ... Dans ma tête, LEPORELLO ... Dans sa Tête, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble ! DON GIOVANNI Je ne sais plus Ce qu’il faut faire... LEPORELLO Il ne sait plus ce qu’il faut... 157 DONNA ANNA, ZERLINA , DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble ! DON GIOVANNI C’est une horrible tempête qui me menace, oh Dieu. LEPORELLO ... Faire, c’est une horrible tempête qui le menace, oh Dieu. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tremble, Tremble, tremble, tremble, ô scélérat ! MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI È confusa la mia testa, non so più quel ch’io mi Faccia, LEPORELLO È confusa la sua testa, non sa più quel ch’ei si Faccia, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Odi Il tuon della vendetta, E DON GIOVANNI E un orribile tempesta minacciando, oh Dio, mi Va. 158 LEPORELLO E un orribile tempesta minacciando, oh Dio, lo Va. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Odi Il tuon della vendetta, Che ti fischia intorno intorno; Sul tuo capo in questo giorno Il suo fulmine cadrà, sì cadrà, il suo fulmine cadrà. E DON GIOVANNI Ma non manca in me coraggio, LEPORELLO Ma non manca in lui coraggio, PREMIER ACTE SCÈNE XX DON GIOVANNI Quel désordre dans ma tête je ne sais plus ce qu’il faut Faire, LEPORELLO Quel désordre dans sa tête il ne sait plus ce qu’il faut Faire, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Entends La voix de la vengeance, DON GIOVANNI C’est une horrible tempête qui me menace, oh Dieu. LEPORELLO C’est une horrible tempête qui le menace, oh Dieu. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Entends La voix de la vengeance, Qui siffle autour de toi ; Sur ta tête aujourd’hui même, Sa foudre frappera, frappera, sa foudre frappera. DON GIOVANNI Je ne manque pas de courage, LEPORELLO Il ne manque pas de courage, 159 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Odi il tuon! E DON GIOVANNI Non mi perdo o mi confondo, LEPORELLO Non si perde o si confonde, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E MASETTO Odi il tuon! DON GIOVANNI E LEPORELLO Se cadesse... 160 DON GIOVANNI ... Ancor il mondo, cadesse ancor il mondo, Nulla mai temer, temer mi fa, ... Nulla mai temer mi fa, nulla mai temer mi fa. LEPORELLO ... Ancor il mondo, cadesse ancor il mondo Nulla mai temer, temer lo fa, ... Nulla mai temer lo fa, nulla mai temer lo fa. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Sul tuo capo in questo giorno Il suo fulmine cadrà, il suo fulmine cadrà, ... Il suo fulmine cadrà, il suo fulmine cadrà. E PREMIER ACTE SCÈNE XX DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Entends la voix ! DON GIOVANNI Je ne me perds ni ne me trouble, LEPORELLO Il ne se perd ni ne se trouble, DONNA ANNA, ZERLINA , DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Entends la voix ! DON GIOVANNI & LEPORELLO Même si s’effondrait... DON GIOVANNI ... Le monde, même si le monde s’effondrait, Je n’aurai jamais peur de rien, ... Je n’aurai jamais peur de rien, peur de rien. LEPORELLO ... Le monde, même si le monde s’effondrait, Il n’aura jamais peur de rien, ... Il n’aura jamais peur de rien, peur de rien. DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Sur ta tête aujourd’hui même, Sa foudre frappera, sa foudre frappera. ... Sa foudre frappera, sa foudre frappera. 161 ATTO SECONDO SCENA I Strada. N o 14. Duetto 162 DON GIOVANNI Eh via, buffone, eh via buffone, non mi seccar! LEPORELLO No no, padrone, no no padrone, non vo’ restar DON GIOVANNI Sentimi, amico: LEPORELLO Vo’ andar, vi dico. DON GIOVANNI Ma che ti ho fatto, che vuoi lasciarmi? LEPORELLO O niente affatto! quasi ammazzarmi SECOND ACTE SCÈNE I Rue. No 14. Duo 163 DON GIOVANNI Allons, drôle, allons, drôle, ne m’embête pas ! LEPORELLO Non non, maître, non non maître, je ne resterai pas. DON GIOVANNI Écoute, mon ami : LEPORELLO Je veux partir je vous dis. DON GIOVANNI Mais que t’ai-je fait pour que tu veuilles me laisser ? LEPORELLO Oh rien en fait ! me tuer presque. MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Va’ che sei matto! Va’ che sei matto, Matto, matto! fu per burlar. LEPORELLO Ed io non burlo, ed io non burlo, Burlo, burlo, ma voglio Andar. DON GIOVANNI Eh Via Buffone, sentimi, amico, va’ che sei matto! Va’ che sei matto! Va’ che sei matto! Va che sei matto, matto, matto, matto! 164 LEPORELLO No no padrone, vo’ andar, vi dico No! no! no! no! No no no no no no no no no no no Non vo’ restar, no! non Vo’restar, sì! Sì! sì! sì! sì... DON GIOVANNI Va’ che sei matto! Va’ che sei matto! Va’ che sei matto! Va che sei matto, matto, matto, matto! LEPORELLO ... Sì sì sì sì sì sì sì sì sì sì sì! Voglio andar, sì! sì! voglio Andar! No no padrone, no no padrone, Non vo’ restar. Ed io non burlo, ed io non burlo, SECOND ACTE SCÈNE I DON GIOVANNI Allons, tu es fou ! Allons, tu es fou, Fou, fou ! C’était pour rire. LEPORELLO Et moi je ne ris pas, et moi je ne ris pas, Je ne ris pas, mais je veux M’en aller. DON GIOVANNI Eh Allons Drôle, écoute, mon ami, allons tu es fou ! Allons tu es fou ! Allons tu es fou ! Allons tu es fou, fou, fou, fou ! LEPORELLO Non non maître, je ne resterai pas, je vous dis Non ! non ! non ! non ! Non non non non non non non non non Je ne resterai pas ! je Ne resterai pas, oui ! Oui ! oui ! oui... DON GIOVANNI Allons tu es fou ! Allons tu es fou ! Allons tu es fou ! Allons tu es fou, fou, fou, fou ! LEPORELLO ... Oui oui oui oui oui oui ! Je veux m’en aller, oui ! je veux M’en aller ! Non non maître, non non maître, Je ne veux pas rester. Et je ne ris pas, et je ne ris pas, 165 MOZART DON GIOVANNI Ma voglio andar, ma voglio andar, Ma voglio andar, ma voglio andar. DON GIOVANNI Eh via, buffone, buffone, non mi seccar! Va’ che sei matto! va’ che sei matto! Fu per burlar, fu per burlar Fu per burlar, fu per burlar. Leporello va per partire. Don Giovanni lo richiama. Recitativo DON GIOVANNI Leporello. 166 LEPORELLO Signore. DON GIOVANNI Vien qui, facciamo pace: prendi... LEPORELLO Cosa? DON GIOVANNI (gli da del danaro) Quattro doppie. LEPORELLO Oh! Sentite, per questa volta la cerimonia accetto: ma non vi ci avvezzate; non credete di sedurre i miei pari, come le donne, a forza di danari. DON GIOVANNI Non parliam più di ciò; ti basta l’animo di far quel ch’io ti dico? SECOND ACTE SCÈNE I Mais je veux m’en aller, Mais je veux m’en aller. DON GIOVANNI Allons, drôle, drôle, ne m’embête pas ! Allons tu es fou ! allons tu es fou ! C’était pour rire, c’était pour rire C’était pour rire, c’était pour rire. Leporello s’apprête à sortir. Don Giovanni le rappelle. Récitatif DON GIOVANNI Leporello. LEPORELLO Seigneur. DON GIOVANNI Viens ici, faisons la paix : prends... LEPORELLO Quoi ? DON GIOVANNI (lui donne de l’argent) Quatre doublons. LEPORELLO Oh ! Écoutez, pour cette fois, j’accepte la bonne manière : mais n’en faites pas une habitude ; ne croyez pas séduire mes semblables comme les femmes : par l’argent. DON GIOVANNI Ne parlons plus de ça ; as-tu assez de cœur pour faire ce que je te dis ? 167 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Purchè lasciam le donne. DON GIOVANNI Lasciar le donne? pazzo! lasciar le donne! Sai ch’elle per me son necessarie più del pan che mangio, più dell’aria che spiro! LEPORELLO E avete core d’ingannarle poi tutte? DON GIOVANNI È tutto amore. Chi a una sola è fedele verso l’altre è crudele; io, che in me sento sì esteso sentimento, vo’ bene a tutte quante: le donne poiche calcolar non sanno, il mio buon natural chiamano inganno. 168 LEPORELLO Non ho veduto mai naturale più vasto, e più benigno. Orsù, cosa vorreste? DON GIOVANNI Odi, vedesti tu la cameriera di Donna Elvira? LEPORELLO Io no. DON GIOVANNI Non hai veduto qualche cosa di bello, caro il mio Leporello: ora io con lei vo’ tentar la mia sorte; ed ho pensato, giacche siam verso sera, per aguzzarle meglio l’appetito, di presentarmi a lei col tuo vestito. LEPORELLO E perché non potreste presentarvi col vostro? SECOND ACTE SCÈNE I LEPORELLO Si nous laissons les dames. DON GIOVANNI Laisser les dames ? fou ! laisser les dames ! Sache qu’elles me sont plus nécessaires que le pain que je mange, que l’air que je respire ! LEPORELLO Et vous avez le cœur de les tromper toutes ? DON GIOVANNI C’est par amour. Qui est fidèle à une seule est cruel pour les autres ; je sens en moi un sentiment si vaste que je veux les aimer toutes ; mon bon naturel, les femmes qui ne savent pas penser l’appellent tromperie. LEPORELLO Je n’ai jamais vu naturel plus large et plus bienveillant. Alors, que voulez-vous ? DON GIOVANNI Écoute, as-tu vu la camériste de Donna Elvira ? LEPORELLO Moi, non. DON GIOVANNI Tu n’as jamais vu une telle beauté, mon cher Leporello : aujourd’hui je veux tenter ma chance avec elle ; et pour mieux lui aiguiser l’appétit, comme c’est le soir, j’ai pensé me présenter à elle avec tes vêtements. LEPORELLO Et pourquoi pas vous présenter avec les vôtres ? 169 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Han poco credito con genti di tal rango gli abiti signorili: (si cava il proprio abito e si mette quello di Leporello) Sbrigati... via... LEPORELLO Signor... per più ragioni... DON GIOVANNI (con collera) Finiscila, non soffro opposizioni! Leporello si mette l’abito di Don Giovanni. SCENA II Si fa notte a poco a poco. 170 No 15.. Terzetto DONNA ELVIRA (alla finestra) Ah taci, ingiusto core, Non palpitarmi in seno; È un empio, è un traditore, È colpa aver pietà, è colpa aver pietà. LEPORELLO Zitto! di Donna Elvira, signor, la voce io sento! DON GIOVANNI Cogliere io vo’ il momento; tu fermati un po’ là! (Si mette dietro Leporello e parla a Donna Elvira.) Elvira, idolo mio... Elvira, idolo mio... DONNA ELVIRA Non è costui l’ingrato? SECOND ACTE SCÈNE II DON GIOVANNI Les vêtements de seigneur ont peu de crédit auprès de ces gens : (il enlève son habit et met celui de Leporello)Dépêche-toi... allons... LEPORELLO Seigneur... pour plusieurs raisons... DON GIOVANNI (avec colère) Finissons-en, je ne tolère aucune objection ! Leporello revêt l’habit de Don Giovanni. SCÈNE II La nuit se fait peu à peu. No 15. Trio DONNA ELVIRA (à la fenêtre) Ah silence, cœur injuste, Ne palpite pas en mon sein, C’est un impie, c’est un traître, C’est une faute d’avoir pitié, c’est une faute d’avoir pitié. LEPORELLO Chut ! seigneur, j’entends la voix de Donna Elvira ! DON GIOVANNI Je vais saisir l’instant ; toi, reste un peu là ! (Se place derrière Leporello et s’adresse à Donna Elvira.) Elvira, mon amour... Elvira, mon amour... DONNA ELVIRA Serait-ce l’ingrat ? 171 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Si, vita mia, son io, e chiedo Carità. DONNA ELVIRA Numi, Che strano Affetto... LEPORELLO State a veder la Pazza, che ancor gli crederà, gli crederà, gli crederà! DONNA ELVIRA Mi si risveglia in petto, mi si risveglia in petto! 172 DON GIOVANNI Discendi, o gioia bella, o gioia bella: Vedrai che tu sei quella che adora l’alma mia; Pentito io sono Già. DONNA ELVIRA No, Non ti credo, o barbaro! No, non... DON GIOVANNI Ah credimi, Donna Elvira ... Ti credo, o barbaro! DON GIOVANNI Ah SECOND ACTE SCÈNE II DON GIOVANNI Oui, ma vie, c’est moi, et je demande Pardon. DONNA ELVIRA Dieu, Quel étrange Émoi... LEPORELLO Vous allez Voir que la Folle va encore le croire, le croire, le croire ! DONNA ELVIRA Se réveille en mon cœur, se réveille en mon cœur ! DON GIOVANNI Descends, ô ma belle, ô ma belle : Tu verras que tu es celle que mon âme adore ; Plein de remords je suis Déjà. DONNA ELVIRA Non, Je ne te crois pas, ô cruel ! Non, je ne... DON GIOVANNI Ah crois-moi, DONNA ELVIRA ... Te crois pas ; ô cruel ! DON GIOVANNI Ah 173 MOZART DON GIOVANNI Credimi! DONNA ELVIRA No, non Ti credo, o barbaro! DON GIOVANNI Ah credimi, DONNA ELVIRA Non ti credo! DON GIOVANNU (con trasporto e quasi piangendo) O m’uccido! LEPORELLO (piano a Don Giovanni) Se seguitate, io rido! 174 DON GIOVANNI Io m’uccide LEPORELLO Se seguitate, io rido! DON GIOVANNI Ah m’uccido! LEPORELLO Se seguitate, io rido, rido, rido, Rido, rido, rido, rido, rido, rido, rido. DON GIOVANNI Idolo mio, vien qua! DONNA ELVIRA (a parte) Dei, che cimento è questo! SECOND ACTE SCÈNE II Crois-moi ! DONNA ELVIRA Non, je ne Te crois pas, ô cruel ! DON GIOVANNI Ah, crois-moi, DONNA ELVIRA Je ne te crois pas ! DON GIOVANNI (avec passion et pleurant presque) Ou je me tue ! LEPORELLO (bas à Don Giovanni) Si vous continuez, moi je ris ! 175 DON GIOVANNI Je me tue LEPORELLO Si vous continuez, moi je ris ! DON GIOVANNI Ah je me tue ! LEPORELLO Si vous continuez, moi je ris, je ris, je ris, Je ris, je ris, je ris, je ris, je ris, je ris. DON GIOVANNI Mon amour, viens là ! DONNA ELVIRA (à part) Dieux, quelle épreuve ! MOZART DON GIOVANNI Non so s’io vado o resto; Ah proteggete voi La mia credulità, credulità. DON GIOVANNI (a parte) Spero che cada presto! Che bel colpetto è questo; Più fertile talento Del mio no, non si dà. Più fertile talento, no, del mio non si dà! LEPORELLO (a parte) Già quel mendace labbro! Torna a sedur costei; Deh proteggete, oh Dei, La sua credulità, credulità. 176 DONNA ELVIRA Dei! che cimento è questo! Dei! che cimento è questo! DON GIOVANNI Spero che cada presto! DONNA ELVIRA Non So s’io vado! Non so s’io resto! Dei! che cimento è questo! Non so s’io vado, o resto; Ah proteggete voi la mia credulità, credulità, DON GIOVANNI Che bel colpetto è questo! Che bel colpetto! Spero che cada presto! SECOND ACTE SCÈNE II Partir ou rester, je ne sais ; Ah protégez-moi De ma crédulité. DON GIOVANNI (à part) Pourvu qu’elle tombe vite ! Quel beau coup ; Talent plus ingénieux Que le mien, non, il n’y en a pas. Talent plus ingénieux que le mien, non il n’y en a pas ! LEPORELLO (à part) Déjà son discours menteur À nouveau la séduit ; De grâce, protégez-la, oh dieux, De sa crédulité. DONNA ELVIRA Dieux ! quelle épreuve ! Dieux ! quelle épreuve ! DON GIOVANNI Pourvu qu’elle tombe vite ! DONNA ELVIRA Je ne sais S’il faut partir ! Je ne sais s’il faut rester ! Dieux ! quelle épreuve ! Je ne sais s’il faut partir ou rester ; Ah protégez-moi de ma crédulité, DON GIOVANNI Quel beau coup que celui-ci ! Quel beau coup ! Pourvu qu’elle tombe vite ! 177 MOZART DON GIOVANNI Che bel colpetto è questo! Piu fertile talento del mio no, non si da, Più fertile talento, no, del mio, non si da, LEPORELLO Già quel mendace labbro Torna a sedur costei! Già quel mendace labbro Torna a sedur costei; Deh proteggete, oh Dei, La sua credulità, credulità, DONNA ELVIRA La mia Credulità, 178 DON GIOVANNI No, non si da, LEPORELLO Credulità, DONNA ELVIRA La mia Credulità. DON GIOVANNI No, non si da. LEPORELLO Credulità. Donna Elvira parte dalla finestra. SECOND ACTE SCÈNE II Quel beau coup que celui-ci ! Talent plus ingénieux que le mien, non il n’y en a pas ! Talent plus ingénieux que le mien, non il n’y en a pas ! LEPORELLO Déjà son discours menteur À nouveau la séduit ! Déjà son discours menteur À nouveau la séduit ; De grâce, protégez-la, oh dieux, De sa crédulité. DONNA ELVIRA De ma Crédulité, DON GIOVANNI Non, il n’y en a pas, LEPORELLO De sa crédulité, DONNA ELVIRA De ma Crédulité DON GIOVANNI Non, il n’y en a pas. LEPORELLO De sa crédulité. Donna Elvira quitte la fenêtre. 179 MOZART DON GIOVANNI Recitativo DON GIOVANNI (allegrissimo) Amico, che ti par? LEPORELLO Mi par che abbiate un’anima di bronzo. DON GIOVANNI Va là, che sei il gran gonzo! Ascolta bene: quando costei qui viene, tu corri ad abbracciarla, falle quattro carezze, fingi la voce mia, poi con bell’arte cerca teco condurla in altra parte. LEPORELLO Ma, Signore... 180 DON GIOVANNI (mette presso il naso una pistola a Leporello) Non più repliche! LEPORELLO Ma se poi mi conosce? DON GIOVANNI Non ti conoscerà, se tu non vuoi... Zitto, ell’apre: ehi giudizio. (Va in disparte.) SCENA III DONNA ELVIRA Eccomi a voi! DON GIOVANNI (a parte) Veggiamo che farà. SECOND ACTE SCÈNE III Récitatif DON GIOVANNI (très joyeux) Mon ami qu’en penses-tu ? LEPORELLO Je pense que vous avez une âme de bronze. DON GIOVANNI Va donc, tu es un grand sot! Écoute bien : quand elle arrivera, tu cours l’embrasser, caresse-la un peu, imite ma voix, puis, avec art, essaye de l’emmener avec toi, ailleurs. LEPORELLO Mais, seigneur... DON GIOVANNI (lui mettant un pistolet sous le nez) Pas d’objection ! LEPORELLO Mais si elle me reconnaît ? DON GIOVANNI Elle ne te reconnaîtra pas, si tu ne le veux pas... Chut, elle ouvre : eh prudence. (Il se met à l’écart.) SCÈNE III DONNA ELVIRA Me voici à vous ! DON GIOVANNI (à part) Voyons ce qu’il va faire. 181 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO (a parte) Che imbroglio! DONNA ELVIRA Dunque creder potrò che i pianti miei abbian vinto quel cor? Dunque pentito l’amato Don Giovanni al suo dovere e all’amor mio ritorna... LEPORELLO Sì, carina! DONNA ELVIRA Crudele! se sapeste, quante lagrime, e quanti sospir voi mi costaste! LEPORELLO Io, vita mia? 182 DONNA ELVIRA Voi. LEPORELLO Poverina! quanto mi dispiace! DONNA ELVIRA Mi fuggirete più? LEPORELLO No, muso bello. DONNA ELVIRA Sarete sempre mio? LEPORELLO Sempre. SECOND ACTE SCÈNE III LEPORELLO (à part) Quelle embrouille ! DONNA ELVIRA Ainsi je pourrais croire que mes pleurs ont vaincu ce cœur ? Ainsi repentant, Don Giovanni, l’aimé, revient à son devoir et à mon amour... LEPORELLO Oui, chérie ! DONNA ELVIRA Cruel ! si vous saviez combien de larmes et de soupirs vous m’avez coûté ! LEPORELLO Moi, mon amour ? 183 DONNA ELVIRA Vous. LEPORELLO Pauvrette ! combien je regrette ! DONNA ELVIRA Vous ne fuirez plus ? LEPORELLO Non, beau masque. DONNA ELVIRA Vous serez toujours à moi ? LEPORELLO Toujours. MOZART DON GIOVANNI DONNA ELVIRA Carissimo! LEPORELLO Carissima! (A parte) La burla mi dà gusto. DONNA ELVIRA Mio tesoro! LEPORELLO Mia Venere! DONNA ELVIRA Son per voi tutta foco. LEPORELLO Io tutto cenere. 184 DON GIOVANNI (a parte) Il birbo si riscalda. DONNA ELVIRA E non m’ingannerete? LEPORELLO No, sicuro. DONNA ELVIRA Giuratemi. LEPORELLO Lo giuro a questa mano che bacio con trasporto... e a que’ bei lumi... DON GIOVANNI (finge di uccider qualcheduno colla spada alla mano) Ih, Eh, Ih, Ah sei morto! SECOND ACTE SCÈNE III DONNA ELVIRA Mon adoré ! LEPORELLO Mon adorée ! (À part) Je prends goût à la farce. DONNA ELVIRA Mon trésor ! LEPORELLO Ma Vénus ! DONNA ELVIRA Pour vous, je suis toute flamme. LEPORELLO Et moi toute cendre. 185 DON GIOVANNI (à part) Le coquin s’échauffe. DONNA ELVIRA Et vous ne me tromperez pas ? LEPORELLO Non, bien sûr. DONNA ELVIRA Jurez-moi. LEPORELLO Je le jure sur cette main que je baise avec passion... et sur ces beaux yeux... DON GIOVANNI (feint de tuer quelqu’un avec son épée) Oh, eh, oh, ah tu es mort ! MOZART DON GIOVANNI DONNA ELVIRA (fugge con Leporello) Oh Numi! LEPORELLO Oh Numi! DON GIOVANNI Ih, Eh, Ih, Eh, Ih, Ah! Purché la sorte mi secondi: veggiamo... le finestre son queste: ora cantiamo. No 16. Canzonetta 186 DON GIOVANNI Deh, vieni alla finestra, o mio tesoro, Deh, vieni a consolar il pianto mio: Se neghi a me di dar qualche ristoro, Davanti agli occhi tuoi morir vogl’io. Tu ch’hai la bocca dolce più che il miele, Tu che il zucchero porti in mezzo al core, Non esser, gioia mia, con me crudele: Lasciati almen veder, mio bell’amore. Recitativo DON GIOVANNI V’è gente alla finestra! Sarà dessa: zi, zi! SCENA IV MASETTO (armato d’archibuso e pistola ai contadini) Non ci stanchiamo; il cor mi dice che trovarlo dobbiam! DON GIOVANNI (a parte) Qualcuno parla. SECOND ACTE SCÈNE IV DONNA ELVIRA (fuit avec Leporello) Oh dieux ! LEPORELLO Oh dieux ! DON GIOVANNI Oh, eh, oh, eh, ah ! C’est que le sort me sourit : voyons... voici les fenêtres : maintenant chantons. No 16. Canzonetta DON GIOVANNI De grâce, viens à la fenêtre, ô mon trésor, De grâce, viens apaiser mes soupirs, Si tu me refuses ton réconfort, Sous tes yeux, je veux mourir. Toi dont la bouche est plus douce que le miel Toi dont le cœur est empli de douceur, Ne sois pas, ma joie, cruelle avec moi : Au moins, montre-toi, mon bel amour. Récitatif DON GIOVANNI Il y a du monde à la fenêtre ! Elle, sans doute : pst, pst ! SCÈNE IV MASETTO (armé d’un mousquet et d’un pistolet, aux paysans) Poursuivons ; mon cœur me dit que nous le trouverons ! DON GIOVANNI (à part) Quelqu’un parle. 187 MOZART DON GIOVANNI MASETTO Fermatevi: mi pare che alcuno qui si muova! DON GIOVANNI (piano, a parte) Se non fallo è Masetto! MASETTO (forte) Chi va là? Non risponde: animo; schioppo al muso! (Più forte) Chi va là? DON GIOVANNI (a parte) Non è solo: ci vuol giudizio! (Cerca d’imitar la voce di Leporello.) Amici... (A parte) Non mi voglio scoprir. Sei tu, Masetto? 188 MASETTO (in collera) Appunto quello! e tu? DON GIOVANNI Non mi conosci? Il servo son io di Don Giovanni. MASETTO Leporello! servo di quell’ indegno cavaliere! DON GIOVANNI Certo, i quel briccone... MASETTO Dì, quell’uom senza onore... Ah dimmi un poco dove possiam trovarlo: lo cerco con costor per trucidarlo. DON GIOVANNI (A parte) Bagattelle! SECOND ACTE SCÈNE IV MASETTO Arrêtez-vous : je crois que quelqu’un bouge ! DON GIOVANNI (bas, à part) Si je ne me trompe, c’est Masetto ! MASETTO (d’une voix forte) Qui va là ? Pas de réponse : allons ; en joue ! (Plus fort) Qui va là ? DON GIOVANNI (à part) Il n’est pas seul : soyons prudent ! (Cherchant à imiter la voix de Leporello.) Mes amis... (À part) Je ne veux pas me découvrir. C’est toi, Masetto ? MASETTO (en colère) En personne ! et toi ? DON GIOVANNI Tu ne me reconnais pas ? Je suis le valet de Don Giovanni. MASETTO Leporello ! valet de cet indigne chevalier ! DON GIOVANNI Oui, de ce brigand... MASETTO Dis, cet homme sans honneur... Ah dis-moi un peu où nous pouvons le trouver : je le recherche avec ceux-là pour le tuer. DON GIOVANNI (À part) Une bagatelle ! 189 MOZART DON GIOVANNI Bravissimo, Masetto! anch’io con voi m’unisco per fargliela a quel birbo di padrone: or senti un po’ qual è la mia intenzione. No 17. Aria 190 DON GIOVANNI (accennando a destra) Metà di voi qua vadano, e gli altri vadan là, E pian pianin lo cerchino, lontan non fia di qua, No, lontan, lontan non fia di qua. Se un uom e una ragazza passeggian per la piazza, Se sotto a una finestra fare all’amor sentite: Ferite pur, ferite, ferite pur, ferite, iI mio padron sarà. In testa egli ha un cappello con candidi pennacchi, Addosso un gran mantello, e spada al fianco egli ha, E spada al fianco egli ha, e spada al fianco egli ha, E spada al fianco egli ha, e spada al fianco egli ha. Se un uom e una ragazza passeggian per la piazza, Se sotto a una finestra fare all’amor sentite: Ferite, ferite, ferite pur, ferite, ferite pur, ferite, ferite! II mio padron sarà. Metà di voi qua vadano, e gli altri vadan là, E pian pianin lo cerchino, lontan non fia di qua, No, lontan, lontan non fia di qua, no, Lontan, lontan non fia di qua. Andate, fate presto, andate, fate presto, fate presto, Fate presto, presto, presto, presto, presto! (I contadini partono. A Masetto) Tu sol verrai con me, verrai con me, verrai con me. Noi far dobbiamo il resto, e già vedrai cos’è, cos’è, cos’è. Noi far dobbiamo il resto, e già vedrai cos’è, cos’è, cos’è, E già vedrai cos’è, cos’è, cos’è, e già vedrai cos’è, E già vedrai cos’è, e già vedrai cos’è, e già vedrai cos’è. (Prende seco Masetto e parte.) SECOND ACTE SCÈNE IV Bravissimo, Masetto ! moi aussi, je me joins à vous, pour faire la peau à ce coquin de maître : écoute un peu maintenant quel est mon plan. N o 17. Air DON GIOVANNI (montrant la droite) Moitié d’entre vous va par ici, et les autres par là, Et doux, tout doux, cherchez-le, il ne peut être loin, Non, il ne peut, il ne peut être loin. Si un homme et une fille se promènent sur la place, Si, sous une fenêtre, vous entendez roucouler : Frappez donc, frappez, frappez donc, ce sera mon maître. Il porte un chapeau avec des plumes blanches, Il a sur le dos une grande cape, une épée au côté, Une épée au côté, au côté, une épée, Une épée au côté, au côté, une épée. Si un homme et une fille se promènent sur la place, Si, sous une fenêtre, vous entendez roucouler : Frappez, frappez, frappez donc, frappez, frappez ! Ce sera mon maître. Moitié d’entre vous va par ici, et les autres par là, Et doux, tout doux, cherchez-le, il ne peut être loin, Non, il ne peut, il ne peut être loin, non, Il ne peut, il ne peut être loin. Allez, faites vite, allez, faites vite, faites vite, Faites vite, vite, vite, vite, vite ! (Les paysans sortent. À Masetto) Toi, tu viens avec moi, avec moi, avec moi. Nous devons faire le reste, bientôt tu verras quoi, quoi, Nous devons faire le reste, bientôt tu verras quoi, quoi, Bientôt tu verras quoi, quoi, bientôt tu verras quoi, Bientôt tu verras quoi, bientôt tu verras quoi. (Il sort, emmenant Masetto.) 191 MOZART DON GIOVANNI SCENA V Ritorna in scena Don Giovanni conducendo seco Masetto per la mano. Recitativo DON GIOVANNI Zitto! lascia ch’io senta: ottimamente; dunque dobbiam ucciderlo! MASETTO Sicuro. DON GIOVANNI E non ti basteria rompergli l’ossa... fracassargli le spalle... 192 MASETTO No no, voglio ammazzarlo; vo’ farlo in cento brani... DON GIOVANNI Hai buon’ arme? MASETTO Cospetto! ho pria questo moschetto; (Da il moschetto e la pistola a Don Giovanni.) E poi questa pistola... DON GIOVANNI E poi? MASETTO Non basta? SECOND ACTE SCÈNE V SCÈNE V Don Giovanni rentre en scène, conduisant Masetto par la main. Récitatif DON GIOVANNI Chut ! laisse-moi écouter : très bien ; donc nous devons le tuer ! MASETTO Bien sûr. DON GIOVANNI Et ça ne te suffirait pas de lui rompre les os... lui fracasser les épaules... ... 193 MASETTO Non non, je veux le tuer ; je veux le déchirer en mille morceaux... DON GIOVANNI Tu es bien armé ? MASETTO Dame ! d’abord j’ai ce mousquet ; (Il donne le mousquet et le pistolet à Don Giovanni.) Et puis ce pistolet... DON GIOVANNI Et puis ? MASETTO Ça ne suffit pas ? MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Oh basta certo! Or prendi: (Batte col rovescio della spada Masetto.) Questa per la pistola... questa per il moschetto... MASETTO Ahi! chi soccorso! ahi! DON GIOVANNI Taci, o sei morto! (Minacciandolo colle armi alla mano) Questa per ammazzarlo... questi per farlo in brani... Villano, mascalzon, ceffo da cani! (Parte.) SCENA VI 194 MASETTO (gridando forte) Ahi ahi! la testa mia! ahi ahi! le spalle, e il petto! ZERLINA (con lanterna) Di sentire mi parve la voce di Masetto. MASETTO O Dio! Zerlina, Zerlina mia! soccorso! ZERLINA Cosa è stato? MASETTO L’iniquo! il scellerato mi ruppe l’ossa e i nervi! ZERLINA Oh poveretta me! chi? SECOND ACTE SCÈNE VI DON GIOVANNI Oh bien sûr, ça suffit ! Maintenant prends ça : (Il bat Masetto avec le plat de l’épée.) Celle-là pour le pistolet... celle-là pour le mousquet... MASETTO Aïe ! au secours ! aïe ! DON GIOVANNI Tais-toi ou tu es mort ! (Le menaçant, les armes à la main) Celle-là pour le tuer... celle-là pour les mille morceaux... Malotru, salaud, tête de chien ! (Il sort.) SCÈNE VI MASETTO (avec de grands cris) Aïe aïe ! ma tête ! Aïe aïe ! mes épaules, et ma poitrine ! ZERLINA (avec une lanterne) J’ai cru entendre la voix de Masetto. MASETTO Ô Dieu ! Zerlina, ma Zerlina ! à l’aide ! ZERLINA Que s’est-il passé ? MASETTO Le mauvais ! le scélérat m’a cassé les os et les nerfs ! ZERLINA Oh pauvre de moi ! qui ? 195 MOZART DON GIOVANNI MASETTO Leporello! o qualche diavol che somiglia a lui. ZERLINA Crudel! non tel diss’io che con questa tua pazza gelosia ti ridurresti a qualche brutto passo? Dove ti duole? MASETTO Qui. ZERLINA E poi? MASETTO Qui... e ancora... qui... 196 ZERLINA E poi non ti duol altro? MASETTO Duolmi un poco questo piè’, questo braccio, e questa mano. ZERLINA Via, via, non è gran mal, se il resto è sano. Vientene meco a casa; purché tu mi prometta d’essere men geloso, io, io ti guarirò, caro il mio sposo. No 18. Aria ZERLINA Vedrai, carino, se sei buonino, Che bel rimedio ti voglio dar. È naturale, non dà disgusto, e lo speziale non lo sa far, no Non lo sa far, no, non lo sa far. SECOND ACTE SCÈNE VI MASETTO Leporello ! ou quelque démon qui lui ressemble. ZERLINA Cruel ! je ne t’avais pas dit qu’avec ta folle jalousie tu te mettrais dans un mauvais pas ? Où as-tu mal ? MASETTO Ici. ZERLINA Et puis ? MASETTO Ici... et encore... ici... ZERLINA Et tu n’as pas mal ailleurs ? MASETTO Ce pied me fait un peu mal, ce bras et cette main. ZERLINA Va, va, ce n’est pas grand mal si le reste n’a rien. Viens chez moi ; moi, je te guérirai, mon cher époux, pourvu que tu me promettes d’être moins jaloux. No 18. Air ZERLINA Tu verras, amour, si tu es sage, Le beau remède que je te donnerai. Il est naturel, ne donne pas la nausée, le pharmacien ne sait pas le faire, non, Ne sait pas le faire, ne sait pas le faire. 197 MOZART DON GIOVANNI È un certo balsamo che porto addosso: Dare te’l posso, se’l vuoi provar. Saper vorresti dove mi sta, Dove, dove, dove mi sta? Sentilo battere, (Facendogli toccar il core) Toccami qua. Sentilo battere, sentilo battere, toccami qua. Sentilo battere, sentilo battere, sentilo battere, Toccami qua, qua, qua. Sentilo battere, toccami qua, qua, Toccami qua, qua, toccami qua, qua, toccami qua. (Parte con Masetto.) SCENA VII Atrio terreno oscuro con tre porte in casa di Donna Anna. 198 LEPORELLO Di molte faci il lume s’avvicina, o mio ben: stiamci qui ascosi, fin che da noi si scosta. DONNA ELVIRA Ma che temi, adorato mio sposo? LEPORELLO Nulla, nulla... certi riguardi... io vo’ veder se il lume è già lontano... (A parte) Ah, come da costei liberarmi! Rimanti, anima bella... (S’allontana.) DONNA ELVIRA Ah! non lasciarmi! No 19. Sestetto. SECOND ACTE SCÈNE VII C’est un certain baume que j’ai sur moi : Je peux t’en donner si tu veux l’essayer. Sais-tu où je l’ai, Où, où, où je l’ai ? (Elle lui fait toucher son cœur.) Touche-moi, là. Sens-le battre, sens-le battre, touche-moi là. Sens-le battre, sens-le battre, sens-le battre, Touche-moi là, là, là. Sens-le battre, touche-moi là, là, Touche-moi là, là, Touche-moi là, là, touche-moi là. (Elle sort avec Masetto.) SCÈNE VII Vestibule sombre avec trois portes chez Donna Anna. LEPORELLO De nombreux flambeaux s’approchent, mon amour : cachons-nous ici jusqu’à ce qu’ils s’éloignent. DONNA ELVIRA Mais de quoi as-tu peur, mon époux adoré ? LEPORELLO De rien, de rien... certains regards... je vais voir si la lumière s’est éloignée... (À part) Ah, comment me débarrasser d’elle ! Reste là, mon cœur... (Il s’éloigne.) DONNA ELVIRA Ah ! ne m’abandonne pas ! No 19. Sextuor. 199 MOZART DON GIOVANNI DONNA ELVIRA Sola sola in buio loco, palpitar il cor io sento, E m’assale un tal spavento, che mi sembra di morir, Che mi sembra di morir. LEPORELLO (andando a tentone) Più che cerco, men ritrovo Questa porta, questa porta sciagurata! Piano piano: l’ho trovata, l’ho trovata, Ecco il tempo di fuggir, ecco il tempo di fuggir, Ecco il tempo, ecco il tempo, ecco il tempo di fuggir. (Sbaglia la porta.) Donna Anna e Don Ottavio entrano vestiti a lutto. 200 DON OTTAVIO Tergi il ciglio, o vita mia, e da’ calma a tuo dolore: L’ombra omai del genitore pena avrà de’ tuoi martir, de’ tuoi Martir. DONNA ANNA Lascia, Lascia alla mia pena questo picciolo ristoro, Sol la morte, sol la morte, o mio tesoro, II mio pianto può finir, il mio pianto può finir. DONNA ELVIRA (senza esser vista) Ah dov’è lo sposo mio? LEPORELLO (dalla porta, senza esser visto) Se mi trova son perduto! DONNA ELVIRA Una porta là vegg’io, Cheta cheta vo’ partir, Cheta cheta vo’ partir. SECOND ACTE SCÈNE VII DONNA ELVIRA Seule, seule en ce lieu obscur, je sens mon cœur palpiter, Et un tel effroi m’assaille, qu’il me semble que je meure, Qu’il me semble que je meure. LEPORELLO (avançant à tâtons) Plus je cherche, moins je retrouve Cette porte, cette maudite porte ! Doucement, doucement, je l’ai trouvée, Voici le moment de fuir, le moment de fuir, Voici le moment, voici le moment de fuir. (Il se trompe de porte.) Donna Anna et Don Ottavio entrent en habits de deuil. DON OTTAVIO Sèche tes yeux, ô ma vie, et calme ta douleur ; L’ombre même de ton père souffrira de ton martyre, de ton Martyre. DONNA ANNA Laisse, Laisse à ma peine ce pauvre réconfort, La mort seule, la mort seule, ô mon trésor, Pourra sécher mes pleurs, pourra sécher mes pleurs. DONNA ELVIRA (sans être vue) Ah où est mon époux ? LEPORELLO (à la porte, sans être vu) Si on me trouve je suis perdu ! DONNA ELVIRA Je vois là une porte, Tout doucement je vais partir, Tout doucement je vais partir. 201 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Una porta là vegg’io, Cheto cheto, vo’ partir, Cheto cheto cheto cheto cheto cheto vo’ partir. Nel sortire s’incontranno in Zerlina e Masetto. Leporello s’asconde la faccia. SCENA VIII ZERLINA E MASETTO Ferma, briccone, dove ten vai? DONNA ANNA E DON OTTAVIO Ecco il fellone!... Com’era qua? 202 DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO Ah mora il perfido che m’ha tradito, che m’ha tradito! DONNA ELVIRA È mio marito! pietà, pietà, pietà, ! DONNA ANNA È Donna Elvira, ZERLINA È Donna Elvira? DON OTTAVIO, DONNA ANNA, ZERLINA E MASETTO È Donna Elvira, Donna Elvira, è Donna Elvira Quella ch’io vedo?Appena il credo! Quella ch’io vedo? Appena il credo! DONNA ELVIRA Pietà, pietà! SECOND ACTE SCÈNE VIII LEPORELLO Je vois là une porte, Tout doucement je vais partir, Tout doucement, tout doucement je vais partir. En sortant, ils tombent nez à nez avec Zerlina et Masetto. Leporello cache son visage. SCÈNE VIII ZERLINA ET MASETTO Arrête, brigand, où vas-tu ? DONNA ANNA ET DON OTTAVIO Voici le traître !... Comment était-il là ? DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO & MASETTO Ah que meure le perfide qui m’a trahi(e), qui m’a trahi(e). DONNA ELVIRA C’est mon mari ! pitié, pitié, pitié ! DONNA ANNA C’est Donna Elvira, ZERLINA C’est Donna Elvira ? DON OTTAVIO, DONNA ANNA, ZERLINA & MASETTO C’est Donna Elvira, Donna Elvira, c’est Donna Elvira, Elle que je vois ? J’ai du mal à le croire ! Elle que je vois ? J’ai du mal à le croire ! DONNA ELVIRA Pitié, pitié ! 203 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO No, no, no, no! Morrà! DONNA ELVIRA Pietà! DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO No! DONNA ELVIRA Pietà! DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO No! DONNA ELVIRA Pietà! 204 DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO (in atto di ucciderlo) MASETTO No, no, no, no! Morrà! E LEPORELLO (quasi piangendo) Perdon, perdono, (Si scopre e si mette in ginocchio davanti gli altri.) Signori miei, quello io non sono, sbaglia costei; Viver lasciatemi per carità, Viver lasciatemi per carità, per carità, per carità! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Dei! Leporello! Che inganno è questo! Leporello! Che inganno è questo! Stupida resto... Che mai sarà! E SECOND ACTE SCÈNE VIII DONNA ANNA, ZERLINA , DON OTTAVIO & MASETTO Non, non, non, non ! Qu’il meure ! DONNA ELVIRA Pitié ! DONNA ANNA, ZERLINA , DON OTTAVIO & MASETTO Non ! DONNA ELVIRA Pitié! DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO & MASETTO Non ! DONNA ELVIRA Pitié ! 205 DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO (sur le point de le tuer) & MASETTO Non, non, non, non ! Qu’il meure ! LEPORELLO (pleurant presque) Pardon, pardon, (Il se découvre et s’agenouille devant les autres.) Mes seigneurs, je ne suis pas celui-là, elle se trompe ; Laissez-moi la vie, par pitié, Laissez-moi la vie, par pitié, par pitié, par pitié ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Dieux ! Leporello ! Quelle histoire ! Leporello ! Quelle histoire ! J’en reste stupide... Qu’est-ce qui se passe ! MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Che mai sarà! Che mai sarà! Che mai sarà! che mai sarà! E LEPORELLO Mille torbidi Pensieri... DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Mille Torbidi pensieri... E LEPORELLO Mi s’aggiran per la Testa; 206 DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Mi S’aggiran per la testa... E LEPORELLO Mille torbidi pensieri mi s’aggiran per la testa: Se mi salvo in tal tempesta, è un prodigio in verità! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Che Giornata, o stelle, è questa, o stelle è questa! E LEPORELLO È un prodigio in verità! Se mi salvo in tal tempesta, è un prodigio in verità, SECOND ACTE SCÈNE VIII DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Qu’est-ce qui se passe ! Qu’est-ce qui se passe ! Qu’est-ce qui se passe ! Qu’est-ce qui se passe ! LEPORELLO Mille troubles Pensées... DONNA ANNA, ZERLINA , DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Mille Troubles pensées... LEPORELLO Tournent dans ma Tête ; 207 DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Tournent Dans ma tête... LEPORELLO Mille troubles pensées tournent dans ma tête : Si je réchappe de cette tempête, ce sera prodige en vérité ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Quelle Journée, ô ciel, que celle-là, ô ciel que celle-là ! LEPORELLO Ce sera prodige en vérité ! Si je réchappe de cette tempête, ce sera prodige en vérité, MOZART DON GIOVANNI È un prodigio in verità, in verità, in verità, È un prodigio in verità! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Che impensata... E LEPORELLO Mille torbidi pensieri... DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO E MASETTO ... Novità! 208 LEPORELLO ... Mi s’aggiran per la teste: Se mi salvo in tal tempesta, è un prodigio in verità, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Che impensata Che impensata novità Che impensata Novità! E LEPORELLO È un prodigio in verità! DONNA ANNA E DON OTTAVIO Mille torbidi pensieri... DONNA ELVIRA Mille mille... SECOND ACTE SCÈNE VIII Ce sera prodige en vérité, en vérité, en vérité, Ce sera prodige en vérité ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Imprévue... LEPORELLO Mille troubles pensées... DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO ... Cette nouvelle ! LEPORELLO ... Tournent dans ma tête ; Si je réchappe de cette tempête, Ce sera prodige en vérité, DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Imprévue Imprévue cette nouvelle Imprévue cette Nouvelle ! LEPORELLO Ce sera prodige en vérité ! DONNA ANNA & DON OTTAVIO Mille troubles pensées... DONNA ELVIRA Mille, mille... 209 MOZART DON GIOVANNI ZERLINA E MASETTO Mille torbidi pensieri DONNA ELVIRA ... Torbidi pensieri... DONNA ANNA E DON OTTAVIO ... Mi s’aggiran per la testa... DONNA ELVIRA ... Mi s’aggiran per la testa... ZERLINA E MASETTO Mi s’aggiran per la testa... 210 LEPORELLO Mille torbide pensieri mi s’aggiran per la testa: Se mi salvo un tal tempesta, è un prodigio in verità! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Che Giornata, o stelle, è questa, o stelle, è questa! E LEPORELLO È un prodigio in verità, Se mi salvo in tal tempesta, è un prodigio in verità È un prodigio in verità, in verità, in verità È un prodigio in verità! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Che impensata... E LEPORELLO Mille torbide SECOND ACTE SCÈNE VIII ZERLINA & MASETTO Mille troubles pensées DONNA ELVIRA ... Troubles pensées... DONNA ANNA & DON OTTAVIO ... Tournent dans ma tête... DONNA ELVIRA ... Tournent dans ma tête... ZERLINA & M ASETTO Tournent dans ma tête... LEPORELLO Mille troubles pensées tournent dans ma tête : Si je réchappe de cette tempête, ce sera prodige en vérité ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Quelle Journée, ô ciel, que celle-là, ô ciel, que celle-là ! LEPORELLO Ce sera prodige en vérité, Si je réchappe de cette tempête, ce sera prodige en vérité ! Ce sera prodige en vérité, en vérité, en vérité Ce sera prodige en vérité ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Imprévue... LEPORELLO Mille troubles 211 MOZART DON GIOVANNI Pensieri mi s’aggiran per la testa: Se mi salvo in tal tempesta, è un prodigio in verità! ... È un prodigio in verità! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO MASETTO Novità! Che impensata, che impensata novità! ... Che impensata novità! E Donna Anna parte. SCENA IX Recitativo 212 ZERLINA Dunque quello sei tu che il mio Masetto poco fa crudelmente maltrattasti? DONNA ELVIRA Dunque tu m’ingannasti, o scellerato, spacciandoti con me da Don Giovanni? DON OTTAVIO Dunque tu in questi panni venisti qui per qualche tradimento! ZERLINA A me tocca punirlo! DONNA ELVIRA Anzi a me. SECOND ACTE SCÈNE IX Pensées tournent dans ma tête : Si je réchappe de cette tempête, ce sera prodige en vérité ! ... Ce sera prodige en vérité ! DONNA ANNA, ZERLINA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO & MASETTO Cette nouvelle ! Imprévue, imprévue cette nouvelle ! ... Imprévue cette nouvelle ! Donna Anna sort. SCÈNE IX Récitatif ZERLINA Donc tu es celui qui vient de cruellement maltraiter mon Masetto ? DONNA ELVIRA Donc tu m’as trompée, scélérat, te faisant passer auprès de moi pour Don Giovanni ? DON OTTAVIO Donc tu es venu ici, sous ces vêtements, pour quelque traîtrise ! ZERLINA C’est à moi de le punir ! DONNA ELVIRA À moi plutôt. 213 MOZART DON GIOVANNI DON OTTAVIO No no, a me. MASETTO Accoppatelo meco tutti tre. No 20. Aria 214 LEPORELLO (a Don Ottavio e Donna Elvira) Ah, pietà, signori miei, ah pietà, Pietà di me, pietà di me, pietà! Do ragione a voi e lei, a voi e lei, Ma, ma il delitto, il delitto mio non è, mio non è. II padron con prepotenza, L’innocenza mi rubò, l’innocenza mi rubò. (Piano a Donna Elvira) Donna Elvira, compatite! già capite come andò, Già capite, già capite, già capite come andò. (A Zerlina) Di Masetto non so nulla, Non so nulla, nulla, nulla, nulla, nulla; (Accennando Donna Elvira) Vel dirà questa fanciulla, questa fanciulla: È un’ oretta circumcirca, Che con lei girando vo, che con lei girando vo. (A Don Ottavio, con confusione) A voi, signore, non dico niente... Certo timore...certo accidente... Di fuori chiaro... di dentro oscuro... Non c’è riparo... la porta... il muro... lo... il... la... (Additando la porta dov’era si chiuso per errore) Vo da quel lato... poi qui celato... L’affar si sa... oh, si sa... (S’avvicina con destrezza alla porte e fugge.) Ma s’io sapeva fuggia per qua, fuggia per qua Fuggia per qua, fuggia per qua. SECOND ACTE SCÈNE IX DON OTTAVIO Non non, à moi. MASETTO Tous les trois, assommez-le avec moi. No 20. Air LEPORELLO (à Don Ottavio et Donna Elvira) Ah pitié, mes seigneurs, ah pitié, Pitié pour moi, pitié pour moi, pitié ! Je vous donne raison, à vous et à elle, à vous et à elle, Mais ce forfait, ce forfait n’est pas le mien. Mon maître, par violence A volé mon innocence, a volé mon innocence. (Bas, à Donna Elvira) Donna Elvira, comprenez ! vous savez ce qu’il en est, Vous savez, vous savez, vous savez ce qu’il en est. (À Zerlina) Pour Masetto, je ne sais rien, Je ne sais rien, rien, rien, rien, rien ; (Montrant Donna Elvira) Cette jeune fille vous le dira, cette jeune fille : Ça fait une petite heure environ Qu’avec elle je me balade, qu’avec elle je me balade. (À Don Ottavio, troublé) À vous, seigneur, je ne dis rien... Une crainte... un hasard... Dehors la lumière... dedans l’obscurité... Aucun refuge... la porte... le mur... le... le... la... (Désignant la porte où il était entré par erreur) Je vais de ce côté...puis caché ici... Ça s’est vu... oh, ça c’est vu... (Il se rapproche adroitement de la porte et s’enfuit.) Mais si j’avais su, j’aurais fui par là J’aurais fui par là, j’aurais fui par là. 215 MOZART DON GIOVANNI SCENA X Recitativo DONNA ELVIRA Ferma, perfido, ferma... MASETTO Il birbo ha l’ali ai piedi... ZERLINA Con qual arte si sottrasse l’iniquo!... 216 DON OTTAVIO Amici miei, dopo eccessi sì enormi, dubitar non possiam che Don Giovanni non sia l’empio uccisore del padre di Donn’Anna: in questa casa per poche ore fermatevi... un ricorso vo’ far a chi si deve, e in pochi istanti vendicarvi prometto; così vuole dover, pietade, affetto. No 21. Aria DON OTTAVIO Il mio tesoro intanto andate, andate a consolar, E del bel ciglio il pianto cercate di asciugar, Cercate, cercate, cercate di asciugar, Cercate di asciugar. Ditele che i suoi torti a vendicar io vado, A vendicar io vado: che sol di stragi e morti Nunzio vogl’io tornar, nunzio vogl’io tornar, Sì, nunzio vogl’io tornar. Il mio tesoro intanto andate, andate a consolar, E del bel ciglio il pianto cercate di asciugar, Cercate, cercate, cercate di asciugar, SECOND ACTE SCÈNE X SCÈNE X Récitatif DONNA ELVIRA Arrête, coquin, arrête... MASETTO Le gredin a des ailes aux pieds... ZERLINA Avec quel art la canaille s’est enfuie !... DON OTTAVIO Mes amis, après de telles outrances, nous ne pouvons douter que Don Giovanni soit l’infâme assassin du père de Donna Anna : demeurez un peu dans cette maison... je vais recourir à qui de droit, et je promets de vous venger sous peu ; ainsi le veulent le devoir, la piété et l’affection. No 21. Air DON OTTAVIO En attendant, allez, allez consoler mon amour Et tentez de sécher les larmes de ces beaux yeux, Tentez, tentez, tentez de les sécher, Tentez de les sécher. Dites-lui que je vais venger les outrages qu’elle a subis, Je vais les venger : hécatombe et mort Je reviendrai les annoncer, les annoncer, Je reviendrai les annoncer. En attendant, allez, allez consoler mon amour Et tentez de sécher les larmes de ces beaux yeux, Tentez, tentez, tentez de les sécher, 217 MOZART DON GIOVANNI Cercate di asciugar. Ditele che i suoi torti a vendicar io vado, A vendicar io vado: che sol di stragi e morti Nunzio vogl’io tornar, nunzio vogl’io tornar, Che sol di stragi e morti nunzio vogl’io tornar, Sì, nunzio vogl’io tornar. Zerlina, Don Ottavio e Masetto partono. No 21b. Recitativo accompagnato ed Aria 218 DONNA ELVIRA In quali eccessi, o Numi, in quai misfatti orribili, tremendi è avvolto il sciagurato! Ah no, non puote tardar l’ira del cielo!... la giustizia tardar! Sentir già parmi la fatale saetta, che gli piomba sul capo!... aperto vegg’io il baratro mortal... Misera Elvira, che contrasto d’affetti, in sen ti nasce!... Perchè questi sospiri, e queste ambasce? Aria Mi tradì quell’alma ingrata, quell’alma ingrata: Infelice, oddio! mi fa, infelice, oddio! mi fa, Infelice, oddio! oddio! mi fa. Ma tradita e abbandonata, provo ancor per lui pietà, Provo ancor per lui pietà, provo ancor per lui, per lui pietà. Mi tradì quell’alma ingrata, quell’alma ingrata: Infelice, oddio! mi fa, infelice oddio! mi fa, Infelice, oddio! oddio! mi fa. Quando sento il mio tormento, il mio tormento, Di vendetta il cor favella: ma se guardo il suo cimento, Palpitando il cor mi va, palpitando il cor mi va, palpitando! Mi tradì quell’alma ingrata, quell’alma ingrata: Infelice, oddio! mi fa, infelice, oddio! mi fa, Infelice, oddio! oddio! mi fa. Ma tradita, abbandonata, provo ancor per lui pietà, Per lui pietà, provo ancor per lui, per lui pietà, SECOND ACTE SCÈNE X Tentez de les sécher. Dites-lui que je vais venger les outrages qu’elle a subis, Je vais les venger : hécatombes et mort Je reviendrai les annoncer, les annoncer, Hécatombe et mort, je reviendrai les annoncer, Oui, je reviendrai les annoncer. Zerlina, Don Ottavio et Masetto sortent. No 21b. Récitatif accompagné & Air DONNA ELVIRA Dans quels outrances, ô dieux, dans quels horribles et terribles méfaits s’est vautré le misérable ! Ah non, la colère et la justice divines ne peuvent tarder ! Je crois entendre déjà la foudre fatale tomber sur sa tête !... je vois ouvert l’abîme de la mort... Pauvre Elvira, quels sentiments opposés naissent dans ton cœur! Pourquoi ces soupirs et cette angoisse ? Air Elle m’a trahie, cette âme ingrate, ingrate: Elle m’a rendue malheureuse, ô Dieu, Malheureuse, ô Dieu, ô Dieu. Mais trahie, abandonnée, j’ai encore pitié de lui, J’ai encore pitié de lui, j’ai encore pitié de lui, pitié de lui. Elle m’a trahie, cette âme ingrate, ingrate : Malheureuse, ô Dieu, elle m’a rendue malheureuse, ô Dieu, Elle m’a rendu malheureuse, ô Dieu, ô Dieu. Quand mon tourment me fait souffrir, mon tourment, Mon cœur parle de vengeance: mais voyant le danger, Mon cœur palpite, mon cœur palpite, palpite! Elle m’a trahie, cette âme ingrate, ingrate: Elle m’a rendu malheureuse, ô Dieu, malheureuse M’a rendu malheureuse, malheureuse, ô Dieu. Mais trahie, abandonnée, j’ai encore pitié de lui, Pitié, j’ai encore pitié de lui, pitié de lui. 219 MOZART DON GIOVANNI Provo ancor per lui, per lui pietà, Per lui pietà per lui pietà per lui pietà (Parte.) SCENA XI Recitativo Loco chiuso in forma di sepolcreto. Diverse statue equestri; statua del Commendatore. 220 DON GIOVANNI (ridendo forte, entra pel muretto) Ah, ah, ah, ah, questa è buona: or lasciala cercar! Che bella notte! È più chiara del giorno; sembra fatta per gir a zonzo a caccia di ragazze. (Guarda sull’orologio.) È tardi? Oh ancor non sono due della notte; avrei voglia un po’ di saper come è finito l’affar tra Leporello e Donna Elvira. S’egli ha avuto giudizio... LEPORELLO (in strada) Alfin vuole ch’io faccia un precipizio! DON GIOVANNI È desso; oh Leporello! LEPORELLO (dal muretto) Chi mi chiama? DON GIOVANNI Non conosci il padron? LEPORELLO Così nol conoscessi! DON GIOVANNI Come? birbo! SECOND ACTE SCÈNE XI J’ai encore pitié de lui, pitié de lui, Pitié de lui, pitié de lui, pitié de lui. (Elle sort.) SCÈNE XI Récitatif Lieu clos de murs ressemblant à un cimetière. Plusieurs statues équestres; statue du Commandeur. DON GIOVANNI (riant fort, entre en sautant le mur) Ah, ah, ah, ah, elle est bonne celle-là : maintenant laissela chercher ! Quelle belle nuit ! Plus claire que le jour ; elle paraît faite pour chasser les filles. (Regarde sa montre.) Il est tard ? Oh, pas encore deux heures ; j’aimerais savoir comment s’est finie l’affaire entre Leporello et Donna Elvira, s’il a été malin. LEPORELLO (dans la rue) Finalement, il veut que je me perde ! DON GIOVANNI C’est lui ; oh Leporello ! LEPORELLO (du mur) Qui m’appelle ? DON GIOVANNI Tu ne reconnais pas ton maître ? LEPORELLO Si seulement je ne l’avais pas connu ! DON GIOVANNI Comment ? Gredin ! 221 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Ah siete voi? scusate! DON GIOVANNI Cosa è stato? LEPORELLO Per cagion vostra io fui quasi accoppato. DON GIOVANNI Ebben, no era questo un onore per te? LEPORELLO Signor, vel dono. DON GIOVANNI Via via, vien qua: che belle cose ti deggio dir! 222 LEPORELLO Ma cosa fate qui? DON GIOVANNI Vien dentro; e lo saprai. (Leporello entra; si cangiano d’abito.) Diverse istorielle, che accadute mi son da che partisti, ti dirò un’ altra volta: or la più bella ti vo’ solo narrar. LEPORELLO Donnesca al certo. DON GIOVANNI C’è dubbio? Una fanciulla, bella, giovin, galante, per la strada incontrai; le vado appresso, la prendo per la mano, fuggir mi vuole; dico poche parole, ella mi piglia... sai per chi? SECOND ACTE SCÈNE XI LEPORELLO Ah, c’est vous ? excusez ! DON GIOVANNI Que s’est-il passé ? LEPORELLO Par votre faute, j’ai été presque assommé. DON GIOVANNI Eh bien, n’était-ce pas un honneur pour toi ? LEPORELLO Seigneur, je vous le laisse. DON GIOVANNI Allez allez, viens là : que de belles choses j’ai à te dire! 223 LEPORELLO Mais que faites-vous ici ? DON GIOVANNI Viens et tu le sauras. (Leporello entre ; ils échangent leurs habits.) Les petites histoires qui me sont arrivées depuis ton départ, je te les dirai une autre fois : je ne vais te raconter que la plus belle. LEPORELLO De femme, bien sûr. DON GIOVANNI Tu en doutes ? J’ai rencontré dans la rue une fille belle, jeune, gracieuse ; je m’approche d’elle, je la prends par la main, elle veut me fuir ; je lui dis peu de choses, elle me prend... tu sais pour qui ? MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Non lo so. DON GIOVANNI Per Leporello. LEPORELLO Per me? DON GIOVANNI Per te. LEPORELLO Va bene. DON GIOVANNI Per la mano essa allora mi prende... 224 LEPORELLO Ancora meglio. DON GIOVANNI M’accarezza, mi abbraccia... “Caro il mio Leporello, Leporello, mio caro...” Allor m’accorsi ch’era qualche tua bella. LEPORELLO (a parte) Oh maledetto! DON GIOVANNI Dell’inganno approfitto; non so come mi riconosce: grida; sento gente; a fuggire mi metto; e pronto pronto, per quel muretto in questo loco io monto. LEPORELLO E mi dite la cosa con tale indifferenza? SECOND ACTE SCÈNE XI LEPORELLO Je ne sais pas. DON GIOVANNI Pour Leporello. LEPORELLO Pour moi ? DON GIOVANNI Pour toi. LEPORELLO Très bien. DON GIOVANNI Elle me prend alors par la main... 225 LEPORELLO Encore mieux. DON GIOVANNI Me caresse, m’embrasse... « Mon cher Leporello, Leporello, mon chéri...» Je m’aperçois alors qu’elle était une de tes belles. LEPORELLO (à part) Oh maudit ! DON GIOVANNI Je profite de la méprise ; elle me reconnaît, je ne sais comment : elle crie ; j’entends des gens, je prends la fuite et vite vite, j’arrive ici par ce mur. LEPORELLO Et vous me dites la chose avec une telle indifférence ? MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Perché no? LEPORELLO Ma se fosse costei stata mia moglie? DON GIOVANNI (ride molto forte) Meglio ancora! IL COMMENDATORE Di rider finirai pria dell’aurora. DON GIOVANNI Chi ha parlato? 226 LEPORELLO (con atti di paura) Ah! qualche anima sarà dell’altro mondo! che vi conosce a fondo. DON GIOVANNI Taci, sciocco! (Metta mano alla spada, cerca qua e là pel sepolcreto, dando diverse percosse alle statue.) Chi va là! chi va là! IL COMMENDATORE Ribaldo, audace, lascia a’ morti la pace. LEPORELLO Ve l’ho detto! DON GIOVANNI (con indifferenza e sprezzo) Sarà qualcun di fuori che si burla di noi... Ehi? del Commendatore non è questa la statua? Leggi un poco quella iscrizion. SECOND ACTE SCÈNE XI DON GIOVANNI Pourquoi pas ? LEPORELLO Mais si elle avait été ma femme ? DON GIOVANNI (rit très fort) Encore mieux ! LE COMMANDEUR Avant le lever du jour, tu cesseras de rire. DON GIOVANNI Qui a parlé ? LEPORELLO (avec des gestes apeurés) Ah ! ça doit être une âme de l’autre monde ! qui vous connaît à fond. DON GIOVANNI Tais-toi, imbécile ! (Il saisit son épée, cherche çà et là dans le cimetière, frappant quelques statues.) Qui va là ? Qui va là ? LE COMMANDEUR Scélérat, insolent, laisse les morts en paix. LEPORELLO Je vous l’ai dit ! DON GIOVANNI (avec indifférence et mépris) Ce sera quelqu’un à l’extérieur qui se joue de nous... Eh ? n’est-ce pas la statue du Commandeur ? Lis un peu cette inscription. 227 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Scusate... non ho imparato a leggere a’ raggi della luna... DON GIOVANNI Leggi dico! LEPORELLO (legge) “Dell’empio che mi trasse al passo estremo qui attendo la vendetta.” Udiste? Io tremo! DON GIOVANNI O vecchio buffonissimo! Digli che questa sera l’attendo a cena meco. 228 LEPORELLO Che pazzia! Ma vi par... oh Dei, mirate! che terribili occhiate egli ci dà! Par vivo! par che senta! e che voglia parlar... DON GIOVANNI Orsù, va là, o qui t’ammazzo, e poi ti seppellisco! LEPORELLO (tremando) Piano piano, signore, ora ubbidisco. N o 22. Duetto LEPORELLO O statua gentilissima del gran Commendatore... (A Don Giovanni) Padron... mi trema il core, Non posso, non posso terminar. DON GIOVANNI Finiscila, o nel petto ti metto questo acciar, ti metto questo acciar. SECOND ACTE SCÈNE XI LEPORELLO Excusez... je n’ai pas appris à lire à la lumière de la lune... DON GIOVANNI Lis te dis-je ! LEPORELLO (lit) « J’attends ici la vengeance sur l’impie qui m’a mené au trépas. » Vous entendez ? Je tremble ! DON GIOVANNI Ô vieux bouffonissime ! Dis-lui que je l’attends ce soir à ma table. LEPORELLO Quelle folie ! Mais il me semble... oh dieux, regardez ! il lance de terribles regards ! On dirait qu’il vit ! qu’il entend ! et qu’il veut parler... DON GIOVANNI Allons, va, ou je te tue ici et je t’enterre ensuite ! LEPORELLO (tremblant) Tout doux, tout doux, seigneur, j’obéis. No 22. Duo LEPORELLO Ô très noble statue du grand Commandeur... (À Don Giovanni) Maître... mon cœur tremble, Je ne peux, je ne peux pas achever. DON GIOVANNI Termine ou je te plonge ce fer dans le cœur, je te plonge ce fer. 229 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Che impiccio, che capriccio! DON GIOVANNI Che gusto, che spassetto! LEPORELLO Io sentomi gelar, DON GIOVANNI Lo voglio far Tremar, Lo voglio far tremar. LEPORELLO Io sentomi Gelar 230 LEPORELLO O statua gentilissima benchè di marmo siate... (A Don Giovanni) Ah padron... padron mio, mirate, mirate Che seguita a guardar, che seguita a guardar. DON GIOVANNI Mori, mori!... LEPORELLO No no... no no, attendete... attendete... (Alla statua) Signor, il padron mio... badate ben, non io... Vorria con voi cenar... (La statua china la testa.) Ah , ah, ah, che scena è questa! Ah , ah, che scena è questa! Oh ciel, chinò la testa! SECOND ACTE SCÈNE XI LEPORELLO Quelle affaire, quel caprice ! DON GIOVANNI Quel plaisir, quelle joie ! LEPORELLO Je me sens glacé, DON GIOVANNI Je veux le faire Trembler, Je veux le faire trembler. LEPORELLO Je me sens Glacé. 231 LEPORELLO Ô très noble statue, bien que vous soyez de marbre... (À Don Giovanni) Ah maître... mon maître, voyez, voyez... Il continue à regarder, il continue à regarder. DON GIOVANNI Meurs, meurs !... LEPORELLO Non non... non non, attendez... attendez... (À la statue) Seigneur, mon maître... non pas moi notez bien, Voudrait dîner avec vous... (La statue incline la tête.) Ah, ah, ah, mais quelle histoire ! Ah, ah, mais quelle histoire ! Oh ciel, il a incliné la tête ! MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Va là, che se’ un buffone, va là, che se’ un buffone, Se un buffone, se un buffone... LEPORELLO Guardate, guardate, guardate ancor, padrone! DON GIOVANNI E che degg’io guardar, Degg’io guardar degg’io guardar? LEPORELLO Colla marmorea testa, (Imita la statua.) Ei fa così, così! La statua china qui la testa. 232 DON GIOVANNI (vedendo il chino) E LEPORELLO Colla marmorea testa, Ei fa così, così! DON GIOVANNI (alla statua) Parlate se potete: verrete a cena? Verrete a cena? IL COMMENDATORE Sì! LEPORELLO Mover mi posso Appena... mi manca, o Dei, la lena! Mi manca, o Dei, la lena... DON GIOVANNI Bizzarra è inver la scena...Verrà il Buon vecchio, il buon vecchio a cena... SECOND ACTE SCÈNE XI DON GIOVANNI Va donc, tu es fou, va donc, tu es fou, Tu es fou, tu es fou... LEPORELLO Regardez, regardez, regardez encore, maître ! DON GIOVANNI Et que devrais-je regarder, Devrais-je regarder, devrais-je regarder ? LEPORELLO Avec sa tête en marbre (Il imite la statue.) Il fait comme ça, comme ça ! Ici, la statue incline la tête. 233 DON GIOVANNI (voyant le mouvement) & LEPORELLO Avec sa tête en marbre Il fait comme ça, comme ça ! DON GIOVANNI (à la statue) Parlez si vous pouvez : viendrez-vous pour le dîner ? LE COMMANDEUR Oui ! LEPORELLO Je peux à peine Bouger... Ô dieux, le souffle me manque ! Ô dieux, le souffle me manque... DON GIOVANNI L’histoire est étrange en vérité... Le bon Vieux, le vieux va venir pour le dîner... MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Per carità... Partiamo, per carità, partiamo, Andiamo via di qui, andiamo, andiamo via di qui. DON GIOVANNI A prepararla andiamo, A prepararla andiamo, partiamo, via di qui. LEPORELLO Per carità, Partiamo, andiamo via di qui. DON GIOVANNI Bizarra è inver la scena... 234 LEPORELLO Per carità, Partiamo, andiamo via di qui, Andiamo via di qui, andiamo via di qui, Andiamo, andiamo, andiamo, andiamo, andiamo, Andiamo via di qui, via di qui, DON GIOVANNI Verrà il buon vecchio a cena... A prepararla andiamo, partiamo via di qui, Partiamo via di qui. LEPORELLO Di qui, di qui, di qui. Partono. SECOND ACTE SCÈNE XI LEPORELLO Par pitié... Partons, par pitié, partons, Allons-nous en d’ici, allons, allons-nous en d’ici. DON GIOVANNI Allons le préparer, Allons le préparer, allons-nous en d’ici. LEPORELLO Par pitié, Partons, allons-nous en d’ici. DON GIOVANNI L’histoire est étrange en vérité... LEPORELLO Par pitié, Partons, allons-nous en d’ici. Allons-nous en d’ici, allons-nous en d’ici Allons, allons, allons, allons, allons, Allons-nous en d’ici, d’ici, DON GIOVANNI Le bon vieux viendra pour le dîner... Allons le préparer, allons-nous en d’ici Allons-nous en d’ici. LEPORELLO D’ici, d’ici, d’ici. Ils sortent. 235 MOZART DON GIOVANNI SCENA XII Camera tetra. Recitativo DON OTTAVIO Calmatevi, idol mio; di quel ribaldo vedrem puniti in breve i gravi eccessi; vendicati sarem. DONNA ANNA Ma il padre, oddio! DON OTTAVIO Convien chinare il ciglio ai voleri del ciel; respira, o cara, di tua perdita amara fia domani, se vuoi, dolce compenso questo cor; questa mano... che il mio tenero amor... 236 DONNA ANNA O Dei, che dite?... In sì tristi momenti... DON OTTAVIO E che? vorresti con indugi novelli accrescer le mie pene? Crudele! No 23. Recitativo accompagnato e Rondo DONNA ANNA Crudele! Ah no, mio bene! Troppo mi spiace allontanarti un ben che lungamente la nostr’alma desia... Ma il mondo... oh Dio... non sedur la costanza del sensibil mio core! Abbastanza per te mi parla amore. Rondo Non mi dir, bell’idol mio, che son io crudel con te; Tu ben sai quant’io t’amai, tu conosci la mia fè, SECOND ACTE SCÈNE XII SCÈNE XII Une pièce obscure. Récitatif DON OTTAVIO Calmez-vous, mon amour ; nous verrons bientôt punis les graves outrages de ce scélérat ; nous serons vengés. DONNA ANNA Mais mon père, ô Dieu ! DON OTTAVIO Face aux volontés du ciel, il faut s’incliner ; reprends ton souffle, tu auras demain, si tu veux, douce réparation de ton amère perte, ce cœur... cette main... que mon tendre amour... 237 DONNA ANNA Ô dieux, que dites-vous ? En de si tristes instants... DON OTTAVIO Eh quoi ? voudrais-tu, par de nouvelles hésitations, accroître mes peines ? Cruelle ! No 23. Récitatif accompagné & Rondo DONNA ANNA Cruelle ! Ah non, mon amour ! Il me déplaît trop d’éloigner de toi un bonheur que notre âme désire depuis longtemps... Mais le monde... oh Dieu... ne détourne pas la constance de mon cœur sensible ! L’amour me parle assez pour toi. Rondo Ne me dis pas, mon bel amour, que je suis cruelle avec toi ; Tu sais bien combien je t’aime, tu connais ma fidélité, MOZART DON GIOVANNI Tu conosci la mia fè. Calma, calma il tuo tormento, Se di duol non vuoi ch’io mora, Se di duol non vuoi ch’io mora, non vuoi ch’io mora! Non mi dir, bell’idol mio, che son io crudel con te. Calma, calma il tuo tormento, Se di duol non vuoi ch’io mora, non vuoi ch’io mora! Forse, forse un giorno il cielo ancora Sentirà, sentirà pietà di me. Forse un giorno il cielo ancora sentirà pietà di me, Sentirà pietà, pietà di me, sentirà pietà di me. Forse, forse il cielo un giorno sentirà pietà di me. Sentirà pietà, di me, pietà di me. (Parte.) Recitativo 238 DON OTTAVIO Ah, si segua il suo passo: io vo’ con lei dividere i martiri; saran meco men gravi i suoi sospiri. (Parte.) SCENA XIII No 24. Finale Sala: una mensa preparata per mangiare; alcuni suonatori. DON GIOVANNI Già la mensa è preparata. Voi suonate, amici cari: Già che spendo i miei danari, Io mi voglio divertir. Leporello, presto in tavola! SECOND ACTE SCÈNE XIII Tu connais ma fidélité. Apaise, apaise ton tourment, Si tu ne veux pas que la douleur me tue, Si tu ne veux pas que la douleur me tue, si tu ne veux pas que je meure. Ne me dis pas, mon bel amour, que je suis cruelle avec toi. Apaise, apaise ton tourment, Si tu ne veux pas que la douleur me tue, si tu ne veux pas que je meure ! Peut-être, peut-être un jour le ciel encore aura pitié de moi. Peut-être un jour le ciel encore aura pitié de moi, Aura pitié, pitié de moi, aura pitié de moi. Peut-être, peut-être un jour le ciel aura pitié de moi. Aura pitié, de moi, pitié de moi. (Elle sort.) Récitatif 239 DON OTTAVIO Ah, suivons ses pas : je veux partager son martyre ; en ma compagnie, ses soupirs seront allégés. (Il sort.) SCÈNE XIII No 24. Finale Une salle : une table dressée; quelques musiciens. DON GIOVANNI La table est déjà dressée, Vous, chers amis, jouez : Puisque que je dépense mes deniers Je veux me divertir. Leporello, vite, à la table ! MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Son prontissimo a servir, son prontissimo a servir. I servi portano in tavola, mentre Leporello vuol uscire. DON GIOVANNI Già che spendo i miei danari, Io mi voglio divertir. Voi suonate, amici cari: Già che spendo i miei danari, Io mi voglio divertir, io mi voglio divertir. (Mangia; i suonatori cominiciano a suonare.) LEPORELLO Bravi! “Cosa rara” 240 DON GIOVANNI Che ti par del bel concerto? LEPORELLO È conforme, è conforme al vostro merto. DON GIOVANNI Ah che piatto saporito! Ah che piatto saporito, saporito, saporito! LEPORELLO (a parte) Ah che barbaro appetito! Che bocconi da gigante! Mi par proprio di svenir. Mi par proprio di svenir. DON GIOVANNI (a parte) Nel veder i miei bocconi gli par proprio di svenir, Gli par proprio di svenir. SECOND ACTE SCÈNE XIII LEPORELLO Je suis tout prêt à vous servir, je suis tout prêt à vous servir. Les serviteurs apportent les plats alors que Leporello fait mine de sortir. DON GIOVANNI Puisque je dépense mes deniers, Je veux me divertir. Vous, chers amis, jouez : Puisque je dépense mes deniers, Je veux me divertir, je veux me divertir. (Il mange ; les musiciens commencent à jouer.) LEPORELLO Bravo ! Cosa rara DON GIOVANNI Que dis-tu de ce beau concert ? LEPORELLO Il est digne, il est digne de votre valeur. DON GIOVANNI Ah quel plat savoureux ! Ah quel plat savoureux, savoureux, savoureux ! LEPORELLO (à part) Ah, quel appétit de barbare ! Quels morceaux de géant ! Je suis près de défaillir. Je suis près de défaillir. DON GIOVANNI (à part) À la vue de ces morceaux, il est près de défaillir, Il est près de défaillir. 241 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Ah che barbaro appetito! Che bocconi da gigante! DON GIOVANNI Nel veder i miei bocconi gli par proprio, Gli par proprio di svenir, LEPORELLO Ah che barbaro appetito! DON GIOVANNI Gli par proprio di svenir, LEPORELLO Che bocconi da gigante! 242 DON GIOVANNI Gli par proprio di svenir, Gli par proprio di svenir, Gli par proprio di svenir! LEPORELLO Mi par proprio di svenir, Mi par proprio di svenir! DON GIOVANNI Piatto. LEPORELLO Servo. Evvivano i “Litiganti.” DON GIOVANNI Versa il vino! (Leporello versa il vino nel bicchiere.) Eccellente marzimino! SECOND ACTE SCÈNE XIII LEPORELLO Ah, quel appétit de barbare ! Quels morceaux de géant ! DON GIOVANNI À la vue de ces morceaux, il est près de défaillir, Il est près de défaillir. LEPORELLO Ah, quel appétit de barbare ! DON GIOVANNI Il est près de défaillir. LEPORELLO Quels morceaux de géant ! DON GIOVANNI Il est près de défaillir. Il est près de défaillir, Il est près de défaillir ! LEPORELLO Je suis près de défaillir. Je suis près de défaillir. DON GIOVANNI Assiette. LEPORELLO À votre service. Vive Les Plaideurs. DON GIOVANNI Verse le vin ! (Leporello verse du vin dans le verre.) Excellent Marzemino ! 243 MOZART DON GIOVANNI Leporello cangia il piatto a Don Giovanni e mangia in fretta. LEPORELLO (a parte) Questo pezzo di fagiano piano piano piano piano piano vo’ inghiottir. DON GIOVANNI (a parte) Sta mangiando, quel marrano; fingerò di non capir. LEPORELLO Questa poi la conosco pur troppo... DON GIOVANNI (senza guardarlo) Leporello! LEPORELLO (colla bocca piena) Padron mio... 244 DON GIOVANNI Parla schietto, parla schietto mascalzone! LEPORELLO Non mi lascia una flussione le parole proferir. DON GIOVANNI Mentre io mangio, fischia un poco. LEPORELLO Non so far! DON GIOVANNI (s’accorge che mangia) Cos’è? LEPORELLO Scusate, scusate; sì eccellente è il vostro cuoco, SECOND ACTE SCÈNE XIII Leporello change l’assiette de Don Giovanni et mange à la hâte. LEPORELLO (à part) Ce morceau de faisan, en douce, en douce, en douce, je vais l’engloutir. DON GIOVANNI (à part) Voilà qu’il mange, ce renégat ; faisons semblant de ne rien voir. LEPORELLO Celle-là, je ne la connais que trop... DON GIOVANNI (sans le regarder) Leporello ! LEPORELLO (la bouche pleine) Mon maître... 245 DON GIOVANNI Articule, articule, malotru ! LEPORELLO Une fluxion m’empêche de bien prononcer les mots. DON GIOVANNI Pendant que je mange, siffle un peu. LEPORELLO Je ne sais pas faire ! DON GIOVANNI (s’aperçoit qu’il mange) Alors ? LEPORELLO Excusez, excusez ; votre cuisinier est si excellent, MOZART DON GIOVANNI Sì eccellente, sì eccellente è il vostro cuoco, Che lo volli anch’io provar, Che lo volli anch’io provar. DON GIOVANNI Sì eccellente è il cuoco Mio, LEPORELLO Sì Eccellente, DON GIOVANNI Che lo volle Anch’ei provar. 246 LEPORELLO Che lo volli ch’io provar. SCENA XIV DONNA ELVIRA (entra disperata) L’ultima prova dell’amor mio ancor vogl’io fare con te. Più non rammento gl’inganni tuoi, gl’inganni tuoi, Pietade io sento... DON GIOVANNI (sorgendo) E LEPORELLO Cos’è? cos’è? DONNA ELVIRA (s’inginocchia) Da te non chiede quest’alma oppressa Della sua fede qualche mercé. DON GIOVANNI Mi meraviglio! Cosa volete? cosa volete? SECOND ACTE SCÈNE XIV Votre cuisinier est si excellent, si excellent, Que j’ai voulu goûter aussi, Que j’ai voulu goûter aussi. DON GIOVANNI Mon cuisinier est si Excellent, LEPORELLO Si Excellent, DON GIOVANNI Qu’il a voulu Goûter aussi. LEPORELLO Qu’il a voulu goûter aussi. SCÈNE XIV DONNA ELVIRA (entre, au désespoir) Je veux te donner encore la dernière preuve de mon amour. J’oublie tes tromperies, tes tromperies, Je ressens de la pitié... DON GIOVANNI (se levant) & LEPORELLO Qu’y a-t-il ? Qu’y a-t-il ? DONNA ELVIRA (s’agenouille) Mon âme oppressée ne te demande Aucun merci pour sa fidélité. DON GIOVANNI Je suis surpris ! Que voulez-vous ? que voulez-vous ? 247 MOZART DON GIOVANNI Se non sorgete non resto in piè, (S’inginocchia.) Non resto in piè! DONNA ELVIRA Ah non deridere gli affanni miei. LEPORELLO (fra sé) Quasi da Piangere mi fa costei. DON GIOVANNI (sorgendo fa sorgere Donna Elvira) Io te deridere? DONNA ELVIRA Ah non deridere... 248 LEPORELLO Quasi da Piangere Mi fa costei. DONNA ELVIRA Ah non deridere... DON GIOVANNI (con affettata tenerezza) Io te deridere? Cieli! Perchè? Che vuoi, mio bene! DONNA ELVIRA Che vita cangi. DON GIOVANNI Brava! SECOND ACTE SCÈNE XIV Relevez-vous ou je m’abaisse, (S’agenouille.) Je m’abaisse ! DONNA ELVIRA Ah ne vous moquez pas de mes tourments. LEPORELLO (à part) Elle me Fait presque pleurer. DON GIOVANNI (se relevant et relevant Donna Elvira) Moi me moquer de toi ? DONNA ELVIRA Ah ne te moque pas... LEPORELLO Elle Me fait Presque pleurer. DONNA ELVIRA Ah ne te moque pas... DON GIOVANNI (avec une tendresse affectée) Moi, me moquer de toi ? Ciel ! pourquoi ? Que veux-tu, mon trésor ! DONNA ELVIRA Que tu changes de vie. DON GIOVANNI Bravo ! 249 MOZART DON GIOVANNI DONNA ELVIRA Cor perfido! DON GIOVANNI Brava! DONNA ELVIRA Cor perfido! Cor perfido! LEPORELLO Cor perfido! DON GIOVANNI Lascia ch’io mangi, lascia ch’io mangi; (Torna a sedere a mangiare.) E se ti piace, mangia con me. 250 DONNA ELVIRA Restati, Barbaro! Nel lezzo immondo, Esempio orribile d’iniquità! LEPORELLO Se non si muove del suo dolore, Di sasso ha il core, o cor non ha! DON GIOVANNI (bevendo) Vivan le femmine, viva il buon vino, Sostegno e gloria d’umanità, Sostegno e gloria d’umanità, DONNA ELVIRA Restati SECOND ACTE SCÈNE XIV DONNA ELVIRA Cœur perfide ! DON GIOVANNI Bravo ! DONNA ELVIRA Cœur perfide ! Cœur perfide ! LEPORELLO Cœur perfide ! DON GIOVANNI Laisse-moi manger, laisse-moi manger ; (Il retourne s’asseoir à table.) Et s’il te plaît, mange avec moi. 251 DONNA ELVIRA Reste donc, Barbare ! Dans la fange immonde, Horrible exemple d’infamie ! LEPORELLO S’il ne s’émeut pas de sa douleur, Il a un cœur de pierre, ou pas de cœur du tout ! DON GIOVANNI (buvant) Vivent les femmes, vive le bon vin, Soutien et gloire de l’humanité, Soutien et gloire de l’humanité. DONNA ELVIRA Reste donc MOZART DON GIOVANNI Barbaro nel lezzo immondo, Restati, barbaro, nel lezzo immondo, Esempio orribile d’iniquità, LEPORELLO Se non si muove del suo dolore, Di sasso ha il core, di sasso ha il core, O cor non ha, DON GIOVANNI Vivan le femmine, Viva il buon vino, vivan le femmine, Viva il buon vino sostegno e gloria d’umanità, Sostegno e gloria d’umanità, Sostegno e gloria d’umanità, d’umanità D’umanità, sostegno e gloria d’umanità! 252 DONNA ELVIRA Esempio orribile d’iniquità, d’iniquità, d’iniquità, Esempio orribile d’iniquità! (Sorte.) LEPORELLO Di sasso ha il core, o cor non ha, o cor non ha, o cor non ha, Di sasso ha il core, o cor non ha! DONNA ELVIRA (rientra e fugge dall’altre parte) Ah! DON GIOVANNI Che grido è Questo mai! Che grido, che grido è questo mai! LEPORELLO Che grido è questo mai! Che grido è questo mai! SECOND ACTE SCÈNE XIV Barbare ! Dans la fange immonde, Reste donc, barbare, dans la fange immonde, Horrible exemple d’infamie. LEPORELLO S’il ne s’émeut pas de sa douleur, Il a un cœur de pierre, il a un cœur de pierre Ou pas de cœur du tout ! DON GIOVANNI Vivent les femmes, Vive le bon vin, vivent les femmes, Vive le bon vin, soutien et gloire de l’humanité, Soutien et gloire de l’humanité, Soutien et gloire de l’humanité, de l’humanité De l’humanité, soutien et gloire de l’humanité ! DONNA ELVIRA Exemple horrible d’infamie, d’infamie, d’infamie, Exemple horrible d’infamie ! (Elle sort.) LEPORELLO Il a un cœur de pierre, ou pas de cœur du tout, du tout, Il a un cœur de pierre, ou pas de cœur du tout ! DONNA ELVIRA (rentre et s’enfuit de l’autre côté) Ah ! DON GIOVANNI Quel est donc Ce cri ! Quel est donc ce cri, ce cri ! LEPORELLO Quel est donc ce cri ! Quel est donc ce cri ! 253 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI Va’ a veder, va’ a veder che cosa è stato! Leporello sorte e prima di tornare, mette un grido. LEPORELLO Ah! DON GIOVANNI Che grido indiavolato! Che grido indiavolato! (Leporello entra spaventato e chiude l’uscio.) Leporello, che cos’è? che cos’è? che cos’è? 254 LEPORELLO Ah signor... per carità!... non andate fuor di qua!... L’uom... di... sasso... l’uomo... bianco... Ah padrone!... io gelo... io manco... Se vedeste che figura!... Se sentiste come fa: ta ta ta ta! DON GIOVANNI Non capisco niente affatto: LEPORELLO Ta ta ta ta! DON GIOVANNI Tu sei matto in verità, in verità, in verità. Si sente battere alla porta. LEPORELLO Ah sentite! DON GIOVANNI Qualcun batte! Apri... SECOND ACTE SCÈNE XIV DON GIOVANNI Va voir, va voir ce qui arrive ! Leporello sort et avant de revenir, pousse un cri. LEPORELLO Ah ! DON GIOVANNI Quel cri d’enfer ! Quel cri d’enfer ! (Leporello entre épouvanté et ferme les issues.) Leporello, que se passe-t-il ? que se passe-t-il ? LEPORELLO Ah seigneur... de grâce... ne sortez pas d’ici !... L’homme... de... pierre... l’homme... blanc... Ah maître !... je suis glacé... je manque... Si vous voyiez quelle figure !... Si vous entendiez ce qu’il fait : ta ta ta ta ! DON GIOVANNI Je ne comprends rien du tout : LEPORELLO Ta ta ta ! DON GIOVANNI En vérité, tu es fou, vraiment, vraiment. On entend frapper à la porte. LEPORELLO Ah écoutez ! DON GIOVANNI Quelqu’un frappe ! Ouvre... 255 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO (tremando) Io tremo... DON GIOVANNI Apri, dico! LEPORELLO Ah... DON GIOVANNI Apri! LEPORELLO Ah... 256 DON GIOVANNI Matto! Per togliermi d’intrico Ad aprir io stesso andrò, io stesso andrò. (Piglia lume e va per aprire.) LEPORELLO Non vo’ più veder l’amico; Pian pianin m’asconderò, m’asconderò. (S’asconde sotto la tavola.) (Don Giovanni apre.) SCENA XV IL COMMENDATORE Don Giovanni, a cenar teco m’invitasti, e son venuto! DON GIOVANNI Non l’avrei giammai creduto, ma farò quel che potrò! Leporello, un’ altra cena fa che subito si porti! SECOND ACTE SCÈNE XV LEPORELLO (tremblant) J’ai peur... DON GIOVANNI Ouvre, te dis-je ! LEPORELLO Ah... DON GIOVANNI Ouvre ! LEPORELLO Ah... DON GIOVANNI Fou ! Pour tirer ça au clair Je vais ouvrir moi-même, moi-même. (Il prend un flambeau et va ouvrir.) LEPORELLO Je ne veux plus voir le camarade ; En douce, je vais me cacher, je vais me cacher. (Il se cache sous la table.) (Don Giovanni ouvre.) SCÈNE XV LE COMMANDEUR Don Giovanni, tu m’as invité à dîner avec toi, et je suis venu ! DON GIOVANNI Jamais je ne l’aurais cru, mais je ferai mon possible ! Leporello, fais apporter tout de suite un autre couvert ! 257 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO (mezzo fuori col capo della mensa) Ah padron! ah padron! ah padron siam tutti morti! (Con molti atti di paura esce e va per partire.) DON GIOVANNI Vanne dico... IL COMMENDATORE Ferma un po’. Non si pasce di cibo mortale chi si pasce di cibo celeste. Altre cure più gravi di queste, altra brama quaggiù mi guidò! LEPORELLO La terzana D’avere mi sembra 258 DON GIOVANNI Parla dunque: LEPORELLO E le membra fermar più Non so. DON GIOVANNI Che chiedi, LEPORELLO La terzena d’avere Mi sembra, DON GIOVANNI Che vuoi? LEPORELLO E le membra fermar più non SECOND ACTE SCÈNE XV LEPORELLO (sortant la tête à moitié de sous la table) Ah maître! ah maître! ah maître nous sommes tous morts ! (Il sort avec beaucoup de gestes de frayeur et s’apprête à partir .) DON GIOVANNI Va te dis-je... LE COMMANDEUR Arrête un peu. Il ne se nourrit pas de nourritures terrestres celui qui se nourrit de nourritures célestes. D’autres soins, plus graves que ceux-là, d’autres volontés m’ont mené ici bas ! LEPORELLO Je crois Que j’ai la fièvre DON GIOVANNI Parle donc : LEPORELLO Et je ne peux m’arrêter De trembler. DON GIOVANNI Que demandes-tu, LEPORELLO Je crois Que j’ai la fièvre DON GIOVANNI Que veux-tu ? LEPORELLO Et je ne peux m’arrêter 259 MOZART DON GIOVANNI So. IL COMMENDATORE Parlo, Ascolta, più tempo non ho. DON GIOVANNI Parla, parla, ascoltando ti sto. IL COMMENDATORE Tu m’invitasti a cena, il tuo dover or sai; Rispondimi, rispondimi: verrai tu a cenar meco? LEPORELLO (da lontano, tremando) Oibò, oibò! tempo non ha, scusate. 260 DON GIOVANNI A torto di viltate tacciato mai sarò! IL COMMENDATORE Risolvi: DON GIOVANNI Ho già risolto. IL COMMENDATORE Verrai? LEPORELLO (a Don Giovanni) Dite di no! dite di no! DON GIOVANNI Ho fermo il cuore in petto: non ho timor, verrò! SECOND ACTE SCÈNE XV De trembler. LE COMMANDEUR Je parle, Écoute, je n’ai plus le temps. DON GIOVANNI Parle, parle, je t’écoute LE COMMANDEUR Tu m’as invité à dîner, tu connais maintenant ton devoir ; Réponds-moi, réponds-moi : viendras-tu dîner avec moi ? LEPORELLO (de loin, tremblant) Ah non, ah non ! il n’a pas le temps, excusez ! DON GIOVANNI Jamais on ne m’accusera de lâcheté ! LE COMMANDEUR Décide-toi : DON GIOVANNI J’ai déjà décidé. LE COMMANDEUR Tu viendras ? LEPORELLO (à Don Giovanni) Dites non ! dites non ! DON GIOVANNI Mon cœur est solide dans ma poitrine : je n’ai pas peur, je viendrai ! 261 MOZART DON GIOVANNI IL COMMENDATORE Dammi la mano in pegno! DON GIOVANNI Eccola! (Grida forte.) Oimè! IL COMMENDATORE Cos’hai? DON GIOVANNI Che gelo è questo mai? IL COMMENDATORE Pentiti, cangia vita: è l’ultimo momento! 262 DON GIOVANNI (vuol sciogliersi, ma invano) No no, ch’io non mi pento vanne lontan da me! IL COMMENDATORE Pentiti, scellerato! DON GIOVANNI No, vecchio infatuato! IL COMMENDATORE Pentiti! DON GIOVANNI No! IL COMMENDATORE Pentiti! SECOND ACTE SCÈNE XV LE COMMANDEUR En gage, donne moi ta main ! DON GIOVANNI La voici ! (Il pousse un cri violent.) Hélas ! LE COMMANDEUR Qu’as-tu ? DON GIOVANNI Quel est ce froid ? LE COMMANDEUR Repens-toi, change de vie : c’est le dernier moment ! DON GIOVANNI (voulant se dégager, en vain) Non non, je ne me repens pas, éloigne-toi de moi ! LE COMMANDEUR Repens-toi, scélérat ! DON GIOVANNI Non, vieux fat ! LE COMMANDEUR Repens-toi ! DON GIOVANNI Non ! LE COMMANDEUR Repens-toi ! 263 MOZART DON GIOVANNI DON GIOVANNI No! IL COMMENDATORE Sì! DON GIOVANNI No! IL COMMENDATORE Sì! DON GIOVANNI No! 264 LEPORELLO Sì! Sì! IL COMMENDATORE Sì! DON GIOVANNI No! No! IL COMMENDATORE Ah tempo più non v’è! (Parte.) Foco da diverse parti, tremuoto. DON GIOVANNI Da qual tremore insolito... Sento assalir gli spiriti... Donde escono quei vortici di foco pien d’orror! SECOND ACTE SCÈNE XV DON GIOVANNI Non ! LE COMMANDEUR Si ! DON GIOVANNI Non ! LE COMMANDEUR Si ! DON GIOVANNI Non ! LEPORELLO Si ! Si ! LE COMMANDEUR Sì ! DON GIOVANNI Non ! Non ! LE COMMANDEUR Ah, le temps est écoulé ! (Il sort.) Feu de plusieurs côtés, tremblement de terre. DON GIOVANNI Quel étrange frisson assaille mes esprits... D’où sortent ces tourbillons de feu et d’horreur ? 265 MOZART DON GIOVANNI CORO (di sotterra, con voci cupe) Tutto a tue colpe è poco. Vieni: c’è un mal peggior! DON GIOVANNI Chi l’anima mi lacera! Chi m’agita le viscere? Che strazio, ohimè, che smania! Che inferno, LEPORELLO Che ceffo disperato! Che gesti da dannato! Che gridi, che lamenti! DON GIOVANNI Che terror! 266 LEPORELLO Come mi fa terror, mi fa terror! CORO Tutto a tue colpe È poco DON GIOVANNI Chi l’anima mi lacera! LEPORELLO Che ceffo Disperato! CORO Vieni: c’è un mal peggior! DON GIOVANNI Chi ma’agita le viscere! SECOND ACTE SCÈNE XV CHŒUR (de sous la terre, aux voix sombres) C’est peu pour toutes tes fautes. Viens : voici un mal plus grand ! DON GIOVANNI Qui déchire mon âme ? Qui secoue mes entrailles ? Quelle torture, hélas, quel tourment ! Quel enfer, LEPORELLO Quelle mine désespérée ! Quels gestes de damné ! Quels cris, quelles lamentations ! DON GIOVANNI Quelle terreur ! LEPORELLO Je suis terrifie, terrifié ! CHŒUR Pour toutes tes fautes C’est peu. DON GIOVANNI Qui déchire mon âme ! LEPORELLO Quelle mine de Désespoir ! CHŒUR Viens : voici un mal plus grand ! DON GIOVANNI Qui secoue mes entrailles ! 267 MOZART DON GIOVANNI Che strazio, oimè, che smania! LEPORELLO Che gesti da dannato Che gridi, LEPORELLO Che Lamenti! DON GIOVANNI Ah! LEPORELLO Che Gridi, che lamenti! Come mi fa terror! 268 CORO Vieni! Vieni! Vieni: c’è un mal peggior! DON GIOVANNI Che inferno! Che terror! (Il foco cresce; si sprofonda.) DON GIOVANNI Ah! (Resta inghiotitto dalla terra.) LEPORELLO Ah! SECOND ACTE SCÈNE XV Quelle torture, hélas, quel tourment ! LEPORELLO Quels gestes de damné ! Quels cris, LEPORELLO Quelles Lamentations ! DON GIOVANNI Ah ! LEPORELLO Quels Cris, quelles lamentations ! Je suis terrifié ! 269 CHŒUR Viens ! Viens ! Viens : voici un mal plus grand ! DON GIOVANNI Quel enfer ! Quelle terreur ! (Le feu grandit, Don Giovanni s’enfonce dans le sol.) DON GIOVANNI Ah ! (Il est englouti par la terre.) LEPORELLO Ah ! MOZART DON GIOVANNI SCENA ULTIMA DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO (con ministri di giustizia) Ah, dove è il perfido, dov’è l’indegno? Tutto il mio sdegno sfogar io vo’, sfogar io vo’. DONNA ANNA Solo mirandolo stretto in catene, alle mie pene alma darò. LEPORELLO Più non sperate... di ritrovarlo... più non cercate: Lontano andò, lontano andò. DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO MASETTO Cos’è? Favella! Cos’è? favella! Via presto, sbrigati... E 270 LEPORELLO Venne un colosso... venne un colosso... Ma Se non Posso... Ma se... DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO E MASETTO Via presto, sbrigati! LEPORELLO ... Non posso, ma se non posso, Ma se non posso, ma se non posso... DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, Z ERLINA, DON OTTAVIO MASETTO Presto! favella! sbrigati! E SECOND ACTE DERNIÈRE SCÈNE DERNIÈRE SCÈNE DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO & MASETTO (avec des officiers de justice) Ah, où est le perfide, où est l’infâme ? Je vais faire éclater ma colère. DONNA ANNA Le voir chargé de chaînes apaiserait toutes mes peines. LEPORELLO N’espérez plus... le retrouver... ne cherchez plus : Il est parti loin, il est parti loin. DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO & MASETTO Comment ? Parle ! Comment ? parle ! Allez vite, dépêche-toi... LEPORELLO Un colosse est venu... un colosse est venu... Mais Si je ne Peux... Mais si... DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO & MASETTO Allez vite, dépêche-toi ! LEPORELLO ... Je ne peux pas, mais si je ne peux pas, Mais si je ne peux pas, mais si je ne peux pas... DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA , DON OTTAVIO & MASETTO Vite ! parle ! dépêche-toi ! 271 MOZART DON GIOVANNI LEPORELLO Tra fumo e foco... badate un poco... l’uomo di sasso... Fermate il passo... giusto là sotto... diede il gran botto... Giusto là il diavolo, se ’l trangugiò. DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO MASETTO Stelle! che sento! E LEPORELLO Vero è l’evento! DONNA ELVIRA Ah certo è L’ombra che m’incontrò, 272 DONNA ANNA Ah certo è l’ombra che l’incontro, ZERLINA E DON OTTAVIO Ah certo è l’ombra, MASETTO Ah Certo è L’ombra, è L’ombra che l’incontrò, Ah certo è l’ombra, ah certo è l’ombra che l’incontro! DONNA ANNA, ZERLINA, DON OTTAVIO Ah, certo è L’ombra che l’incontrò. Ah certo è l’ombra, ah certo è l’ombra che l’incontro! DONNA ELVIRA Ah, certo è SECOND ACTE DERNIÈRE SCÈNE LEPORELLO Dans la fumée et le feu... écoutez un peu... l’homme de pierre... Arrêtez-vous... juste là-dessous... il a frappé un grand coup... Juste là, le diable se l’est englouti. DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA, DON OTTAVIO & MASETTO Ciel ! qu’entends-je ! LEPORELLO La chose est vraie ! DONNA ELVIRA Ah c’est sûrement L’ombre que j’ai rencontrée, DONNA ANNA Ah c’est sûrement l’ombre qu’elle a rencontrée, ZERLINA & DON OTTAVIO Ah, c’est sûrement l’ombre, MASETTO Ah C’est sûrement L’ombre, c’est L’ombre qu’elle a rencontrée, Ah c’est sûrement l’ombre, l’ombre qu’elle a rencontrée ! DONNA ANNA, ZERLINA & DON OTTAVIO Ah, c’est sûrement L’ombre qu’elle a rencontrée Ah c’est sûrement l’ombre, l’ombre qu’elle a rencontrée ! DONNA ELVIRA Ah, c’est sûrement 273 MOZART DON GIOVANNI L’ombra che m’incontrò. Ah certo è l’ombra, ah certo, ah certo è l’ombra che m’incontro! DON OTTAVIO Or che tutti, o mio tesoro, vendicati siam dal cielo, Porgi, porgi a me un ristoro: non mi far languire ancor. DONNA ANNA Lascia, o caro, un anno ancora allo sfogo del mio cor. DON OTTAVIO Al desio di chi M’adora 274 DONNA ANNA Al Desio di chi T’adora DON OTTAVIO Ceder Deve un fido amor, DONNA ANNA Ceder deve un fido amor; DONNA ANNA E DON OTTAVIO Ceder deve, ceder deve un fido amor. DONNA ANNA Al desio di chi T’adora DON OTTAVIO Al SECOND ACTE DERNIÈRE SCÈNE L’ombre que j’ai rencontrée. Ah c’est sûrement l’ombre, sûrement l’ombre que j’ai rencontrée ! DON OTTAVIO Mon amour, maintenant que le ciel nous a tous vengés, Donne-moi consolation : ne me fais pas languir encore. DONNA ANNA Ô cher, laisse encore une année à mon cœur pour s’épancher. DON OTTAVIO Au désir de qui M’adore DONNA ANNA Au Désir de qui T’adore DON OTTAVIO Doit Céder un fidèle amour, DONNA ANNA Doit céder un fidèle amour ; DONNA ANNA & DON OTTAVIO Doit céder, doit céder un fidèle amour. DONNA ANNA Au désir de qui T’adore DON OTTAVIO Au 275 MOZART DON GIOVANNI Desio di chi M’adora DONNA ANNA Ceder Deve un fido Amor, DON OTTAVIO Ceder Deve un fido amor, DONNA ANNA E DON OTTAVIO Ceder deve, ceder deve un fido amor, Un fido, un fido amor. 276 DONNA ELVIRA Io men vado in un ritiro a finir la vita mia. ZERLINA Noi, Masetto, a casa andiamo, a cenar in compagnia. MASETTO Noi, Zerlina, a casa andiamo, a cenar in compagnia. LEPORELLO Ed io vado all’osteria a trovar padron miglior. ZERLINA, MASETTO E LEPORELLO Resti dunque quel birbon Con Proserpina e Pluton, con Proserpina e Pluton. E noi tutti, o buona gente, ripetiam allegramente L’antichissima canzon, l’antichissima canzon: DONNA ANNA E DONNA ELVIRA Questo è il fin di chi fa mal, di chi fa mal, SECOND ACTE DERNIÈRE SCÈNE Désir de qui M’adore DONNA ANNA Doit Céder un fidèle Amour, DON OTTAVIO Doit Céder un fidèle amour, DONNA ANNA & DON OTTAVIO Doit céder, doit céder un fidèle amour, Un fidèle, un fidèle amour. DONNA ELVIRA Moi je vais finir ma vie en un lieu retiré. ZERLINA Nous, Masetto, allons à la maison, pour dîner ensemble. MASETTO Nous, Zerlina, allons à la maison, pour dîner ensemble. LEPORELLO Et moi, à l’auberge, pour trouver un meilleur maître. ZERLINA, MASETTO & L EPORELLO Que cette canaille reste donc Avec Proserpine et Pluton, Proserpine et Pluton. Et nous tous, ô bonnes gens, répétons allègrement, La très ancienne chanson, la très ancienne chanson : DONNA ANNA ET DONNA ELVIRA Ainsi finissent les méchants, les méchants, 277 MOZART DON GIOVANNI DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO, MASETTO LEPORELLO Questo è il fin! E ZERLINA Questo è il fin di chi fa mal, di chi fa mal, DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, Z ERLINA E DON OTTAVIO Questo è il Fin! Questo è il fin di chi fa mal, di chi fa mal! MASETTO E LEPORELLO Questo è il fin di chi fa mal, Di chi fa mal, di chi fa mal! 278 TUTTI Questo è il fin di chi fa mal, di chi fa mal! E de’ perfidi la morte Alla vita è sempre, è sempre ugual, è sempre ugual! E de’ perfidi la morte Alla vita è sempre, è sempre, è sempre ugual, Alla vita è sempre ugual, alla vita è sempre ugual, È sempre ugual, è sempre ugual, è sempre ugual! Fine dell’opera SECOND ACTE DERNIÈRE SCÈNE DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, DON OTTAVIO, MASETTO & L EPORELLO Ainsi finissent ! ZERLINA Ainsi finissent les méchants, les méchants, DONNA ANNA, DONNA ELVIRA, ZERLINA & DON OTTAVIO Ainsi Finissent ! Ainsi finissent les méchants, les méchants ! MASETTO & LEPORELLO Ainsi finissent les méchants, Les méchants, les méchants ! TOUS Ainsi finissent les méchants, les méchants ! Et la mort des trompeurs À leur vie toujours ressemble, toujours, toujours ressemble ! Et la mort des trompeurs À leur vie toujours ressemble, toujours, toujours ressemble ! À leur vie toujours ressemble, Toujours ressemble, toujours ressemble ! Fin de l’opéra Traduction française : Jean Spenlehauer 279 CAHIER de LECTURES Molière Un cœur à aimer toute la terre Ivan Nagel L’incarnation du bonheur André Tubeuf La chasse & la fuite Alfred de Musset Sérénade de Don Juan Lorenzo Da Ponte Don Juan n’eut aucun succès E.T.A. Hoffmann Don Juan Jean Genet Parmi les morts Alexandre Blok Les pas du Commandeur Charles Baudelaire Don Juan aux enfers ’’ Quand on fait ricocher une pierre à la surface de l’eau, elle y court un certain temps en bonds légers, mais au dernier, elle plonge d’un coup dans l’abîme : Don Giovanni danse de même au-dessus de l’abîme, tout à l’allégresse du court délai qui lui est accordé. SOREN KIERKEGAARD (1813-1855) TITRE COURANT MOLIÈRE Un cœur à aimer toute la terr e DOM JUAN (à Sganarelle) Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse, à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux : non, non, la constance n’est bonne que pour des ridicules, toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première, ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos coeurs. Pour moi, la beauté me ravit partout, où je la trouve ; et je cède facilement à cette douce violence, dont elle nous entraîne ; j’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle, n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages, et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en 283 MOLIÈRE soit, je ne puis refuser mon coeur à tout ce que je vois d’aimable, et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l’amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire par cent hommages le coeur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait ; à combattre par des transports, par des larmes, et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme, qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules, dont elle se fait un honneur, et la mener doucement, où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire, ni rien à souhaiter, tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour ; si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre coeur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin, il n’est rien de si doux, que de triompher de la résistance d’une belle personne ; et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs, je me sens un coeur à aimer toute la terre; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses. Extrait de Dom Juan, acte I, scène 2 (1665) IVAN NAGEL L’INCARNATION DU BONHEUR Don Giovanni va en enfer – parce que jusqu’à la fin il lance à la face du ciel la devise des opéras bouffes de Mozart : « Le ciel, c’est les autres. » Il ne connaît que les hommes, il est assoiffé de les voir, de les sentir, de les toucher. Comme mû par le génie déchaîné du buffa, il cherche la présence d’autrui la plus pleine, la plus proche, à savoir celle des femmes. Certes, ses ardeurs supposent souffrance, lutte et mort d’autrui ; et son dialogue avec le Convive de pierre fait finalement éclater souffrance, lutte et mort en ce gigantesque rictus d’agonie que ni drame ni musique ne donnent généralement à voir, mais seulement les cauchemars. Cependant, des Noces à Don Giovanni, la cohérence et l’élan expressif des personnages, leur présence sans réserve dans les ensembles n’ont en rien diminué. Le Dramma giocoso (Mozart dans son catalogue le dénomma « opera buffa ») déborde, autant que la Commedia per musica, d’un bonheur sonore. Oui, il constitue la tentative d’un bonheur immanent au terrestre. Que le héros le prenne 285 IVAN NAGEL au sens littéral ou fondamental, qu’importe. Car le principe fondamental de Don Giovanni est le littéral ; son bonheur – comme Kierkegaard l’a compris n’est pas la femme ni toutes les femmes, mais chaque femme. Au milieu de la structure de la comédie s’entrouvre un paradoxe déconcertant : Don Giovanni traque le bonheur d’autrui, non par avidité, jalousie ou misanthropie, mais parce qu’il est l’incarnation du bonheur. Extrait de Autonomie et grâce. Sur les opéras de Mozart Traduit de l’allemand par Anne-Marie Lang © Éditions de l’Aube, 1990 ANDRÉ TUBEUF LA CHASSE & LA FUITE Don Juan, visiblement, n’aime pas les livres. Le seul qu’il traîne avec lui, ou plutôt fait porter par son valet, est un livre aux pages blanches : et ce qu’il y écrit, ce sont ses aventures, épisodes d’une vie supposée, d’une vie amoureuse, et où un nom de plus inscrit figure une place forte conquise, une vertu convertie. Pascal n’avait pas encore écrit son étude sur le divertissement quand Tirso de Molina, le premier, fixa les traits du Séducteur de Séville. Mais ce sont Les Penséesde Pascal que Don Juan pourrait avoir comme livre de chevet, comme bréviaire, comme bible – s’il pouvait lire. À quoi se résume le malheur de l’homme selon Pascal ? À ce qu’il ne peut se tenir seul et tranquille dans une chambre. Sa propre société ne l’assomme pas seulement, elle l’inquiète. Il faudra bien qu’il s’en délivre par quelque chose qui l’agite : une meute qui passe sous sa fenêtre, un manège qui tourne dans la rue, même une mouche qui bourdonne dans sa chambre. En chasse, alors ! Mais pour quoi faire ? Pas pour prendre. Pour s’étourdir, pour s’oublier, pour tuer le temps, faute de pouvoir se tuer soi-même – ce pour quoi on ne s’aime pas assez. Préférer la chasse à la prise, telle est la leçon que Pascal tire de l’examen de ce divertissement qui nous chasse nous-mêmes sur les chemins, gibier plutôt que chasseurs, et sûrement victimes avant de jouer nous-mêmes au bourreau ; et c’est une leçon nihiliste. À quoi mènent, en effet, tant d’efforts ? Christophe Colomb ambitionnait de révéler et 287 ANDRÉ TUBEUF d’imposer à la ferveur des hommes une figure neuve du monde ; les Croisés allaient délivrer Constantinople, ou Jérusalem ; même Don Quichotte, avec sa Rossinante et ses moulins à vent, pouvait espérer retrouver un jour son preux entre les preux, Amadis de Gaule, son modèle. Qui chasse ne cherche rien qu’à fuir en avant. Sûrement il tuera son lièvre, ou son perdreau. Sûrement il ne fera pas grâce à la victime, si elle le regarde avec ses yeux suppliants, soudain humains, comme dans les contes du folklore. Et sûrement il ne mangera pas de gibier, ni ce soir ni demain. Ainsi Don Juan court ce qui reste à courir dans ce monde sans aventure : les femmes. Ce n’est honorable ni pour lui, ni pour elles. L’Occident – Denis de Rougemont l’a assez montré dans son illustre essai L’Amour et l’Occident – a formé sa spiritualité, il l’a fixée et sublimée autour de la figure des femmes, créatures plus faibles et plus gracieuses, offertes à la convoitise du soudard et du pillard. La courtoisie consiste précisément à respecter ce que la Nature a fait sans force (la force, elle, se faisant respecter d’ellemême). Intouchable, insensible même, doit être la femme. Qu’elle reste sourde aux déclarations, qu’elle refuse jusqu’à son oreille. Ainsi l’amant rebuffé s’en ira courir l’aventure ; au retour, après sept ans d’épreuve, on l’entendra peut-être, faute de l’exaucer déjà. Mais comment supporter cette présence de la femme, l’intouchable, dans une Espagne, et une France, et une Allemagne, désormais redevenues provinces, où il n’y a plus rien à faire, de tout le jour, que passer et repasser sur la place (comme au prélude de Carmen en cette même Séville), guettant une œillade, assiégeant les vertus ? Depuis qu’on ne se bat plus contre les infidèles, il n’y a plus que les femmes qui soient, derrière balcons et jalousies, places fortes.Un barbon, Bartolo, dans cette même Séville, croira toujours tenir les clés d’une place forte, dans Le Barbier qu’on sait. Et Don Juan, désoeuvré, chasse en ville : et ce qu’il chasse l’ennuie autant que ce qu’il fuit. Extrait de L’Offrande musicale, Collections Bouquins © Robert Laffont, 2007 ALFRED DE MUSSET SÉRÉNADE de DON JUAN Vous souvient-il, lecteur, de cette sérénade Que don Juan, déguisé, chante sous un balcon ? – Une mélancolique et piteuse chanson, Respirant la douleur, l’amour et la tristesse. Mais l’accompagnement parle d’un autre ton. Comme il est vif, joyeux ! avec quelle prestesse Il sautille ! – On dirait que la chanson caresse Et couvre de langueur le perfide instrument, Tandis que l’air moqueur de l’accompagnement Tourne en dérision la chanson elle-même, Et semble la railler d’aller si tristement. Tout cela cependant fait un plaisir extrême. – C’est que tout en est vrai, – c’est qu’on trompe et qu’on aime ; C’est qu’on pleure en riant ; – c’est qu’on est innocent Et coupable à la fois ; – c’est qu’on se croit parjure Lorsqu’on n’est qu’abusé ; c’est qu’on verse le sang Avec des mains sans tache, et que notre nature A de mal et de bien pétri sa créature: Tel est le monde, hélas !... Extrait de Namouna , Chant 1, Strophe 13 (1832) 289 LORENZO DA PONTE Don Juan n’eut aucun succès Je pensai qu’il fallait réveiller ma muse endormie, que ces deux récents échecs avaient paralysée. Les trois maestri Martini, Mozart et Salieri m’en fournirent l’occasion en venant simultanément me demander un libretto. Je les aimais et les appréciais également tous les trois. J’espérais, avec leur aide, me relever de mes dernières chutes. Je n’entrevoyais d’autre moyen de les contenter en même temps que de composer trois drames à la fois. Salieri ne me demandait pas une pièce originale. Il avait écrit à Paris la musique de l’opéra Tarare ; il désirait adapter cette musique à des paroles italiennes. Ce n’était donc qu’une traduction libre qu’il lui fallait. Quant à Mozart et Martini, ils s’en remettaient à moi pour le choix du sujet. Je destinai Don Juan au premier qui en fut ravi, et L’Arbre de Dianeà Martini, comme sujet mythologique en harmonie avec son talent, si plein de cette douce mélodie dont plus d’un compositeur a le sentiment inné, mais que de rares exceptions seules savent traduire. 290 DON JUAN N’EUT AUCUN SUCCÈS Mes trois sujets arrêtés, je me présentai à l’empereur et lui exprimai mon intention de les faire marcher de front. Il se récria : « Vous échouerez », me dit-il. « Peut-être, mais j’essayerai. J’écrirai pour Mozart la nuit en lisant quelques pages de L’Enfer de Dante ; le matin pour Martini en lisant Pétrarque et le soir pour Salieri avec l’aide du Tasse. J’étais content de ma comparaison, et à peine rentré chez moi, je me mis à l’œuvre. Je m’asseyais devant ma table de travail vers l’heure de minuit : une bouteille d’excellent vin de Tokay était à ma droite, mon écritoire devant moi, une tabatière pleine de tabac de Séville à ma gauche. En ce temps-là, une jeune et belle personne de seize ans, que je ne n’aurais voulu aimer que comme un père, habitait avec ma mère dans ma maison. [...] C’est ainsi qu’entre le vin de Tokay, le tabac de Séville, la sonnette sur ma table et la belle Allemande semblable à la plus jeune des muses, j’écrivis la première nuit pour Mozart les deux premières scènes de Don Juan, deux actes de L’Arbre de Diane, plus de la moitié du premier acte de Tarare, titre que je changeait en celui d’Assur. Dans la matinée, je portais mon travail aux trois compositeurs qui n’en pouvaient croire leurs yeux. En soixante-trois jours, Don Juan et L’Arbre de Diane étaient terminés. [...] Je n’avais pas à Prague assisté à la représentation de Don Juan, mais Mozart n’avait pas tardé à m’instruire qu’il avait fait merveille. L’impresario Guardassoni m’avait également écrit à ce sujet : « Vive Da Ponte ! vive Mozart ! les imprésari, ainsi que les artistes, doivent les bénir. Tant qu’ils vivront, la misère n’osera plus approcher des théâtres. » L’empereur me fit appeler, et, avec les plus gracieux éloges, me fit un nouveau don de cent sequins en me disant qu’il brûlait du désir d’entendre Don Juan. J’écrivis à Mozart, qui accourut et donna les partitions au copiste, lequel s’empressa de les distribuer. Le départ prochain de Joseph II en 291 LORENZO DA PONTE hâta la mise en scène et, le dirai-je ? DON JUAN N’EUT AUCUN ! Tout le monde, Mozart seul excepté, s’imagina que la pièce avait besoin d’être retouchée. Nous y fîmes des additions, nous changeâmes divers morceaux ; une seconde fois : DON JUAN N’EUT AUCUN SUCCÈS ! Ce qui n’empêcha pas l’empereur de dire : « Cette œuvre est divine, elle est peut-être encore plus belle que Les Noces de Figaro : mais ce n’est pas un morceau pour mes Viennois. » Je répétai ces paroles à Mozart qui, sans se déconcerter, me répondit : « Laissons leur le temps de le goûter. » Il ne s’est pas trompé. D’après son conseil, je cherchai à faire jouer Don Juan le plus souvent possible ; à chaque représentation, le succès grandissait. Peu à peu, les Viennois s’habituèrent à savourer ce morceau et à l’apprécier, et finirent par le goûter au point d’élever Don Juan au rang des chefs -d’œuvre dramatiques. SUCCÈS Extrait des Mémoires (1749-1838) Traduction de Roger Vèze, 1931 © Éditions d’Aujourd’hui, Collection Les Introuvables, 1983 E.T.A. HOFFMANN DON JUAN I. Aventure romanesque d’un voyageur enthousiaste Une sonnerie stridente et le cri retentissant : « Le spec tacle commence ! » me réveillèrent du doux sommeil dans lequel j’étais enseveli. Des basses se répondaient en bourdonnant... un coup de timbale... des éclats de trompette, un la pur soutenu par le hautbois... les violons qui s’accordent... Je me frotte les yeux. Est-ce que le Diable, qui toujours veille, m’aurait... dans quelque ivresse ? Non ! je me trouve bien dans la chambre de l’hôtel où je suis descendu hier soir, à moitié éreinté. Juste au-dessus de mon nez pend précisément la houppe brillante d’un cordon de sonnette : je le tire violemment, le garçon paraît. – Mais, au nom du ciel, que signifie cette musique confuse que j’entends juste à côté ? Donne-t-on donc un concert dans la maison ? – Votre Excellence (j’avais bu du champagne au dîner de la table d’hôte !)... Votre Excellence ne sait peut-être pas encore que cet hôtel est attenant au théâtre. Cette porte de tapisserie donne sur un petit corridor qui vous mène directement au n o 23 ; c’est la loge des étrangers. 293 E.T.A. HOFFMANN – Comment !... un théâtre ?... une loge pour les étrangers ?... – Oui, la petite loge des étrangers, pour deux personnes, trois au plus, mais réservée aux personnes de distinction comme vous ; toute tapissée de vert, avec une grille sur le devant, tout contre la scène ! S’il plaît à Votre Excellence... Nous donnons aujourd’hui le Don Juan du célèbre M. Mozart, de Vienne. Nous porterons sur la note le prix de la loge, un thaler huit groschen. Il ouvrait déjà la loge en prononçant ces derniers mots, tant au seul nom de Don Juan j’avais mis de précipitation à gagner le corridor par la porte dérobée. La salle était spacieuse, pour une ville de second ordre, décorée avec beaucoup de goût, et brillamment éclairée. Loges et parterre étaient combles. Les premiers accords de l’ouverture me convainquirent qu’un orchestre tout à fait excellent, pour peu que les chanteurs fussent bons, allait me procurer la plus exquise jouissance de ce chef-d’œuvre. Dès le premier andante, les terreurs de l’effroyable regno al pianto des Enfers me saisissent... les frissonnants pressentiments de l’horreur me pénètrent l’âme. Puis résonne à mes oreilles, comme un cri de joie sacrilège, la fanfare triomphale de la septième mesure de l’allégro... Je vois des profondeurs de la nuit ces démons enflammés menacer de leurs griffes flamboyantes des groupes qui dansent gaiement sur une mince voûte, au-dessus des abîmes sans fond. Le conflit du genre humain avec les horribles puissances inconnues qui l’assiègent en guettant sa chute se présente dans toute sa lumière aux yeux de mon esprit. Enfin la tempête se calme, le rideau se lève. Transi, plein d’humeur, Leporello, enveloppé de son manteau, fait les cents pas dans la nuit sombre, devant le pavillon. – Notte e giorno faticar ! Quoi ! de l’italien ? De l’italien dans cette ville allemande ? Ah che piacere !je vais donc entendre tous les récitatifs, tout l’opéra, tel que le maître génial l’a conçu et élaboré ! 294 DON JUAN Voici Don Juan qui s’élance hors du pavillon ; et voici derrière lui, Donna Anna qui retient énergiquement le criminel par son manteau... Ah ! quelle expression ! Elle pourrait être plus grande, plus svelte, plus majestueuse dans sa démarche, mais quelle tête ! Des yeux d’où l’amour, la colère, la haine, le désespoir lancent, comme d’un foyer unique, des éclairs de feu grégeois, étincelants, qui pénètrent et consument inextinguiblement le plus profond de l’âme ! Les tresses dénouées de la sombre chevelure roulent en boucles ondoyantes le long du cou. Le blanc vêtement de nuit découvre traîtreusement des charmes que l’on ne surprend jamais sans danger... Déchiré par l’horrible crime, son sein se soulève en violentes palpitations... Et puis, quelle voix ! – Non sperar se non m’uccidi... À travers la tempête des instruments, ces accents, qui brillent encore comme autant d’éclairs, semblent coulés dans un métal céleste. En vain Don Juan cherche à s’arracher à ses mains... Mais le veut-il vraiment ? Pourquoi de son poing vigoureux ne repousse-t-il pas cette femme, pourquoi ne s’échappe-t-il pas ? Son crime lui a-t-il ôté la force d’agir ? À moins que le combat de haine et d’amour qui se livre en son cœur ne l’ait soudain privé de son énergie et de son courage ? Le vieux père a expié de sa vie la folie qui l’a conduit à attaquer dans l’obscurité ce robuste adversaire. Don Juan et Leporello, dialoguant en récitatif, s’avancent vers la rampe. Don Juan défait son manteau, et apparaît superbement vêtu de velours rouge tailladé et brodé d’argent. C’est une forte, superbe figure : le visage, d’une beauté virile, le nez ferme, les yeux pénétrants, les lèvres délicatement dessinées. L’étrange jeu d’un muscle du front, juste au-dessus des sourcils, donne pendant une seconde à sa physionomie quelque chose de méphistophélique qui sans ravir au visage la beauté éveille pourtant une involontaire horreur. On le croirait doué de la puissance fascinatrice que possède le serpent à sonnettes ; il semble que les femmes sur qui il a jeté les yeux ne puissent plus se détacher 295 E.T.A. HOFFMANN de lui, et doivent forcément, soumises à son sinistre pouvoir, consommer elles-mêmes leur perte. Long et maigre, dans son habit rayé de rouge et de blanc, son petit manteau rouge, son chapeau blanc orné d’une plume rouge elle aussi, Leporello trottine autour de lui. Les traits de son visage expriment un singulier mélange de bonhomie, de friponnerie, de convoitise et d’impudence ironique. Avec ses cheveux et sa barbe grise, ses sourcils noirs font un étrange contraste. On voit tout de suite que le vieux coquin mérite bien d’être le valet complice de Don Juan. Ils ont fui heureusement par-dessus le mur... Des flambeaux... Donna Anna et Don Ottavio paraissent. Celui-ci est coquet, propret petit jeune homme de vingt et un ans tout au plus. En qualité de fiancé d’Anna, il était vraisemblablement logé dans la maison pour qu’on ait pu l’appeler si vite. Au premier bruit – qu’il a dû entendre – il aurait pu accourir et peutêtre sauver le père; mais il lui fallait d’abord s’ajuster ; et surtout il ne doit pas volontiers s’exposer à sortir la nuit... – Ma qual mai s’offre, o Dei, spettacolo funesto agl’ occhi miei ! Les accents effroyables et déchirants de ce récitatif et du duo suivant expriment plus que le désespoir inspiré par un crime affreux. L’odieux attentat de Don Juan, qui ne fut pour elle qu’une menace, même s’il cause la mort de son père, ne peut suffire à arracher de tels accents à son cœur angoissé. Un combat funeste, mortel, tout au fond de l’âme, peut seul les faire retentir. Voici la longue et maigre Donna Elvira, splendide encore des restes manifestes d’une grande beauté aujourd’hui flétrie. Elle invective le traître Don Juan : – Tu nido d’inganni... Mais juste au moment où le compatissant Leporello remarque fort judicieusement : Parla come un libro stampato, je crus sentir la présence de quelqu’un à côté de moi, ou plutôt derrière moi. On avait pu aisément ouvrir la porte de la loge et s’y glisser à mon insu. – Ce fut pour moi comme un coup de poignard dans le cœur. J’étais si heureux de me trouver seul dans cette loge, libre d’étreindre de toutes mes fibres sensitives, pa296 DON JUAN reilles aux tentacules d’un poulpe, ce chef-d’œuvre si parfaitement interprété, afin de le faire pénétrer parfaitement en moi ! Un seul mot (qui risquait par-dessus le marché d’être une sottise) m’aurait arraché d’une si douloureuse façon à ce moment sublime d’enthousiasme poétique et musical ! Je résolus donc de ne faire aucune attention à mon voisin, et, complètement enfoncé dans la représentation, d’éviter tout mot, tout regard. La tête appuyée sur ma main, tournant le dos au nouveau venu, je rivais mes yeux sur la scène. La suite de la représentation répondait à son remarquable début. La petite, l’appétissante, l’amoureuse Zerlina console avec des accents et des manières toutes gracieuses cet excellent maladroit de Masetto. Don Juan laisse voir à nu le fond ulcéré de son âme, son mépris pour la canaille qui l’entoure, tout juste bonne à satisfaire en lui le désir de séduire et de corrompre. C’était l’air impétueux Fin ch’han dal vino... Le muscle de son front soulignait tout ceci plus énergiquement encore qu’auparavant. Mais voici que les masques paraissent. Leur trio est une prière qui monte au ciel en un pur et brillant rayon. Maintenant la toile de fond se lève. Quelle gaieté soudain : les verres résonnent ; les paysans et toutes sortes de masques conviés à la fête de Don Juan tourbillonnent en foule joyeuse... Mais surviennent les trois conjurés, prêts à la vengeance. Tout prend un air plus solennel, jusqu’au moment où la danse reprend... Voici Zerlina sauvée, et, dans le puissant et foudroyant finale, Don Juan qui se jette hardiment, l’épée haute, contre ses ennemis. Il fait sauter des mains du fiancé son acier de parade, et se fraie un passage à travers la vile canaille qu’il bouscule comme fit le vaillant Roland triomphant de l’armée du tyran Cimosco, si bien que tous culbutent pêle-mêle le plus comiquement du monde... J’avais déjà cru sentir plusieurs fois, tout contre moi, une légère, une chaude haleine, et distinguer le bruissement d’une étoffe de soie : cela me fit bien supposer le voisinage d’une 297 E.T.A. HOFFMANN femme ; mais, tout plongé dans le monde de poésie que m’ouvrait l’opéra, je n’y prêtais pas attention. La toile étant maintenant tombée, je voulus examiner ma voisine... Non ! aucun mot ne pourrait dire quelle fut ma stupéfaction : Donna Anna, en costume, telle absolument que je venais de la voir sur le théâtre, se tenait auprès de moi, ses yeux pleins d’expression appuyant sur moi le regard le plus troublant. Sans voix aucune, je la regardai fixement : sa bouche (il me parut ainsi) se crispa en un léger et ironique sourire, où je me vis moi-même et quelle sotte figure je faisais. Je sentais la nécessité de lui parler, et pourtant je ne pouvais remuer ma langue paralysée par l’étonnement et même, je devrais bien le dire, par une sorte d’effroi. Enfin, enfin ces paroles m’échappèrent : – Comment est-ce possible, comment pouvez-vous être ici ? À quoi elle répondit aussitôt dans le plus pur toscan que, si je ne comprenais ni ne parlais l’italien, elle était obligée de se refuser le plaisir de m’entretenir, ne parlant elle-même d’autre langue que celle-là... Comme un chant résonnaient les douces paroles. En même temps, l’expression de son œil d’un bleu sombre s’accentua, et chaque éclair qui en jaillissait versait un torrent de flammes dans mon être, dont toutes les pulsations s’accéléraient, dont toutes tressaillaient. C’était Donna Anna sans aucun doute... Examiner la possibilité qu’elle pût être tout ensemble sur scène et dans ma loge ne me vint même pas à l’esprit. De même que les rêves heureux combinent ensemble les choses les plus étranges, de même qu’une foi pieuse comprend l’inaccessible et l’associe sans hésiter aux phénomènes soi-disant naturels de la vie, ainsi tombai-je aussi auprès de cette merveilleuse femme, dans une sorte de somnambulisme, où je reconnus les secrètes relations qui m’attachaient à elle, relations si intimes que, dès son apparition sur le théâtre, ellemême n’avait pu détourner ses yeux de moi... Avec quel bonheur je te redirais ici, mon cher Théodore, chaque mot de la remarquable conversation qui commença entre la signora et moi : mais hélas ! quand je veux transcrire 298 DON JUAN en allemand ce qu’elle dit, je trouve chaque mot froid et terne, chaque phrase lourde, alors qu’elle s’exprimait avec tant de légèreté et de charme en toscan. Tandis qu’elle parlait de Don Juan et de son rôle, il me semblait que la profondeur de ce chef-d’œuvre se dévoilait à moi pour la première fois, que j’y pouvais enfin regarder clairement, percevoir à plein les fantastiques apparitions d’un monde inconnu. Elle disait que toute sa vie était musique, et que souvent en chantant elle croyait saisir mille choses enfermées mystérieusement au fond d’elle-même, de celles que nulle parole ne saurait exprimer. – Oui, poursuivit-elle l’œil étincelant et en élevant la voix, je comprends fugitivement ces secrets, mais tout reste froid et mort autour de moi, et lorsqu’on applaudit un trille difficile, une fioriture réussie, des mains de glace étreignent mon cœur brûlant ! Mais toi... tu me comprends ? Car je sais que pour toi aussi s’est ouvert le merveilleux, le romantique royaume que peuple la céleste magie des sons. – Comment, toi, charmante et merveilleuse femme... toi... tu me connais donc ? – Oui ! À travers le rôle de... dans ton dernier opéra. Ce rôle où s’exprime le magique délire de l’amour, l’ardeur infinie du désir, ne l’as-tu pas tiré de tes entrailles ? Je t’ai compris : ton âme s’est révélée à moi à travers ces harmonies. – Oui (ici elle dit mon prénom), oui je t’ai chanté et je me suis retrouvée dans tes mélodies ! La cloche du théâtre se fit entendre. Une rapide pâleur décolora la figure non fardée de Donna Anna ; elle appuya sa main sur son cœur, comme si elle ressentait une soudaine douleur, et sur ces mots prononcés à voix basse : « Malheureuse Anna, c’est maintenant qu’arrivent tes plus terribles moments !... », elle disparut de la loge. Le premier acte m’avait enthousiasmé, mais après cette merveilleuse aventure, la musique agit sur moi d’une bien autre et extraordinaire manière. Il semblait que l’accomplis299 E.T.A. HOFFMANN sement, dès longtemps promis, des plus beaux rêves venus d’un autre monde dût réellement se produire dans ma vie ; il semblait que les plus secrets pressentiments de mon âme enthousiasmée eussent pris corps sous forme de sons et dussent se façonner étrangement pour la plus merveilleuse révélation. Dans la scène de Donna Anna, je me sentis frémir sous une douce et chaude haleine qui glissait autour de moi, m’enveloppant d’une délicieuse ivresse ; involontairement mes yeux se fermèrent ; un ardent baiser semblait brûler mes lèvres : mais ce baiser était comme le son longuement soutenu d’un désir éternellement altéré. Voici le finale commencé, dans sa gaieté effrontée : Già la mensa e preparata ! Don Juan, attablé, caresse deux jeunes filles et fait sauter bouchon sur bouchon, libérant les esprits pétillants hermétiquement enfermés dans leur étroite prison. La salle est peu profonde, avec une grande fenêtre gothique à l’arrière-plan, par laquelle on aperçoit au loin la nuit. Déjà, pendant qu’Elvire rappelle à l’infidèle tous ses serments, des éclairs sillonnent les ténèbres, et l’on entend le sourd grondement de l’orage qui se rapproche. Enfin voici les formidables coups à la porte. Elvire, les jeunes filles s’enfuient ; et, aux effrayants accords venus du monde souterrain, on voit entrer le terrible colosse de marbre, auprès duquel Don Juan n’est plus qu’un pygmée. Le sol frémit sous les pas tonnants du géant. Don Juan crie à travers la tempête, le tonnerre, les hurlements des démons, son terrible « No ! » L’heure de la mort est arrivée. La statue s’enfonce, une épaisse vapeur obscurcit la salle du festin, envahie par d’effroyables fantômes. Don Juan, que l’on aperçoit par intervalles luttant contre les démons, se tord dans les angoisses de l’enfer. Une explosion comme si des milliers d’éclairs éclataient ensemble !... Don Juan, les démons, tout a disparu, on ne sait comment ! Leporello gît évanoui dans un coin de la salle. Quel effet bienfaisant apporte maintenant l’apparition des autres personnages, qui cherchent en vain Don Juan dérobé à 300 DON JUAN la vengeance terrestre par les puissances souterraines. Il semble que de ce moment seulement, l’on échappe au cercle terrible des esprits infernaux. Donna Anna m’apparut toute changée : une pâleur mortelle recouvrait son visage ; ses yeux étaient éteints, sa voix tremblante et inégale. Mais dans son petit duetto avec son suave fiancé – qui sitôt dispensé par le ciel de sa dangereuse besogne de vengeur ne songe plus qu’à la noce –, elle produisit en effet qui déchirait le cœur. Le chœur fugué avait superbement couronné l’œuvre entière et je me hâtais, vu l’état des plus exaltés où je me trouvais, de regagner ma chambre, quand le garçon vint me prévenir que le souper était servi ; je le suivis machinalement. Il y avait brillante société à cause de la foire, et la représentation de Don Juan était le sujet de toutes les conversations. On prisait généralement les artistes italiens et l’énergie de leur jeu : pourtant, de petites remarques jetées par-ci par-là d’un air malin, montraient que personne n’avait seulement soupçonné les sens secret de l’opéra des opéras. Don Ottavio avait beaucoup plu. Donna Anna avait semblé trop passionnée à l’un des interlocuteurs : il fallait, disait-il, se modérer un peu plus sur scène, et éviter les excès d’émotion. Le récit par Donna Anna de l’attentat de Don Juan l’avait absolument consterné. Là-dessus, il prit une prise de tabac et jeta un regard indescriptible de sotte malice à son voisin, qui avança que l’Italienne était du reste une fort belle femme, mais par trop insoucieuse de ses vêtements et de sa toilette; ainsi, dans cette scène, une boucle de cheveux s’était déroulée et avait mis dans l’ombre le demi-profil de son visage ! Ici un autre se mit à fredonner : « Fin ch’han dal vino... », sur quoi une dame opina qu’elle était bien peu satisfaite de Don Juan : cet Italien était beaucoup trop sombre, beaucoup trop grave ; il n’avait absolument pas su rendre le caractère frivole et gai du rôle... Seule l’explosion finale eut tous les suffrages. Écœuré par ce verbiage, je me sauvai dans ma chambre. 301 E.T.A. HOFFMANN II. Dans la loge des étrangers, n o 23 J’étais si oppressé, si à l’étroit, dans ma chambre étouffante ! À minuit, il me sembla entendre ta voix, mon cher Theodor ; tu prononçais nettement mon nom, et un frôlement d’étoffe semblait venir de la porte dérobée... Qui me retient de visiter une fois encore le lieu de ma merveilleuse aventure ? Peut-être te verrais-je, et Elle, qui remplit tout mon être ! Il est bien facile d’y apporter la petite table... deux bougies... l’écritoire ! Le garçon me cherche avec le punch commandé, et trouve la chambre vide, la porte de tapisserie ouverte... Il me suit jusque dans la loge, et m’examine d’un œil indécis. Sur mon signe, il place la boisson sur la table et s’éloigne, une question sur la langue, non sans se retourner une dernière fois pour me considérer. Je m’accoude à la balustrade de la loge en lui tournant le dos, et je contemple la salle déserte, dont l’architecture, magiquement éclairée par mes deux bougies, s’élance en perspectives merveilleuses d’un style étrange et féerique. Le courant d’air qui traverse la salle agite le rideau... S’il allait se lever ? si Donna Anna allait paraître, angoissée par de hideux fantômes ? – Donna Anna ! ai-je crié malgré moi. Mon cri expire dans l’espace désert, mais les esprits des instruments de l’orchestre se réveillent... un son vibre dans l’air et semble murmurer le nom de mon adorée ! Je ne puis me défendre d’un secret effroi, mais ce frisson apaise salutairement mes nerfs. [...] Deux heures sonnent... Une tiède haleine électrique glisse vers moi et m’enveloppe... Je respire l’odeur subtile du fin parfum italien qui m’avait révélé la présence de ma voisine lors de la représentation du soir. Un sentiment de lourdeur me saisit, que seule la musique, il me semble, serait capable d’exprimer. Un air plus vif traverse la salle... Les cordes du piano frémissent dans la fosse d’orchestre... Ciel ! comme venue du lointain, portée sur les ailes vibrant en crescendo d’un orchestre aérien, je crois entendre la voix de Donna Anna : – Non mi dir bell’ idol mio !...[...] 302 DON JUAN III. Conversation de midi à la table d’hôte en manière d’épilogue Un homme entendu (tapotant bruyamment le couvercle de sa tabatière) : – Il était fatal que nous ne puissions plus de sitôt entendre un seul opéra comme il faut ! Voilà où mène cette manie de tout exagérer ! Une figure de mulâtre : – Oui, oui! Je le lui ai assez souvent dit! Le rôle de Donna Anna l’épuisait toujours !... Hier encore, elle était comme possédée. Tout l’entracte elle l’a passé étendue sans connaisance, et dans la scène du second acte, elle a eu jusqu’à des attaques de nerfs... Un insignifiant : – Eh bien !... La figure de mulâtre : – Parfaitement des attaques de nerfs, et si violentes qu’il n’y a pas eu moyen de la transporter hors du théâtre. Moi : – Pour l’amour du ciel ! J’espère que tout cela n’aura pas de suites trop graves ? Nous réentendrons bientôt la signora ? L’homme entendu à la tabatière (prenant une prise): – Difficilement, car la signora est morte cette nuit, sur le coup de deux heures. Extrait des Fantaisies dans la manière de Callot. Don Juan Traduction française de Henri de Curzon © Éditions Phébus, 1979 JEAN GENET Parmi les morts Dans les villes actuelles, le seul lieu – hélas encore vers la périphérie – où un théâtre pourrait être construit, c’est le cimetière. Le choix servira aussi bien le cimetière que le théâtre. L’architecte de théâtre ne pourra pas supporter les niaises constructions où les familles enferment leurs morts. Raser les chapelles. Peut-être conserver quelques ruines : un morceau de colonne, un fronton, une aile d’ange, une urne cassée, pour indiquer qu’une indignation vengeresse a voulu ce premier drame afin que la végétation, peut-être aussi une herbe forte, nées dans l’ensemble des corps pourrissant, égalisent le champ des morts. Si un emplacement est réservé pour le théâtre, le public devra passer par des chemins (pour y venir et s’en aller) qui longeront les tombes. Qu’on songe à ce que serait la sortie des spectateurs après le Don Juan de Mozart, s’en allant parmi les morts couchés dans la terre, avant de rentrer dans la vie profane. Les conversations ni le silence ne seraient les mêmes qu’à la sortie d’un théâtre parigot. La mort serait à la fois plus légère et plus grave. Il y a d’autres raisons. Elles sont plus subtiles. C’est à vous de les découvrir en vous sans les définir ni les nommer. Extrait de L’Etrange Mot d’... in Œuvres complètes, tome IV © Gallimard, 1968 304 ALEXANDRE BLOK Les pas du Commandeur À W.A. Zorgenfrei À l’entrée un rideau épais et lourd, Au carreau de la nuit – la brume. Que fais-tu de ta vaine liberté, Toi, Don Juan, qui as connu la peur ? L’alcôve luxueuse est vide et froide, Dorment les serviteurs, la nuit est sourde. D’un pays bienheureux, inconnu, lointain Parvient le chant d’un coq. Mais ce chant bienheureux n’atteint pas l’infidèle. Car sont comptés les instants de sa vie. Donna Anna repose, les deux mains sur le cœur, Donna Anna se plonge dans les songes... Quels sont ces traits qui se figent, cruels, Dans les reflets des miroirs ? Anna, vous est-il doux de dormir dans la tombe ? Et ces songes d’ailleurs, sont-ils doux ? 305 ALEXANDRE BLOK La vie est vide, folle, et insondable ! Viens ferrailler, ô vieux destin ! Mais en réponse – triomphante, enamourée – La trompe sonne dans la brume. Éclaboussant la nuit de feu, s’élance Le moteur silencieux et noir, tel un hibou. D’un pas silencieux, d’un pas pesant, Le Commandeur entre dans la maison. La porte est grande ouverte. Dans le frimas intense, Comme une horloge rauque de la nuit – L’horloge sonne : « Tu m’as convié à dîner. Je suis venu. Toi tu es prêt ? » Point de réponse à la question brutale, Point de réponse – le silence. Terrible est l’aube dans la riche alcôve, Dorment les serviteurs, la nuit est blême. L’aube est étrange et l’aube est froide, La nuit vers l’aube va troublée. Fille de la lumière ! Où es-tu, donna Anna ? Anna ? Anna ? – Que le silence. Et seule, dans la brume menaçante, Sonne l’horloge une dernière fois. À l’heure de ta mort, Anna se lèvera. Anna se lèvera à l’heure de la mort. 1910-1912 CHARLES BAUDELAIRE DON JUAN aux ENFERS Quand Don Juan descendit vers l’onde souterraine Et lorsqu’il eut donné son obole à Charon, Un sombre mendiant, l’œil fier comme Antisthène, D’un bras vengeur et fort saisit chaque aviron. Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes, Des femmes se tordaient sous le noir firmament, Et, comme un grand troupeau de victimes offertes, Derrière lui traînaient un long mugissement. Sganarelle en riant lui réclamait ses gages, Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant Montrait à tous les morts errant sur les rivages Le fils audacieux qui railla son front blanc. Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire, Près de l’époux perfide et qui fut son amant, Semblait lui réclamer un suprême sourire Où brillât la douceur de son premier serment. Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre Se tenait à la barre et coupait le flot noir ; Mais le calme héros, courbé sur sa rapière, Regardait le sillage et ne daignait rien voir. Extrait des Fleurs du mal (Spleen et idéal, XV), 1857 307 CARNET de NOTES Wolfgang Amadeus Mozart Repères biographiques & Notice bibliographique — Don Giovanni Orientations discographiques WOLFGANG AMADEUS MOZART REPÈRES BIOGRAPHIQUES HISTOIRE MOZART 1756. Début de la guerre de Sept Ans opposant les principales puissances européennes sur le vieux continent, en Amérique du Nord et aux Indes. L’Autriche y est alliée à la France. 1756. Naissance le 27 janvier à Salzbourg. 1762. Avènement de Catherine II de Russie. 1762. Munich et Vienne : première des tournées que le père de Mozart organise pour exposer les dons de son enfant prodige. Compose ses premières pièces pour clavecin. 1763. Le Traité de Paris termine la guerre de Sept Ans. La France abandonne notamment le Canada. 1763. Début d’une tournée de trois années : Allemagne, Belgique, France (il séjourne et se produit à Lyon en août 1766), Angleterre, Hollande, Suisse. 1759. Premiers essais musicaux sur le clavier du clavecin de sa sœur Maria Anna et premières manifestations de ses talents : oreille, mémoire, concentration. Son père Leopold se charge de son éducation musicale. 1765. Compose sa première symphonie (K. 16). 1768. Création à Vienne de Bastien et Bastienne. (K. 50). 310 MOZART & SON TEMPS MUSIQUE LETTRES, ARTS & SCIENCES 1757. Mort de Domenico Scarlatti. 1756. À Lyon, inauguration d’un nouvel opéra conçu par l’architecte Soufflot. 1759. Mort de Haendel. 1761. Premiers quatuors de Luigi Boccherini. 1762. Gluck, Orfeo ed Euridice. 1762. Rousseau, Le Contrat social et Émile ou de l’éducation. 1763. Mort de Marivaux. 1764. Mort de Rameau. 1767. Mort de Telemann. Rousseau publie son Dictionnaire de la musique. 1764. Voltaire, Dictionnaire philosophique. 1768. Naissance de Chateaubriand. 311 WOLFGANG AMADEUS MOZART REPÈRES BIOGRAPHIQUES HISTOIRE MOZART 1769. Naissance de Bonaparte. 1769. Début du premier voyage en Italie. 1770. Mariage de Marie-Antoinette, fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche avec le Dauphin de France, futur Louis XVI. 1770. Création de Mitridate, re di Ponto (K 87) à Milan. 1772. Élection de Colloredo au titre de prince-archevêque de Salzbourg. Création de Lucio Silla (K. 135) au Teatro Regio Ducal de Milan. 1773. Interdiction de l’ordre des Jésuites dans l’empire autrichien. 1773. Retour à Salzbourg. 1774. Avènement de Louis XVI en France. 1775. Compose ses cinq concertos pour violons. 1776. Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique. 312 1777. Démission du poste de Konzermeister qu’il occupait à Salzbourg au service du prince-archevêque Colloredo. MOZART & SON TEMPS MUSIQUE LETTRES, ARTS & SCIENCES 1770. Naissance de Beethoven. 1770-85. Sturm und Drang en Allemagne. 1770. Cugnot réalise la première voiture automobile à vapeur. 1772. Achèvement de la rédaction de L’Encyclopédie. 1773. Diderot, Parado xe sur le comédien. 1774. Gluck, Iphigénie en Aulide. 1774. Goethe, Les Souffrances du jeune Werther . 1775. Premier oratorio de Haydn, Il Ritorno di Tobia. 1775. Fragonard, La Fête à Saint-Cloud. Beaumarchais, Le Barbier de Séville. 1776-78. Construction de la Scala de Milan. 313 WOLFGANG AMADEUS MOZART REPÈRES BIOGRAPHIQUES HISTOIRE MOZART 1778. Séjour à Paris avec sa mère, qui y meurt le 3 juillet. Symphonie no 31 “Paris” (K. 297), Concerto pour flûte et harpe (K. 299 ). Sonates nos 8 et 11, “Marche turque”. 1780. Mort de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Avènement de Joseph II. 1781. Réformes de Joseph II : abolition du servage, Édit de tolérance, interdiction de tous les ordres religieux hormis ceux pratiquant l’enseignement et la charité. 1779. Reprend son service auprès de Colloredo. 1781. Création d’Idoménéeau Cuvilliès-Theater de Munich. Sérénade pour 13 instruments à vent “Gran Partita” (K. 361). Rupture définitive avec Colloredo. 1782. Création de L’Enlèvement au sérail au Burgtheater de Vienne. Épouse Constance Weber, le 4 août. 1783. Grand Messe en ut mineur (K. 427). 1784. Devient franc-maçon. 314 MOZART & SON TEMPS MUSIQUE LETTRES, ARTS & SCIENCES 1778. Mort de Voltaire. 1781. Kant, Critique de la raison pure. 1782. Paisiello, Le Barbier de Séville. 1782. Laclos, Les Liaisons dangereuses. 1783. Antonio Salieri, Les Danaïdes. 1783. Naissance de Stendhal. 1784. Beaumarchais, Le Mariage de Figaro. 315 WOLFGANG AMADEUS MOZART REPÈRES BIOGRAPHIQUES HISTOIRE MOZART 1785-1786. En France, l’Affaire du collier compromet Marie-Antoinette. 1785. Concertos pour piano n os 20 & 21 (K. 466 et 467). Musique funèbre maçonnique (K. 477). 1786. Mort de Frédéric II de Prusse. 1786. Création des Noces de Figaro au Burgtheater de Vienne (K. 492). Symphonie no 38, “Prague”. 1787. Séjourne à Prague pour les représentations des Noces de Figaro. Reçoit le jeune Beethoven à Vienne au mois d’avril. Mort de son père le 28 mai. Sérénade no 13, “Une petite musique de nuit”. Création de Don Giovanni (K. 52) au Gräflich Nostitzsches National-Theater de Prague. Nommé compositeur de la chambre par Joseph II. 1788. Débuts des années de pauvreté et de maladie. Trois dernières symphonies : n os 39, 40 & 41, “Jupiter” (K. 543, 550 et 551). 1789. Prise de la Bastille. Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. 316 1789. Quintette pour clarinette et cordes(K. 581 ). MOZART & SON TEMPS MUSIQUE LETTRES, ARTS & SCIENCES 1785. David, Le Serment des Horaces. Watt invente la machine à vapeur. 1786. Naissance de Carl-Maria von Weber. 1787. Création à Paris de Tarare de Salieri (livret de Beaumarchais) qui sera repris à Vienne l’année suivante, sous le titre Assur et avec un livret adapté par Da Ponte. 1787. Goethe, Faust. Schiller, Don Carlos. 317 WOLFGANG AMADEUS MOZART REPÈRES BIOGRAPHIQUES HISTOIRE MOZART 1790. Mort à Vienne de l’empereur Joseph II. Avènement de Leopold II. 1790. Création de Cosi fan tutte (K. 588) au Burgtheater de Vienne. 1791. Leopold II est couronné roi de Bohême et de Hongrie. Tentative de fuite à l’étranger du roi Louis XVI, qui est arrêté à Varennes. 1791. Création du 27e concerto pour piano (K. 595) à Vienne, Mozart est au clavier. Composition en trois semaines et création de La Clémence de Titus (K. 621) au National Theater de Prague. Création de La Flûte enchantée (K. 620) au Theater an der Wien de Vienne. Concerto pour clarinette (K. 622) et Requiem (K. 626) qui demeure inachevé. Mozart meurt le 5 décembre à Vienne. Il est enterré dans la fosse commune. 318 MOZART & SON TEMPS MUSIQUE LETTRES, ARTS & SCIENCES 1790-95. Haydn, Douze Symphonies londoniennes. 1790. Naissance de Lamartine. 1791. Sade, Justine ou les Malheurs de la vertu. 319 WOLFGANG AMADEUS MOZART NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE Correspondance W.A. MOZART. Lettres des jours ordinaires (1756-1791), établi par Anne Paradis, Fayard, 2005. Sur le compositeur JEAN-VICTOR HOCQUARD. Mozart, l’amour, la mort. Libraire Séguier / Archimbaud, 1987. H.C ROBBINS LANDON. 1791 – La dernière année de Mozart. Éditions Jean-Claude Lattès, 1988. JEAN & B RIGITTE MASSIN. Mozart. Fayard, 1990. ALFRED EINSTEIN. Mozart, l’homme et l’œuvre. Gallimard, 1991. THÉODORE DE WYZEWA & GEORGES DE SAINT-FOIX. Mozart, sa vie musicale et son œuvre. Robert Laffont, Collection Bouquins (2 volumes), 1991. NORBERT ELIAS. Mozart, sociologie d’un génie. Seuil, 1991. PHILIPPE SOLLERS. Mystérieux Mozart. Plon, 2001. ANDRÉ TUBEUF. Mozart, Chemins et chants. Actes Sud / Classica, 2005. COLLECTIF sous la direction de BERTRAND DERMONCOURT. Tout Mozart. Robert Laffont, Collection Bouquins, 2005. MICHEL PAROUTY. Mozart, aimé des dieux. Gallimard, Collection Découvertes, 2006. DANIEL ELOUARD. Un autre Mozart. Desclée de Brouwer, 2008. Sur l’œuvre lyrique Sous la direction de BRIGITTE MASSIN. Guide des opéras de Mozart. Fayard, 1991. IVAN NAGEL. Autonomie et grâce, Sur les opéras de Mozart. Éditions de l’Aube, 1990. RÉMY STRICKER. Mozart et ses opéras, Fiction et vérité. Gallimard, Collection Tel, 1991. 320 DON GIOVANNI NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE Sur Don Giovanni os Don Giovanni. L’Avant-Scène / Opéra, n 24 (1979, réédition 1989) & 172 (1996). CHARLES GOUNOD. Le Don Juan de Mozart (1882). Librairie Séguier/Garamont-Archimbaud, 1984. JEAN-VICTOR HOCQUARD. Le Don Giovanni de Mozart. Aubier, 1992. Sur le mythe de Don Juan os Don Juan. Revue Obliques n 1-2 (1981). JEAN ROUSSET. Le mythe de Don Juan. Armand Colin, 1976. COLLECTIF sous la direction de PIERRE BRUNEL. Dictionnaire de Don Juan. Robert Laffont, Collection Bouquins, 1999. 321 DON GIOVANNI ORIENTATIONS DISCOGRAPHIQUES DIMITRI MITROPOULOS Orchestre philharmonique de Vienne. Chœur de l’Opéra de Vienne Cesare Siepi (Don Giovanni), Gottlob Frick (Le Commandeur), Elisabeth Grümmer (Donna Anna), Léopold Simoneau (Don Ottavio), Lisa della Casa (Donna Elvira), Fernando Corena (Leporello), Walter Berry (Masetto), Rita Streich (Zerlina) Enregistrement public. Festival de Salzbourg – 1956 Sony Classical– 1994 CARLO MARIA GIULINI Orchestre & Chœur Philharmonia de Londres Eberhard Waechter (Don Giovanni), Gottlob Frick (Le Commandeur), Joan Sutherland (Donna Anna), Luigi Alva (Don Ottavio), Elisabeth Schwarzkopf (Donna Elvira), Giuseppe Taddei (Leporello), Piero Cappuccilli (Masetto), Graziella Sciutti (Zerlina) EMI – 1959 GEORG SOLTI Orchestre philharmonique de Londres. London Opera Chorus Bernd Weikl (Don Giovanni), Kurt Moll (Le Commandeur), Margaret Price (Donna Anna), Stuart Burrows (Don Ottavio), Sylvia Sass (Donna Elvira), Gabriel Bacquier (Leporello), Alfred Skramek (Masetto), Lucia Popp (Zerlina) Decca – 1979 RENÉ JACOBS Orchestre baroque de Fribourg. Chœur de chambre du RIAS de Berlin Johannes Weisser (Don Giovanni), Alessandro Guerzoni (Le Commandeur), Olga Pasichnyk (Donna Anna), Kenneth Tarver (Don Ottavio), Alexandrina Pendatchanska (Donna Elvira), Lorenzo Regazzo (Leporello), Nikolay Borchev (Masetto), Sunhae Im (Zerlina) Harmonia Mundi – 2007 322 NOTES COLLECTION OPÉRA de LYON BÉLA BARTÓK Le Château de Barbe-Bleue, 2007 LUDWIG VAN BEETHOVEN Fidelio, 2003 ALBAN BERG Wozzeck,2003 Lulu, 2009 G EORGES BIZET BENJAMIN BRITTEN Djamileh, 2007 Curlew River, 2008 Le Songe d’une nuit d’été, 2008 Mort à Venise, 2009 EMMANUEL CHABRIER DIMITRI CHOSTAKOVITCH CLAUDE D EBUSSY PASCAL DUSAPIN Le Roi malgré lui, 2005, 2009 Moscou, quartier des cerises,2004 Pelléas et Mélisande, 2004 Faustus, The last night, 2006 PETER EÖTVÖS Lady Sarashina, 2008 G EORGE GERSHWIN Porgy and Bess, 2008 PHILIP GLASS GEORG-FRIEDRICH HAENDEL H ANS WERNER HENZE Dans la colonie pénitentiaire, 2008 Alcina, 2006 L’Upupa & le triomphe de l’amour filial, 2005 TOSHIO HOSOKAWA Hanjo, 2008 L EOS JANÁCEK Jenufa, 2005 Kátia Kabanová, 2005 L’Affaire Makropoulos, 2005 FRANZ LEHÁR MICHAËL LEVINAS FRANK MARTIN CLAUDIO MONTEVERDI La Veuve joyeuse, 2006 Les Nègres, 2004 Le Vin herbé, 2008 L’Orfeo, 2004 Le Couronnement de Poppée,2005 COLLECTION OPÉRA de LYON WOLFGANG AMADEUS MOZART La Flûte enchantée, 2004 Cosi fan tutte, 2006 Les Noces de Figaro, 2007 La Clémence de Titus, 2008 JACQUES OFFENBACH Les Contes d’Hoffmann, 2005 La Vie parisienne, 2007 FRANCIS P OULENC La Voix humaine, 2007 GIACOMO P UCCINI Il Tabarro, 2007 SERGE PROKOFIEV Le Joueur, 2009 JEAN-PHILIPPE RAMEAU SALVATORE SCIARRINO JOHANN S TRAUSS RICHARD STRAUSS IGOR STRAVINSKY TAN DUN PIOTR ILLITCH TCHAÏKOVSKI Les Boréades, 2004 Luci mie traditrici, 2007 La Chauve-Souris, 2008 Ariane à Naxos, 2005 The Rake’s Progress,2007 Tea, 2004 Mazeppa, 2006 Eugène Onéguine, 2007 La Dame de pique, 2008 GIUSEPPE VERDI Falstaff, 2004 La Traviata, 2009 RICHARD WAGNER Lohengrin, 2006 Siegfried, 2007 KURT WEILL Le Vol de Lindbergh, Les Sept Péchés capitaux,2006 ALEXANDER VON ZEMLINSKY Une tragédie florentine, 2007 Pour la présente édition © Opéra national de Lyon, 2009 Chargé d’édition Jean Spenlehauer Conception & Réalisation Brigitte Rax / Clémence Hiver Impression Imprimerie Lussaud Opéra national de Lyon Saison 2009/10 Directeur général Serge Dorny OPÉRA NATIONAL DE LYON Place de la Comédie 69001 Lyon Renseignements & Réservation 0.826.305.325 (0,15 e/mn) www.opera-lyon.com L’Opéra national de Lyon est conventionné par le ministère de la Culture et de la Communication, la Ville de Lyon, le conseil régional Rhône-Alpes et le conseil général du Rhône. ISBN 978-2-84956-040-0 Dépôt légal : octobre 2009 ACHEVÉ d’IMPRIMER en cet automne 2009 pour les représentations de Don Giovanni à l’Opéra national de Lyon dans une mise en scène d’Adrian Noble & sous la direction musicale de Christopher Moulds